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Full text of "Essai sur la vie et les ouvrages de Gabriel Peignot, accompagné de pièces de vers inédites;"

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-7^ 



A^j 



2 



\ 



ESSAI 



SUR LA VIE ET LES OUVRAGES 



DE 



GABRIEL PEIGNOT 



ACCOMPAONÂ DE 



PIÈCES DE VERS INÉDITES 



Tiré à 350 exemplaires : 

285 sur papier mécanicfue. 

50 sur papier vergé. 

15 sur papier de couleur. 



mON» mpRIHBRB i.-E. RABUTAE. 



ESSAI 

SUR LA Vœ ET LES OUTBACES 

GABRIEL PEIGNOT 

PIÈCES DE VERS INEDITES 

PAR J. SIMONNET 




PARIS 
AUGUSTE ADBRÏ, LIBRAIRE 

1863 



? » * : 

• 



? ^ 



PRÉFACE 



Faeete, comis, aoimo javeni^ seoex» 
Coi felle nollo, melle mnlto mens nuuiens, 
ifiTam per omne nil amaram miscuit 

(AusoNE, Profess.. xivj 



L*hîstoire des gens de lettres, pendant le siècle 
dernier, n*est trop souvent que le récit peu édi- 
fiant de luttes acharnées et de querelles person- 
nellps qui rendent assez épipeuse la tâche des 
biographes. A ce triste spectacle, notre époque 
ajoute celui de convoitises insatiables qu'une po- 
pularité quelquefois méritée ne suffit pas à satis- 
faire. 

La carrière modeste d'un savant de province, 
qui n'a connu aucun de ces travers, forme un 






— VI — 

heureux contraste avec ces existences bruyantes 
qui fatiguent les contemporains et.qui laisseront 
indifférent le lecteur du lendemain. M. Gabriel 
Peignôt a cultivé les lettres moins pour la répu- 
tation que ses écrits lui ont procurée , que pour 
les jouissances désintéressées qu'il n'a cessé de 
leur demander pendant une vie de plus de qua- 
tre-vingts ans. Son goût pour les livres n'avait 
d'égal que son dévoûment à sa famille et à ses 
nombreux amis. Il n'a certainement pas passé un 
seul jour sans lire ou sans acheter des livres, 
sans travailler à ses ouvrages et sans jeter sur le 
papier quelques lignes inspirées par le sentiment 
du bonheur domestique dont il jouissait avec re- 
cueillement, si l'on peut ainsi parler. 

Ses moindres opuscules ont le mérite, trop 
rare, de faire aimer leur auteur : G. Peignot écri- 
vait sans affectation, avec abandon; il cause plu- 
tôt qu'il ne raconte ou qu'il ne disserte. Il a, 
peut-être trop souvent, cherché à égayer les sujets 
dont il parle; mais le ton familier, le tour pi- 
quant qu'il donne à ses causeries ne manquent 
pas d'une certaine grâce et délassent le lecteur. 

Aussi, depuis quelques années, les amateurs 
recherchent-ils avec un empressement extraordi- 
naire les moindres essais échappés à sa plume. 
Nous nous proposons de raconter sa vie et d'ana- 
lyser ses écrits, de manière à donner, en quelque 



— VII — 

sorte, une table générale de toutes les matières 
qu'il airaitées. Nous réussirons peut-être à plaire 
aux bibliophiles, en leur faisant connaître un 
excellent liomme, dont les biographies publiées 
jusqu'à ce jour sont trop incomplètes, et en pas- 
sant en revue des livres qu'ils aiment et dont ils 
n'ont sans doute pas pu réunir la collection com- 
plète. 

Nous avons pris pour guide , dans la biogra- 
phie, les renseignements que M. Ein. Peignot, 
petit-fils du savant Dijonnais, a bien voulu nous 
communiquer en même temps que plusieurs piè- 
ces inédites. Nous avons eu sous les yeux les car- 
nets où G. Peignot écrivait , jour par jour (de 
1824 à 1843), les moindres incidents de sa vie 
habituelle, et plusieurs notes où il avait consigné 
les dates des nominations aux diverses fonctions 
qu'il a occupées. 

Nous avons consulté aussi la biographie écrite 
en 1849 par M. P. Guillemot, membre de l'Aca- 
démie de Dijon. Les faits essentiels s'y trouvent : 
le caractère du savant et de ses ouvrages y est 
apprécié avec justesse; mais l'auteur a été induit 
en erreur sur plusieurs dates que nous avons 
rectifiées. Enfin, la correspondance de G. Pei- 
gnot avec son ami Baulmont renferme de nom- 
breux renseignements sur sa vie, ses habitudes et 
ses ouvrages : c'est là surtout que se révèle son 



— VIII — 

caractère plein d'aménité, son esprit bienveillant, 
inépuisable, fécond en saillies sur le chapitre de 
Tamitié et sur celui des livres. 

Il n'est pas inutile d'indiquer ici les divers 
ouvrages biographiques et bibliographiques qui 
traitent de la vie et des ouvrages de notre au- 
teur. 

La Biographie nouvelle des Contemporains, par 
MM. Arnault, Jay, Jouy et Norvins (1820-1825), 
a donné la date de sa naissance, l'indication des 
fonctions qu'il a exercées , et des principaux ou- 
vrages alors publiés (t. XVI). 

Des détails plus complets et très exacts , sous 
le rapport bibliographique, se trouvent dans la 
Biographie universelle et portative des Contempo- 
rains, publiée sous la direction de MM. Rabbe, 
Vieilh de Boisjolin et Sainte-Beuve (1834). 

M. Quérard, dans la France littéraire (1835), 
n'a rien omis de ce qui pouvait intéresser le bi- 
bliophile, et son exactitude impitoyable n'a rien 
laissé dans l'ombre. « Mon ami Jolyet , écrivait 
G. Peignot, s'est empressé de m'apporter le 7* vo- 
lume de Quérard (la France littéraire), où est 
mon article en onze grandes pages (caractère 
perle). Il y aurait de quoi faire un volume assez 
fort en cicéro. Dites-moi un peu , je vous prie, 
quelle est l'âme charitable de Vesoul qui aura 



— IX — 

donné à ce M. Quérard des renseignements sur 
le moindre bout de papier que j'aurai jadis bar- 
bouillé d encre? 11 n*a pas passé la moindre ba- 
biole. Je m'attendais à être assez maltraité par 
lui , car je n'ai pas répondu aux lettres dans les- 
quelles il me priait de coopérer à son grand tra- 
vail; mais il a été infiniment moins malveillant 
que je m'y attendais. Le seul reproche que j'ai à 
lui faire , c'est qu'il épuise tous les moyens pos- 
sible de dialectique pour prouver que je suis au- 
teur d'ouvrages que j'ai toujours désavoués » (1). 

La date véritable de la naissance se trouve pa- 
reillement dans la Biographie des hommes vivants, 
par une société de gens de lettres (1816-1818). 

11 en est de même de la Statistique des gens de 
lettres et des savants, où l'article Peignot (dépar- 
tement de la Côte-d'Or), quoique fort court, pré- 
sente un résumé exact. ' 

Un article nécrologique, publié dans le nu- 
méro du Spectateur de Dijon, du 2 septembre 
1849, a donné en général des dates exactes; aussi 
est-il difficile de s'expliquer que, dans les notices 
suivantes, elles aient été indiquées d'une manière 
aussi irrégulière (2) . 



(i) Lettre à Baulmont du 13 janvier 1836. 
(2) Nous avons omis^ dans notre Notice, de donner les dates de 
ses grades universitaires : son diplôme de licencié ès-lettres est du 



— X — 

La Notice sur la Vie et les Ouvrages de Gabriel 
Peignot, par P. Guillemot, a paru dans les Mé- 
moires de l* Académie de Dijon, de Tannée 1850, 
p. 97, et a été tirée à part. 

Elle a été reproduite dans la Haute -Marne, 
Bévue champenoise (Chaumout, 1856), p. 322. 

M. P. D., auteur de la Notice biographique et 
bibliographique sur G. Peignot (Paris, Techener), 
a emprunté à ces deux notices la date inexacte de 
la naissance de notre auteur, qui s'y trouve fixée 
au 13 mai 1765. 

MM. Muteau et Garnier, auteurs de la Galerie 
bourguignonne, où ils ont donné une excellente 
bibliographie des ouvrages de G. Peignot, le font 
naître le 1 5 mai 1 762 ; ils ont été suivis par M. H. 
Bonhomme dans le Bulletin du Bibliophile (jan- 
vier- février 1863, p. 82). 

M. Jolibois a publié une courte biographie 
dans la Haute-Marne ancienne et moderne (Chau- 
mont, Cavaniol, 1858). Il donne la date du 13 mai 
1766. 

La très courte notice placée en tête du catalo- 
gue publié par M. Techener, en 1852, indique la 



17 décembre 1811 ; celui de docteur du 6 février 1817^ et celui de 
bachelier ès-sciences du 6 février 1818. H fut nommé ensuite officier 
de l'université le 29 décembre 18t0. 



— XI — 

date véritable du 15 mai 1767, mais celle de la 
mort y est fixée au 1 4 avril , au lieu du 1 4 août 
1849. 

Nous ne devons pas omettre non plus les arti- 
cles biographiques insérés dans la nouvelle édi- 
tion de la Biographie universelle de Michaud, par 
M. G. Brunet; dans la Nouvelle biographie géné- 
rale de MM. F. Didot, et, enfin, dans le Diction- 
naire général de biographie et d histoire de MM. De- 
zobry et Th. Bachelet. 

Pour la bibliographie, indépendamment des 
ouvrages que nous avons cités, on consultera avec 
fruit l'article du Manuel du libraire de M. J.-C. 
Brunet, la iVb/Zc^ publiée en 1830 par M. Peignot 
lui-même, et su rtout le Catalogue, par ordre alpha- 
bétique, des ouvrages imprimés de G. Peignot, par 
M. P. M. (Paris et Dijon, 1861). M. Milsand, au- 
teur de ce travail consciencieux, n*a rien négligé 
pour compléter ses devanciers ; il a donné et décrit 
152 articles. Et depuis, dans un supplément qui 
vient de paraître , il a décrit 23 nouveaux opus- 
cules qui ne figuraient pas dans sa première pu- 
blication. 

Dans l'analyse que nous avons donnée des ou- 
vrages de G. Peignot , nous les avons classés par 
ordre de matières; puis, dans une première table, 
nous avons donné la date de chaque publication 



— XII — 

a\ec les prix ; enfin , une table alphabétique , où 
les ouvrages imprimés et mamiscrits sont mention, 
nés et classés, renvoie aux pages de notre notice, 
où chaque sujet a été analysé au moins sommai- 
rement. 



G. PEIGNOT 



SA VIE ET SES OUVRAGES 



PREMIÈRE PARTIE 



Vie de Gabriel Peignot. 



1 



Sa famille, — 8a jeuneue. — Son gaût pour la poésie, — Il entre au 
régiment de Bourbon. — Il fait son droit. — U ^enrôle dans la garde 
constitutionnelle du roi (1767-1792). 

Etienne-Gabriel Peignot est né à Arc-en-Barrois, 
le 15 mai 1767 (1). U appartenait à une excellente 
famille bourgeoise de Vesoul, sur laquelle nous n a- 
vons que peu de renseignements. Son père, Claude- 



(1) n est singulier que la date de la naissance de M. Peignot ait 
été rapportée d'une manière aussi diverse par ses biographes. 
L'article publié dans le Spectateur de Dijon du 2 septembre 1849^ 
donnait la véritable. Cependant^ M. Guillemot, dans sa Notice, in. 
dique la date du 13 mai 1765. Cette Notice a été reproduite dans 

la Haute-Marne, Revue champenoise, publiée à Ghaumont. M. D 

a adopté la même date. MM. Muteau et Gamier, auteurs de la 

1 



— 4 — 

juger, par un court passage extrait du recueil des 
Testaments remarquables^ des habitudes hospita- 
lières du château et de la bonté avec laquelle étaient 
traités tous ceux qui y étaient admis, a Je me rap- 
pelle moi-même, dit Gabriel Peignot, que, peu avant 
la Révolution, lorsque S. A. S. le vertueux duc de 
Penthièvre venait tous les ans passer un ou deux 
mois dans son duché de Ghâteauvillain, j'ai vu, par- 
mi les gens de sa suite^ une folle qui m'a paru jouir 
des prérogatives attachées aux anciens fous en titre 
d'office. Elle entrait sans façon, à toute heure, dans 
l'appartement du prince, et parlait en toute liberté 
aux seigneurs qui faisaient la cour à S. Â. (1). » 

Le duc témoignait au fils de son bailli un intérêt 
semblable à celui que lui avait inspiré Florian, avec 
lequel son jeune protégé avait alors plus d'un trait 
de ressemblance. 

Gabriel Peignot suivit son père dans les différen- 
tes résidences où il remplissait ses fonctions, à 
Créancey, au château de Dinteville. 11 fit ses pre- 
mières classes à Chaumont, ses humanités à Ye- 
soul et sa philosophie au collège de Langres en 
1782. 11 avait terminé ses études à 16 ou 17 ans, et 
il revint à Arc où, pendant un an environ, il sç li- 
vra, sans doute assez mollement, à Tétude du droit 
sous la direction de son père. Pendant deux ans, il 
travailla chez un praticien à Châtillon-sur-Seine et 



(1) Ouvrage cité, 1. 1, p. 135. 



— 5 — 

passa ensuife quelques mois à Dijon, à la fin de Tan- 
née i78S. Dans ce siècle si frivole, à moins d'avoir 
une vocation bien prononcée pour la jurisprudence, 
les jeunes gens pourvus d'une certaine dose d'ima- 
gination professaient un véritable dédain pour ce 
qu'ils appelaient la chicane, ou le dédale obscur 
des lois. Il faisait des vers, il écrivait avec facilité 
des couplets galants, des bouquets à Chloris, com- 
me on les aimait alors. La plus ancienne pièce qui 
figure dans le recueil des Bagatelles poétiques, re- 
monte à l'année 1783 (il avait alors 16 ans). 



BOUQUET. 

C'est demain, je l'ai lu dans Tétrenne mignonne, 
Qu'on célèbre ta fête; il faut donc me hâter 
D'aller cueillir des fleurs dignes de ta patronne. 
Quelles fleurs, en hiver, puis-je te présenter? 
Je n'ai que ces deux-ci : mon cœiir et ma personne; 
Si ce bouquet te plaît, consens à le porter. 

Il s'était fait, dès cette époque, une certaine ré- 
putation poétique, parmi ses amis; nous en trouvons 
la jpreuve dans une épitre, inédite sans doute, que 
l'on nous pardonnera de reproduire ici tout en- 
tière. Elle témoigne des talents et des goûts litté- 
raires de notre jeune auteur et nous apprend que 
la petite ville d'Arc, grâce au séjour du duc de 
Penthièvre, était le centre d'une société aimable et 
polie. 



— 8 — 

L'expression des sentiments 
De ma vire reconnaissance; 
Enfin, de rotre complaisance 
Les sincères remerciements. 

Cette vie toute de plaisir et de dissipation n'an- 
nonçait guère Térudit et le bibliophile que nous 
connaissons. Il est vraisemblable que son père sentit 
alors la nécessité de l'éloigner. Nous savons en effet 
que le 14 avril 1786 il entra dans le régiment de 
Bourbon, en garnison à Maubeuge. La vie desimpie 
soldaty pour un jeune homme en qui l'instruction et 
l'oisiveté avaient développé des goûts délicats et 
littéraires, était plutôt une pénitence qu'une car- 
rière définitive. Elle dura moins d'une année, car 
il quitta le régiment le 13 mars 1787, après avoir, 
suivant toute apparence, promis à son père de se 
ranger. Gab. Peignot avait vingt ans; il partit pour 
Besançon, où il suivit les cours de droit de l'Uni- 
versité (1). 

Il ne cessa cependant pas de cultiver les muses, 
comme on disait alors ; nous trouvons , dans ses 
Bagatelles poétiques^ une épitre adressée à son ami 
Bouchu, datée de 1788. Arc avait-il cessé d'être 
alors le séjour agréable dont, trois ans auparavant, 
son émule en poésie faisait une description si sédui- 



(1) Il n'est pas exact, ainsi que Pont écrit MM. Guillemot et Des- 
champs^ qu'il ait été reçu avocat au parlement de Besançon en 1786, 
et qu'il se soit dès lors établi à Vesoul^ pour y exercer sa profes- 
sion. Les dates que nous citons sont écrites de la main même de 
G. Peignot. * 



— 9 — 

santé? Ou plutôt, notre jeune légiste avait-il été 
condamné à passer quelques semaines dans une 
bourgade dépourvue de toutes ressources? Voici 
du moins le tableau peu flatteur qu'il faisait de sa 
résidence (1) : 

Dévoré de soacis dans ud hameau bourbeux, 
Où ma muse languit sous un ciel nébuleux, 
Puis-je vous hasarder quelques rimes maussades? 
Maussades, c'est le mot; hélas I plus de rasades, 
Plus de propos joyeux, d'amourettes bien moins; 
Adieu les doux aveux, adieu les petits soins. 
Les deux sexes ici sont tels que la nature 
Fait naître les chardons dans un sol sans culture. 

Quant à la jurisprudence, il n*y avait pas pris 
goût. 

Pour moi, vous le savez, il me faut de Bartole, 
Par ordre de mon père, hanter la triste école, 
A rUniversité bâiller pendant trois ans. 
Pour obtenir le droit d'étriller les cliens 

Il est certain qu'il avait confié à l'impression quel- 
ques essais poétiques. Existe-t-il du pot-pourri de 
la Création, qu'il a désavoué depuis, une édition 
antérieure à celle que l'on connaît de 1807? S'agit- 
il, dans l'épttre adressée à sa cousine D.... et datée 
de 1797, d'un autre opuscule qui aurait échappé à 
tous les biographes? Voici du moins en quels ter- 
mes il s'exprime sur un petit ouvrage imprimé à 
Paris en 1787 : 



(1) Epître à ma Muse (1789). 



— 12 — 

Ta te plains^ m'a-t-on dit, de la -fierté des belles, 
Et de ce qu*à tes yœux tu les trouves rebelles; 
Hélas! lorsqu'on possède un cœur comme le tien, 
Voici pour le guérir l'infaillible moyen 

Il reproche, en même temps, à son ami son goût 
trop exclusif pour la musique, qui lui faisait négli- 
ger tout commerce avec ses semblables ; et cette 
critique devait être reçue d'assez bonne grâce, ve- 
nant de G. Peignot qui était lui-même musicien et 
jouait du violon avec beaucoup d'âme. 

Il convenait volontiers de ses travers de jeunesse; 
et, faut- il le dire? lorsque dans l'intimité de la 
famille il revenait sur ce temps de folle gaité, il ne 
pouvait raconter, sans rire aux larmes, l'algarade 
qui le fit renoncer au barreau. Notre futur digni- 
taire de l'Université s'oublia un jour au point de 
jeter sa toque d'avocat dans le parquet de la juri- 
diction devant laquelle il plaidait (1). 

C'est peut-être k la suite de cet incident qu'il fit, 
avec M. Chevassu, de Vesoul, son parent, un petit 
voyage en Angleterre. Il y passa plus d'un mois, 
et il on rapporta les notes qui lui servirent plus 
tard à composer son article sur l'église Saint-Paul 
et sur la Tour de Londres, publié en 1836. 

Cependant le temps avait marché ; la Révolution 
avait usé quelques-uns des hommes qui, après 



(1) U fait allusion à cette algarade dans une lettre adressée à Gra- 
pelet le !•' décembre 1840, et qui a été publiée dans le Bulletin du 
Bouquiniste du l«r janvier 1862. 



— 13 — 

avoir tenté de la diriger, avaient été mis à l'écart 
ou avaient succombé à la tâche. Necker venait de 
quitter la France, Mirabeau était mort ; les tantes 
du roi venaient do partir pour Rome; Louis XVI, 
surveillé , presque prisonnier dans sa capitale , 
réduit à l'impuissance de faire le bien, profondé- 
ment découragé, avait pris la résolution de fuir. 
Après son retour à Paris, les membres les plus 
ardents de l'Assemblée législative avaient voulu 
faire considérer son départ comme une abdication. 
A la suite de Tinsurrection du Ghamp-de-Mars, 
l'Assemblée, débordée par les clubs, ayant cons- 
cience des périls qu'elle n'osait affronter, révisa à 
la hâte l'acte constitutionnel et le présenta à l'ac- 
ceptation du roi, qui le signa, après quelques jours 
d'hésitation. Toutefois^ avant de se séparer, le 30 
septembre, l'Assemblée avait préparé l'organisa- 
tion de la garde du roi, qui, d'après la Constitution, 
devait remplacer les gardes du corps. 
L'art. XII du chapitre n était ainsi conçu : 
« Le roi ne pourra choisir les hommes de sa garde 
que parmi ceux qui sont actuellement de service 

dans les troupes de ligne ou parmi les citoyens qui 
ont fait depuis un an le service de gardes natio- 
naux, pourvu qu'ils soient résidants dans le royaume 
et qu'ils aient précédemment prêté le serment ci- 
vique. » 

G. Peignot était en mesure de satisfaire à ces 
conditions. Il était imbu, comme la plupart des jeu- 
nes gens de son âge, des opinions philosophiques 



— 14 — 

en vogue à la fin da siècle dernier, et il avait 
accueilli avec ardeur les promesses de 1789 ; toute- 
fois, il avait conservé de sa première éducation et 
des traditions de sa famille un profond respect pour 
le souverain, qui, à cette heure suprême, ne pouvait 
plus compter que sur de rares dévouements. Il s'en- 
rôla dans la garde constitutionnelle. Elle avait pour 
commandant en chef le maréchal duc de Brissac. 
Conformément au décret du 30 septembre 1791, 
elle était divisée en deux corps : l'un de douze cents 
hommes d'infanterie, Fautre de six cents hommes 
de cavalerie, et chacun d'eux avait pour chefs un 
maréchal-de-camp et un adjudant-colonel. 

Cette troupe était composée d'éléments assez dis- 
parates, et de bonne heure, malgré les précautions 
prises pour n'y admettre que des hommes attachés 
à la cause de la Révolution, on dénonça à la Con- 
vention le dévouement trop exclusif de la garde 
envers la personne du roi. 

On avait commencé par exiger de ces militaires 
le serment ce d'être fidèles à la nation , à la loi et 
ce au roi ; de maintenir de tout leur pouvoir la cons- 
«r titution du royaume , décrétée par l'assemblée 
a nationale, aux années 1789, 1790, 1791 ; de veiller 
« avec fidélité à la personne du roi et de n'obéir à 
a aucunes réquisitions ni ordres étrangers au ser- 
« vice de la garde. » Ce serment devait être renou- 
velé chaque année. 

Le 23 mai 1792, Gensonné signalait les préten- 
dues manœuvres employées dans la composition de 



— 45 — 

]a garde, pour en écarter les hommes que leur pa* 
trioiisme avait rendus suspects et pour ébranler leur 
fidélité envers la nation française. Bazire assurait, 
dans la séance du 28, qu'il était indispensable de 
dissoudre la garde du roi, afin de l'organiser con»- 
titutionnellement. «Il y a dans cette garde, s'écriait* 
il, des prêtres réfractaires, des hommes revenus de 
Goblentz et leurs domestiques qui leur sont attachés. 
Je prouverai qu'il existait un projet d'enlever le roi 
le jour de la fête de Ghâteaovieux. j) 

Comme l'assemblée avait exigé que chacun des 
militaires de ce corps justifiât qu'il remplissait les 
conditions prescrites par le décret organique et que 
lears titres eussent été vérifiés par la commune de 
leur domicile, un nombre assez restreint avait satis- 
fait à cette obligation. Bazire se plaignit en outre, 
le 29 mai, de ce que les patriotes quittaient le ser- 
vice ; qu'ils avaient été remplacés par d'anciens 
gardes du corps, par des jeunes gens sortis du sémi- 
naire. « Le peu de bons citoyens qui restent sont obli- 
gés deprendré le masque de l'aristocratie... » 

C'est sans doute pour se conformer à cette néces- 
sité que G. Peignot conserva le nom de La Verpi- 
lière, qu'il portait déjà dans le régiment de Bourbon 
et sous loquel il s'enrôla dans la garde constitution- 
nelle. Ainsi que l'on devait s'y attendre^ en effet, un 
grand nombre des jeunes gens qui la composaient 
appartenaient à des familles nobles; les autres, qui 
craignaient de se trouver dans une condition d'infé- 
riorité vis-à-vis de leurs camarades, se décoraient 



— 16 — 

volontiers de noms d'emprunt, à l'abri desquels ils 
se livraient sans crainte à bien des écarts. Ces mili- 
taires, appartenant à une arme d'élite, se distin- 
guaient en effet des autres troupes, non moins par 
leur conduite licencieuse que par leur uniforme. 
Duels, enlèvements, incartades de toutes sortes, ces 
passe-temps en usage parmi messieurs les gardes 
donnaient lieu à plus d'une aventure fâcheuse, où il 
était plus commode de figurer sous un nom de 
guerre que sous celui de sa famille. On s'explique, 
par ce double motif, que G. Peignot ait substitué 
au sien celui d'un jardin appartenant à son père. 

Ainsi qu'on Ta vu par les fragments de discours 
que nous avons cités, l'esprit politique qui animait 
la garde constitutionnelle était assez divers. Le roi 
avait sans doute des raisons de se défier du dévoue- 
ment d'un corps d'où les révolutionnaires avaient 
cherché à écarter les hommes attachés à sa personne, 
pour y faire entrer des patriotes. G. Peignot racon- 
tait volontiers à ce sujet, qu'un jour, se prome- 
nant avec quelques-uns de ses camarades dans les 
jardins de Versailles ( est-ce bien à Versailles qu'il 
convient de placer cet incident?), il avait rencontré 
Louis XVI, accompagné de deux personnes de la 
Cour. Les gardes s'inclinèrent profondément et té- 
moignèrent par leur attitude de leur respect pour la 
personne du roi. Cependant Louis XVI crut devoir 
exprimer, assez haut pour être entendu, quelques 
doutes sur les sentiments de sa garde. Peignot, pi- 
qué de cette observation, ne craignit pas de prendre 



— 17 — 

la parole et supplia Sa Majesté de croire à la fidélité 
absolue de la troupe à laquelle il appartenait. 

n est impossible de suspecter sa sincérité à cet 
égard ; quelle que fut la légèreté de son caractère, 
il était incapable de tromper ou de trahir son sou- 
verain. On s'expliquerait difficilement qu'il eût 
quitté son pays, sa famille et interrompu sa car- 
rière pour aller jouer à Paris un rôle équivoque (1). 

« Les derniers avis de Barnave, écrit M°® Cam- 
pan, avaient été donnés sur les moyens de conser- 
ver quelques semaines de plus la garde constitution- 
nelle dénoncée à l'assemblée, et qui devait être 
cassée. Les dénonciations contre la garde constitu- 
tionnelle ne concernaient que Tétat-major de cette 
garde et le duc de Brissac. Barnave écrivit à la reine 
que l'état-major de cette garde était déjà attaqué ; 
que l'assemblée allaitrendre un décret pour le casser ; 
qu'il la suppliait, à l'instant même où le décret pa- 
raîtrait, d'obtenir du roi de recréer cet état-major 
et de le composer de gens dont il lui envoyait les 
noms. Je n'ai pas vu cette liste, mais Barnave disait 



(1) M™* Gampan a dit dans ses Mémoires que « le roi était con- 
tent des sentiments de cette troupe qui^ comme on le sait^ exista 
fort peu de temps. » (Edit. Didot, p. 309.) Nous avons rapporté le 
trait qui précède d'après les souvenirs conservés dans la famille de 
M. Peignot. H a fait dans sa Correspondance deux courtes allusions 
à son séjour à TËcole militaire^ où était son quartier. «... Depuis 
que je vous connais, et cela date d*un peu loin (du temps où je 
rftclais du violon, enfourché sur Tangle de mon lit^ à l'Ecole mili- 
taire de Paris). » (Lettre à Baulmont, du 10 octobre 1839.) 

t 



~ 18 — 

que tous ceux qui la coiuposaient passaient pour des 
Jacobins prononcés et ne Tétaient pas ; qu'ils étaient, 
ainsi que lui, désolés de voir porter atteinte au gou- 
vernement monarchique ; qu'ils avaient su dissimu- 
ler leurs sentiments, et que l'assemblée serait quinze 
jours au moins avant de pouvoir les bien connaître 
et surtout avant d'avoir pu les dépopulariser ; qu'il 
fallait profiter de ce court espace de temps pour 
s'éloigner de Paris, et cela dans les premiers jours 
de la nomination de ceux qu'il désignait. La reine 
crut ne pas devoir céder à cet avis, M. le duc de 
Brissac fut envoyé à Orléans et la garde fut cas- 
sée (1). » 

Voici en quels termes M. Lacretelle a raconté cette 
affaire : ce Plusieurs des gardes s'étaient rendus dé- 
lateurs de leurs camarades et de leurs officiers. 
Toutes les imprudences qui pouvaient échapper à 
ceux-ci étaient recueillies avec soin. Louis avait 
dans le duc de Brissac un ami dévoué qui osait en- 

core l'appeler son maître 

Commandant de la garde constitutionnelle du roi, 
il parlait avec réserve, soupirait souvent et laissait 
quelquefois éclater l'indignation dans ses regards. 
Le Dauphin... avait été chargé, je ne sais à quelle 
occasion, de présenter à des officiers de la garde du 
roi son père un gâteau surmonté d'un petit drapeau 
blanc, qui peut-être était l'un de ses jouets. L'hom- 



(1) Mémoires, p. 8S6. 



— 19 — 

mage du jeune prince fut conservé avec respect, 
avec amour, et peut-être avec quelque imprudence. 
Le bruit se répandit bientôt parmi les révolution- 
naires que les chefs de la garde du roi méditaient 
un massacre du peuple, et que déjà ils avaient fait 
fabriquer le drapeau blanc qui devait leur servir de 
signal. Le maire de Paris, Péthion, fit fouiller leur 
hôtel. Les officiers entreprirent une résistance qui 
accrut les soupçons ; leurs soldats les trahirent, et 
un drapeau blanc, haut de cinq ou six pouces, fut 
présenté comme une preuve manifeste de la nou- 
velle Saint-Barthélémy que préparait Louis XVI. . 

(( En même temps, le comité de surveillance 
demandait la dissolution de la garde du roi. C'était 
violer directement la constitution de 1791 qui l'avait 
établie. On éludait ce faible obstacle en proposant 
que cette garde fût remplacée sans délai. 

a Le licenciement de la garde fut décrété à une 
faible majorité, et M. le duc de Brissac envoyé à la 
haute cour d'Orléans (1). » 

L'ordre fut donné le 26 août, de le transférer à 
Paris avec les autres accusés ; des assassins venus 



(1) Hist. de France pendant le XVIII^ siècle, t. K, p. 110-112; 
p. 850. 

Delille raconta cet épisode dans son poème de Malheur et Pitié 
(Chant m): 

Respectable Brissac 1 Ah I dans un temps barbare, 
Qui n*aiine à retrouver une vertu si rare? 



Tu passes sans regret, ainsi que sans remord, 
Du Louvre dans les fers, et des fers à la mort. 



— 20 — 

de Paris les attendaient à Versailles ; lorsque les 
prisonniers y arrivèrent le 9 septembre, ils furent 
assaillis et égorgés au nombre de cinquante par ces 
forcenés. 



II 



Gabriel Peignot s'établit à Yesoul. — Il est nommé bibliothécaire. — Les 
écoles centrales — Sa double fonction de bibliothécaire et de professeur à 
Vécole centrale de la Haute-Saône. — 12 est nommé principal du coUige 
de Yesoul. — Ses vers, — Ses comédies de société. — (1792-1813.) 

G. Peignot fut ainsi contraint de rentrer dans 
la vie privée. Il se fixa à Yesoul, où il reprit l'exer- 
cice de sa profession d'avocat, et où il retrouva plu- 
sieurs membres de la famille de son père. Le milieu 
dans lequel il avait vécu à Paris ne lui avait rien fait 
perdre de sa verve poétique; toutefois, il en rap- 
porta en germe les sentiments que les progrès de 
l'âge et la réflexion devaient développer en lui ; on 
en trouve un indice dans un de ses rares opuscules 
poétiques, où respire une aversion invincible pour la 
licence révolutionnaire. On citera sans doute encore 
de lui quelque débauche d'esprit, telle que les lettres 
facétieuses de Fontenelle ou \q. Petite Frandade, qu'il 
publia quelques années plus tard. Mais, lorsqu'on 
1793, il écrivait l'épigramme suivante, il exprimait 
le dégoût qu'il éprouvait pour les coryphées de la 
Montagne : 

Braver Topinion, commettre tous les crimes, 
Etre un monstre effrayant d'audace et de terreur, 
Rougir ses viles mains du sang de ses victimes, 



— 24 — 

N'écouter que la voix de son farouche cœur, 
Avoir pris pour modèle ou Néron ou Tibère, 
Répondre à qui l'accuse en cynique imposteur, 
D'un tyran exécré tel est le caractère. 

Il épousa, le 31 mars 1793, M"' Françoise Durger, 
fille d'un ancien procureur au bailliage de Vesoul, 
quil perdit le 10 septembre 1795. Le 13 juin 1794, 
il fut nommé bibliothécaire du département de la 
Haute-Saône, fonction qu'il conserva sous un autre 
titre, jusqu'en 1803. 

Le 7 ventôse an m, la Convention décréta l'éta- 
blissement d'une école centrale pour trois cent mille 
habitants. Mais ces écoles ne furent organisées que 
l'année suivante. Vesoul eut la sienne et G. Pei- 
gnot en fut nommé bibliothécaire. Comme il était 
difficile de trouver un nombre de professeurs suffi- 
sant pour remplir les programmes de l'enseignement 
(il en fallait dix par école, ou neuf cents environ pour 
toute la France), G. Peignot fut chargé de faire en 
même temps le cours de géographie et d'histoire 
littéraire. Cette double fonction convenait admira- 
blement à ses aptitudes pour les lettres et pour la 
bibliographie. Le travail considérable qu'elle lui 
imposait ne fit que stimuler ses heureuses facultés, 
et c'est certainement à Vesoul qu'il prépara la plus 
grands partie des ouvrages qu'il publia plus tard et 
qui firent sa réputation. 

On lui doit l'organisation de la bibliothèque de 
Vesoul ; il y réunit et il y classa les précieuses col- 
lections des Bénédictins de Luxeuil, de Favemey et 



— 22 — 

de Belle vaux, d'où il tira un premier noyau de vingt 
mille volumes. 

Cependant le programme des études était trop 
étendu; la ligne de démarcation qui sépare l'en- 
seignement supérieur de l'enseignement secon- 
daire n'avait pas été tracée avec une netteté suffi- 
sante. Mais si ces cours n'étaient guère convenables 
pour faire de bcns élèves , pour la plupart des- 
quels ils avaient un caractère trop encyclopédi- 
que, en revanche ils devaient contribuer à former 
d'excellents professeurs. Il est probable que G. Pei- 
gnot s'y distingua, car il fut chargé de prononcer le 
discours de rentrée, le 10 brumaire an vu. Il en a 
publié un long extrait dans son Manuel bibliogra- 
phique^ p. 195. 

On y trouve la trace des opinions philosophiques 
qu'il avait puisées dans ce courant d'idées toutes 
faites que les encyclopédistes avaient léguées à la 
génération de 1789, et que Ton acceptait alors sans 
examen. G. Peignot n'eût pas tenu, en 1820, le lan- 
gage qui fut sans doute applaudi de tout le monde 
en l'an vn ; mais du moins, on pressent, dans ce 
discours, l'œuvre d'un esprit dévoué à la science, 
qui, malgré ses illusions sur l'avenir du régime poli- 
tique en vigueur, conservait des idées saines sur les 
anciennes méthodes. On y lit des phrases comme 
celle-ci : « Dans une république, l'instruction est le 
besoin de tous; cette vérité, mille fois répétée et 
sentie dans tous les temps par les esprits justes et 
éclairés, a déterminé le législateur français à rem- 



— 23 — 

placer les institutions gothiques de Tancien régime, 
connues sous le nom d'académies, d'universités et de 
collèges... » 

Mais aussi on rencontre des conseils salutaires sur 
la nécessité de donner aux langues anciennes une 
large place dans l'instruction publique, a Si, sous 
l'ancien régime, on avait la ridicule manie de con- 
sacrer de longues années à l'étude seule du latin, ne 
tombons pas dans un excès contraire et plus perni- 
cieux, en le proscrivant entièrement Il n'existe 

pas un homme qui, dans le cours de sa vie, se soit 
un seul instant repenti de s'être appliqué à l'étude 
des langues, et surtout du latin » 

D se faisait du reste l'interprète des discours pro- 
noncés par Fourcroy en l'an iv, et des circulaires 
de François de Neufchateau ; et comme cette orga- 
nisation de l'enseignement valait mieux, atout pren- 
dre, que la dégradation daos laquelle étaient tombées 
les études, on s'explique que notre jeune bibliothé- 
caire se soit exprimé avec une confiance si absolue 
sur l'avenir et l'efficacité des nouveaux program- 
mes (1). 



(1) Son enthousiasme tout juvénile pour le gouvernement qui ve- 
nait de succéder aux excès politiques dont il avait été le témoin, ne 
doit pas tirer plus à conséquence que les écarts bien autrement 
graves de son ami et contemporain Nodier^ qui depuis... Ce der- 
nier travaillait au Citoyen Français, journal qui fut supprimé comme 
ultra-révolutionnaire^ et il disait de lui-même^ dans les Souvenirs 
et portraits de la Révolution, « qu'il avait servi la liberté avec la 
ferveur d'une organisation énergique. » 



— 24 — 

Dès le 10 septembre 1795, G. Peignot avait perdu 
sa femme; il s'était remarié quelques mois après avec 
M"* Juif, veuve de M. Hugon, avocat à Vesoul. 
Son père, qui n'avait pas quitté la petite ville d'Arc, 
mourut ensuite le 15 avril 1796. Mais la part que son 
fils recueillit dans sa succession fut extrêmement 
modique, soit qu'il eût dissipé ou compromis à l'a- 
vance la fortune qui devait lui revenir, soit que des 
pertes d'argent, pendant l'époque orageuse que Ton 
venait de traverser, eussent ébréché ou anéanti un 
patrimoine qui, dans l'origine, avait été assez con- 
sidérable. 

Ainsi, avant trente ans, G. Peignot ne pouvait 
guère compter que sur son travail pour vivre et 
pour élever les jeunes enfants de son premier ma- 
riage et ceux qu'il devait avoir de sa seconde femme, 
à des intervalles assez rapprochés. Toutefois la 
place qu'il occupait ne laissait pas de lui procurer 
' des appointementsassez considérables pour l'époque. 
Le traitement des professeurs et des bibliothécaires 
des écoles centrales était de trois mille francs, et en 
supposant qu'il ne cumulât pas les appointements 
afférents à chacune des fonctions qu'il remplissait, ils 
s'élevaient au même chiffre que ceux qu'il touchait, 
à la fin de sa longue carrière, en qualité d'inspec- 
teur de l'académie de Dijon. 

A partir de cette époque, il se consacra tout entier 
aux devoirs que lui imposaient ses occupations offi- 
cielles et son rôle de père de famille. Mais il n'avait 
rien perdu de son enjouement et de son extrême 



— 25 — 

affabilité. Les amis avec lesquels il se lia entre- 
tinrent avec lui, pendant le reste de sa vie, des 
relations assidues. Son commerce était aussi sûr 
qu'agréable ; il était Tâme d'une société composée 
do toutes les personnes qui occupaient un certain 
rang à Vesoul ou dont les goûts étaient conformes 
aux siens. Il y apportait beaucoup d'esprit naturel, 
une intelligence très cultivée, une merveilleuse faci- 
lité à composer des petits vers et des comédies de 
société. Ses amis ont conservé de lui et chanté, pen- 
dant de longues années, plus d'une épigramme, plus 
d'un couplet éclos dans ces réunions intimes, entre 
deux verres de vin de Champagne. 

Plusieurs des épîtres publiées dans ses Bagatelles 
poétiques datent de cette époque, et sont adressées 
à l'imprimeur Bobilier, propriétaire du château de 
Navenne; à Beauchamps, savant astronome qui fît 
partie de l'expédition d'Egypte; au baron Hilaire, 
préfet de la Haute-Saône; au général Vorgne, qui 
fut préfet en 1800. Ses autres amis étaient le colo- 
nel Bobilier, frère de l'imprimeur ; M. Baulmont, 
maire de Vesoul; M. d'Auxon, sous-intendant mili- 
taire, etc. Il eut plus d'une fois recours à leur 
bourse, à charge de revanche, lorsque la sienne 
était à sec, et c'est en vers qu'il leur adressait 
volontiers sa requête. Dans une petite pièce, adres- 
sée à M. Bobilier, il peint ainsi sa détresse (1797). 
Il est censé parler à un voleur qui lui a dérobé un 
louis : 



— 26 — 

Je sais comme voas misérable, 
Par la queae arrachant le diable; 
J'ai de plus que tous quatre enfants 
(Autant vaudrait quatre sergents) ; 
Bien plus, j'ai la meilleure femme 
Que Dieu fit pour sauver une âme, 
Je dis une âme de mari, 
Qui fait son purgatoire ici. 

Je suis convalescent, je mange comme quatre. 

Ma femme en fait autant et n'en veut rien rabattre, 

L'hiver aux doigts glacés, au front sec et chenu, 
Vient, sans provisions, nous prendre au dépourvu. 

Auparavant il avait adressé ses adieux à son ami 
Beauchamps, envoyé à Mascate en qualité de con- 
sul. Celui-ci ayant été retenu prisonnier à Cons- 
tantinople par le sultan, G. Peignot publia dans la 
Décade philosophique son épître au grand Turc 
(1800) : 

Savez-vous, Monsieur de Bysance, 
Qu'à la fin je perds patience. 
Depuis près de quatre printemps. 
J'attends en vain l'ami Beauchamps... 
J'ai lu dans les papiers-nouvelles 
Que, par-delà les Dardanelles, 
Cet ami si cher à mon cœur 
Vit aux dépens du Grand-Seigneur... 

L* épître au général Vergne commence le recueil 

et est datée de 1800. Il s'excuse en ces termes de 

s'abandonner avec trop de complaisance au plaisir 

de rimer : 

Cependant, quelquefois un accès de délire, 
En dépit des neuf Sœurs, me porte à rimailler; 
L'ombre de Chapelain semble me tenailler : 
Vingt fois j'écris mon vers, vingt fois je le déchire, 



— 27 .-. 

De mes alexandrins alimentant mon feu: 

Je n*use par bonheur que de Tencre à ce jeu... 

En même temps il composait des petites pièces 
qui ont été, pour la plupart, représentées sur le 
théâtre de bienfaisance de la ville de Vesoul. « Si 
le public a daigné les accueillir, dit-il dans Tavant- 
propos qui précède les Opuscules dramatiques^ j'en 
suis redevable au seul jeu des acteurs et surtout à 
mon ami Baulmont. Ces bagatelles dramatiques, 
destinées à un petit théâtre de société, ayant été 
conçues et jetées sur le papier très rapidement, on 
les trouvera sans doute faibles et incorrectes ; mais 
au moins j*ai tâché de les rendre d'une exécution 
facile, tant par le nombre et le caractère des per- 
sonnages que par la simplicité des décorations. )> 

Aux deux comédies imprimées dans ce recueil 
et qui ont pour titres Robin et Cidalise et la Cassette, 
il convient d'ajouter : a le Bailli cabaleur, imprimé 
en l'an iv (représenté le 3 mars 1793); les Lunettes 
cassées, comédie en trois actes; les Dangers de l'A- 
théisme, drame en trois actes, et quelques scènes 
patriotiques. Celles non représentées sont : l'Heu- 
reux Procès ^ opéra bouffon en deux actes ; la Tête 
à perruque, comédie en deux actes; les deux Cor- 
saires, comédie en deux actes; les Deux Cousins, 
comédie en trois actes. » 

L'intrigue de Robin et Cidalise est extrêmement 
simple, et n'est ni meilleure ni pire que les pièces 
de circonstance du même temps. Le but moral , par 



— 28 — 

trop marqué, ne laisse pas un instant le spectateur 
ou le lecteur en suspens. Un célibataire fort riche, 
Lisimon, veut, avant de faire son testament, éprou- 
ver les sentiments de ses neveux et de sa nièce. Il 
se fait passer pour mort ; les héritiers sont appelés ; 
on ouvre un prétendu testament qui laisse toute la 
fortune à Robin, villageois avide et grossier. Celui- 
ci met la main sur le coffre-fort, tourne son oncle 
en ridicule, chasse son vieux serviteur , renie sa 
mère, et traite sans ménagement ses cousins Clair- 
val et Nadine, qui ont été à peu près déshérités. Ces 
derniers, au contraire, agissent et parlent avec un 
désintéressement sans bornes. L'oncle reparaît 
alors, confond l'ingrat, et unit le sensible Clairval 
à l'intéressante Nadine, qui n'ont pas cessé de témoi- 
gner le plus profond respect pour sa mémoire. 

Dans la Cassette, un tuteur, qui ressemble comme 
deux gouttes d'eau à Bartolo, s'enrichit aux dépens 
de sa pupille et écarte tous les partis qui la deman- 
dent en mariage. Un amoureux, Mélicourt, s'intro- 
duit dans la maison, déguisé en jardinier ; son valet 
vole la cassette du tuteur avare. Avant que ce der- 
nier s'en aperçoive , on lui offre cinquante mille 
francs pour obtenir son consentement au mariage 
de sa pupille, que Mélicourt consent à épouser sans 
dot. Les cinquante mille francs sont pris sur l'ar- 
gent de la cassette, et les jeunes époux partent en 
poste avec le reste, en annonçant au tuteur qu'ils 
lui restitueront son argent après qu'il aura rendu 
ses comptes. 



>- 29 — 

C'est dans la première partie des Bagatelles poé- 
tiques que fut publiée la Petite Franciade, qui doit 
avoir été composée en 1801, date de l'édition que 
nous avons sous les yeux. Il y est question en effet 
du traité de Lunéville : 

Enfin, après bien des combats, 
Et des dangers et des débats, 
Aux méchants pour faire la nique, 
Et pour sauver la République, 
Une bonne et solide paix 
Fera rire tous les Français. 

Deux autres pièces sur le même sujet figurent en 
tête du même recueil. Dans Tune d'elles on lit ces 
vers à T adresse du premier consul : 

Gloire au vaillant héros qui sut, dès son jeune âge. 
Allier la puissance au plus rare courage ; 
C*est par lui que Ton voit le céleste laurier 

S'unir au paisible olivier. 
Il ne lui suf ût pas de fixer la victoire : 
Avec Minerve il vole au temple de mémoire. 

Les succès de nos armées, on le voit, excitaient 
sa verve. Nous possédons, manuscrites, deux pièces 
peu connues sur la prise de Vienne, non mention- 
nées par les bibliographes, bien qu'elles aient été 
imprimées chez Bobilier à Vesoul. Elles ont été 
chantées, pour la première fois, dans les salons du 
baron Hilaire, alors préfet du département de la 
Haute-Saône. Nous choisissons les trois meilleurs 
couplets de la première : 



— 30 — 

CHANSON SUR LA PRISE DE VIENNE, 

le 13 novembre 1105. 
Am : du pas redoublé. 

1 

Jarnigoil comme ces Français 

En besogne vont vite I 
A Vienne, en six s'main' à peu près, 

Ils vont prendre leur gîte. 
Ça prouve que, dans ce pays, 

La poste est bien servie. 
Et que François et ses amis 

D* noas voir ont grande envie. 

Il 

Je n' sais pas pourquoi stapendant 

Cet emp'reur d'Allemagne, 
Quand j'arrivâm' dans son log'ment. 

Se trouvait en campagne. 
Vous avouerez, mes chers amis, 

Qu* ça n*est pas fort honnête. 
Depuis que j' sonmi* dans son pays, 

J' li faisons tant la fête ! 



VII 

Si, pour aller chez les Anglais, 

J'avons passé par Vienne, 
On nous paiera bien les relais 

De la poste autrichienne. 
Daillenrs le chemin devient plus sûr 

A Londres pour se rendre ; 
Et comm' le fruit sera plus mûr. 

Il s*ra meilleur à prendre... 



- 31 -- 

La seconde pièce est un impromptu, en huit vers, 
qui n'a d'autre mérite que celui de Tà-propos. 

Après avoir salué dans ses vers le pouvoir tuté- 
laire qui venait de réparer les ruines accumulées 
par la Révolution et le Directoire, il exprimait, dans 
les préfaces de ses premiers ouvrages , la même 
reconnaissance pour les bienfaits du gouvernement 
consulaire (1) : 

oc Jamais les sciences et les arts n'ont été cultivés 
en Europe avec autant d'activité qu'au commence- 
ment du XIX* siècle, et peut-être jamais moment 
n'a été plus favorable pour leur faire prendre un 
nouvel essor. Les savants sont honorés dans leur 
patrie; la paix sourit à leurs vœux; appuyée sur des 
bases solides, elle rétablit la communication entre 
des peuples trop longtemps divisés ; elle rouvre par- 
tout les canaux du commerce ; elle répand déjà sur 
nos champs la corne d'abondance; et l'on sait que 
les filles de Mémoire se plaisent, loin du tumulte 
des camps, sous un ciel pur et sous une terre féconde 
qu'habite le bonheur. Si pendant le temps des ora- 
ges de la Révolution, le souffle impur du vandaUsme 
n'a point éteint le flambeau des sciences, si elles ont 
été respectées au milieu des malheurs irréparables 
d'une guerre qui embrasait l'Europe entière, de quel 
éclat ne vont^elles pas briller sous l'égide d'un gou- 



(i) Dictiùimaire raisonné de Biblialogief Discoiin préliminaire^ 
p. vn. 



i 



— 32 — 

vemement pacificateur, juste et éclairé, qui protège 
et encourage ceux qui les cultivent? 

Nous possédons, de cette époque, d'autres im- 
promptus qui n'ontpas coûté à leur auteur un travail 
bien sérieux ; cependant, comme ils présentent un 
certain appareil technique, on peut les rapprocher 
de plusieurs pièces du même genre, empruntées à 
divers auteurs, et qui ont trouvé place dans les 
Amusements philologiques : 

Invitation à M. Piot de se rencontrer à on dëjeùner donné par 6. Peignot 
à 808 amis, partant pour les eaox de Loxeoil. 

Le 13 floréal an xm. 

Sachez^ Monsieur Piot, 
Que Gabriel Peignot 
Veut TOUS dire en un mot 
Ou quatre, s'il le faut, 
Qu'à dix heures, et tôt. 
Vous preniez le galop. 
Si n'aimez mieux le trot. 
Pour venir aussitôt 
Entamer un gigot... 

Cet impromptu n'a pas moins de cinquante vers 
sur la même rime. 

Le suivant se compose de vers léonins de douze 
syllabes dont chaque hémistiche se termine par la 
même lettre. Ces lettres ne sont autres que les cinq 
voyelles, dans leur ordre régulier : 

Ami , sachez celA: vers une heure serA 
Etalé sur ma tablE un gigot bien braisÉ; 
Il peut se faire aussi qu'on Tait plus tôt rôti. 
Or, de plus, mon JokO, nous aurons ex œquO 
Un brochet impromptu, pour vous exprès venU. 



— 33 — 

En voici un troisième dont nous ne pouvons don- 
ner que les quatorze premiers vers ; les derniers 
complètent la série des vingt-quatre lettres de l'al- 
phabet qui précèdent la rime en É. 

O. Peignot à son ami Baulmont, qui loi avait demandé des rimes en £ sur le 
café pris chez lai à 10 heures du soir, le 28 novembre 1807. 

Hier soir, vis-à-vis votre aimable Aglaé, AE 

Vous m*avez, cher Baulmont, joliment imbibé; BE 

Il est vrai, je me suis un tantinet forcé; CE 

Vous étiez si pressant, mais enfin j'ai cédé, DE 

Et, sans mon estomac, cela m*eût récréé. EE 
Mais, cette nuit, j'ai dit : « Maudit chien de café! FE 

Pour te prendre le soir, il faut être enragé. » GE 

Bobilier fut aussi très bien apostrophé : HE 

C'est à lui qu'on le doit; il s'en est méfié. lE 

N'en prenant que fort peu, ce diable de Kaké KE 

Sans doute aura dormi comme moi j'ai veillé. LE 

Pour comble de bonheur, à peine un peu calmé, ME 

Mon œil en sa paupière était embéguiné NE 

A peine, je faisais ce que jadis Noé OE 

Fit après avoir bu 

Ces petites débauches d'esprit auxquelles Fauteur 
n'attachait aucune importance ne l'avaient pas em- 
pêché depublier, dansles premières années du siècle, 
jsa Petite Bibliothèque choisie, son Manuel bibliogra- 
phique, son Dictionnaire raisonné de bibliologie et 
son Dictionnaire des livres condamnés. 

Cependant les écoles centrales n'avaient pas pro- 
duit les résultats qu'on en attendait; elles furent 
remplacées, le 1®' mai 1802, par des lycées établis au 
chef-lieu de chaque académie, et par des écoles se- 
condaires dansles villes moins importantes. G. Pei- 

3 



— 34 — 

gnot fut nommé, le 21 décembre 1803, directeur de 
celle de Vesoul, titre qui fut remplacé, le 10 dé- 
cembre 1810, par celui de principal du collège delà 
même ville. Il fut continué en même temps dans 
ses fonctions de bibliothécaire. S'il traversa sans 
échec cette période de remaniements, où les hommes 
médiocres et insuffisants étaient écartés et disparais- 
saient avec les institutions qui les avaient soutenus, 
il faut en conclure que le directeur de l'école secon- 
daire de Vesoul dirigeait ces établissement avec 
une intelligence et un zèle éprouvés. Nous en trou- 
vons une preuve intéressante dans une lettre (tout 
réofBmment publiée) qu il adressait à son ami Aman- 
ton, le 13 août 1810 : 

a Figurez-vous un pauvre diable qui, depuis deux 
mois, est à la galère ; j'ai renvoyé tous mes maîtres 
d'études, gens qui m'avaient trompé indignement, 
et j'en fais maintenant les fonctions. Voici tous les 
anneaux de ma chaîne de galérien : levé à cinq 
heures; étude jusqu'à sept; classe jusqu'à neuf et 
demie ; étude jusqu'à onze et demie ; dîner, étude, 
classe, étude jusqu'à sept. Point de souper pour 
moi; travail de cabinet jusqu'à onze et demie, voilà 
ma vie de tous les jours (1). » 

Il trouvait cependant encore le temps de com- 
poser quelques ouvrages et d'écrire des vers : nous 
avons de lui un conte qui porte la date du 9 jan- 



(1) Bulletin du Bibliophile (janyier-féTrier 1863), p. 82. 



— 35 — 

vier 1811, et qui était vraisemblablement adressé 
au baron Hilaire : 

LES OIES ET LE CHEVREUIL. 

Un chevreuil bien fourré, 
Bien gras, bien potelé, 
S'émancipant à courir par la plaine, 
Rencontra dans son chemin 
De tendrons emplumés une demi-douzaine. 
Allant cahin caha leur petit train. 
Or ces tendrons étaient des oies. 
Bien moins ûères de leur beauté 
Que de leurs foies. 

— Dieu vous conserve en santé. 
Leur dit notre coureur agile; 
Où portez-vous ainsi vos pas? 

— Monsieur, nous allons à la ville, 
Oti le premier des magistrats, 

Le sensible Hilaire, 
Nous destine à certaine affaire 
Qui prouve que de nous il fait grand cas. 

Sachez qu'au chef-lieu de l'Isère 
€e cher baron possède un digne ami, 
Et que, par notre ministère, 
Il doit, dans quelques jours, conférer avec lui (1)... 

n ne serait pas impossible que le travail excessif 
auquel 6. Peignot se condamnait eût amené la ma- 
ladie dont il parle dans le relevé qu'il a laissé de 
ses services dans l'Université. Il fut obligé de rési- 



(1) Je suppose que V Ambassade des Bartavelles du Dauphiné, que 
je n'ai pu me procurer, a les plus grandes analogies avec la pièce 
inédite dont je viens de citer la première partie. L'Ambassade a été 
tirée à un très petit nombre d'exemplaires, en 1810. 



— 36 — 

gner ses fonctions vers le milieu de Tannée 1813; 
il ne rentra dans l'instruction publique que le 18 
octobre 1815, en qualité de proviseur du collège 
royal de Dijon. 



III 



Teignot est nommé inspecteur de Vimprimerie et de la librairie, — Evéne- 
ments de 1814 et de 1815. — H exerce ses fonctions à Troyes, — H re- 
vient à Dijon, où il est ensuite nommé proviseur du coUége royal, — Ses 
fonctions d^inspecteur d'Académie. — Ses tournées. — (1818-1821). 

Dès 1809, 6. Peignot, ayant sans doute besoin 
d'aTgent, avait cherché à se défaire d'une partie de 
la bibliothèque qu'il avait réunie. Il en avait publié 
le catalogue sous ce titre : Notice des livres compo- 
sant le cabinet de M. G. P., directeur de l'école com- 
munale secondaire de Vesoul, bibliothécaire du dépar- 
tement et de la ville ( avec les prix d'acquisition) (1). 

11 avait pour ses livres un goût si' vif qu'il ne so 
' lassait pas d'en parler et d'en rappeler l'origine et 
la valeur, en proposant aux amateurs de leur céder 
les ouvrages qui composaient sa bibliothèque. Il 
est singulier qu'à l'époque où notre bibliophile se 
trouvait réduit à cette pénible extrémité, son ami 
Nodier, bibliothécaire comme lui, avait recours aux 
mêmes expédients. Dans une lettre , récemment 



(1) Ce catalogue^ qui^ jusqu'à ce jour^ était resté inconnu des bi- 
bliographes^ est mentionné dans le catalogue de la bibliothèque 
de M. H. de CH., no 775 (Potier, 1868). 



— 37 — 

publiée, il propose à G. Peignot la vente ou ré- 
change de quelques livres : 

c Remarquez, mon cher confrère, qu'il en coû- 
tera peu à votre belle collection de livres pour l'ac- 
quisition des miens : d'abord parce que je vous les 
laisserai précisément pour la valeur que vous y 
mettrez; secondement, parce que l'état plus que 
mesquin de ma fortune m'ayant interdit le choix 
des ouvrages rares et des exemplaires somptueux, 
je me bornerai à prendre dans votre catalogue (que 
je vous demande, si mes propositions vous con- 
viennent), des livres d'utilité fort simples et faciles 
à remplacer (1). » 

En 1813, privé de ses fonctions, chargé de 
famille, G. Peignot dut éprouver, plus encore qu'à 
l'époque où il offrait ses livres en vente, une véri- 
table gêne. Il partit pour Dijon, à la fin du mois de 
mai, et c'est à cette date que commence sa corres- 
dance avec son ami Baulmont. Sa première lettre, 
où il raconte les incidents de son voyage, est pleine 
de gaîté, de verve et d'insouciance. A son arrivée à 
Dijon, ilfut accueilli avec beaucoup de bonté par 
le duc de Brissac, alors préfet de la Côte-d'Or, et 
dont le père, on s'en souvient, avait commandé la 
garde constitutionnelle, où G. Peignot avait servi 
pendant plus d'une année. 

Il venait d'être nommé inspecteur de l'imprime- 



(1) Bulletin du Bibliophile, année 1859^ p. 75. 



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— 38 — 

rie et de la librairie (1), et il commença ses tour- 
nées quelques jours après son arrivée à Dijon. Nous 
le trouvons en effet, le 6 juin, faisant une visite aux 
imprimeurs et aux libraires de la ville de Beaune. 
Il y fut accueilli avec beaucoup de cordialité, et s'il 
se rappelle, avec une certaine complaisance nar- 
quoise, les aventures et les mauvaises plaisanteries 
de Piron, il s'en excuse aussitôt. Au bout de quel- 
ques mois , grâce à l'affabilité de son caractère, il 
comptait autant d'amis dans le département de la 
Côte-d'Or que dans celui qu'il venait de quitter. 
Dès le 28 novembre, en effet, il était nommé mem- 
bre de l'Académie de Dijon, où l'avait déjà pré- 
cédé la réputation de ses ouvrages. 

Sans rien perdre de l'enjouement qui fait le 
charme de sa correspondance, il commence à faire 
quelques retours sur lui-même ; sa pensée est moins 
frivole et ne connaîtra plus les écarts que, depuis, 
l'auteur a voulu désavouer. «A mesure que j'avance 
dans la vie, écrivait-il, j'apprécie mieux cette fumée 
ridicule dont tant de gens sont avides ; je ne prends 
plus guère d'intérêt qu'aux douceurs de l'amitié et 
à l'éducation de mes enfanJts ; le reste effleure à 



rf 



(1) Cependant^ d'après une note de sa main^ il ne cessa ses fonc- 
tions de principal du collège de Vesoul que le 15 septembre. H ne 
serait pas impossible qu'il n'eût été remplacé qu'à cette date et 
qu'il n'eût pas cessé de figurer officiellement dans les cadres uni- 
yersitaires^ tout en remplissant déjà d'autres fonctions. 



— 39 — 

peine mon cerveau, qui éprouve des changements 
bien marqués (1). » 

Cependant les nouvelles de la dernière campagne 
de l'Empereur attristaient tous les cœurs ; Peignot 
avait dans les gardes d'honneur un fils dont il ne 
recevait que difficilement des nouvelle^ (2). Le 13 
novembre 1813, son autre fils, officier d'infanterie, 
tombait, frappé à mort, sur le champ de bataille. Il 
n'est pas étonnant qu'un père aussi tendre ait 
conçu quelque aigreur pour le gouvernement qui 
lui avait enlevé ses deux enfants. Sa mauvaise 
humeur se trahit par quelques couplets satiriques. 
A la suite de tant de désastres, il accueillit avec une 
certaine satisfaction l'avènement d'un nouveau pou- 
voir qui promettait et duquel on attendait plus qu'il 
ne pourrait tenir. ♦ 

Il célébra le rétablissement des Bourbons dans un 
Impromptu qui fut imprimé à Paris en 1814. Cette 
pièce, sous forme do dialogue, a beaucoup d'ana- 
logie avec celle que l'auteur publia en 1816 sous le 
titre de Nouvelliste des Campagnes. 



(1) Lettre du 29 novembre 1813. 

(î) M. Jean-Joseph Peignot, né à Vesoul le 4 septembre 1795, 
membre du conseil général de la Haute-Saône, président du conseil 
d'arrondissement, décédé le 9 avril 1860 à Port-sur-Saône, où il 
était juge de paix. Sa bienfaisance, les nombreux services qu'il a 
rendus dans l'exercice des diverses fonctions qu'il a remplies, lui 
ont mérité, de la part des populations au milieu desquelles il a vécu, 
un témoignage précieux de leur reconnaissance. Elles lui ont élevé 
à leurs frais un monument funèbre. 



— 40 — 

Toutefois, il navait pas beaucoup à se louer de 
la manière dontil était personnellement traité : «Mes 

appointements arriérés s'arriérent encore ma 

place branle au manche, et peut-être sera-t-elle 
supprimée... Les belles traites qu'on m'avait fait 
parvenir ont été, comme de raison, de nul effet; 
ainsi, point d'argent, et un avenir plus qu'incer- 
tain. Voilà où en est votre ami pour le moment; il 
est vrai que, pour dédommagement, il n'a mainte- 
nant que dix-neuf personnes à nourrir par jour. » 
C'est en ces termes qu'il peignait sa détresse, dans 
une lettre du 27 mai 1814. Mais en même temps 
qu'il se préoccupait de son sort, il ne restait pas 
indifférent aux questions d'intérêt général ; il con- 
férait avec le préfet « sur les moyens d'étendre la 
liberté de la presse jusqu'aux limites tracées par les 
règlements méconnus depuis cinq mois. » 

Afin de conserver ses fonctions d'inspecteur de 
la librairie, G. Peignot fut obligé de quitter Dijon, 
pour aller les remplir à Troyes, où il se rendit dans 
les premiers jours du mois de décembre 1814. Il 
rend compte de son voyage, dans une lette du 4, 
adressée à son ami Baulmont , où il déplore en 
même temps le pitoyable assortiment des libraires. 
Dès le surlendemain de son arrivée, en effet, ses 
fonctions et son goùtl' avaient conduit dans leurs bou- 
tiques. Mais quoiqu'il eût reçu à Troyes un excel- 
lent accueil, il avait bâte de quitter une ville où il 
ne voyait que de vilaines huttes et Algonquins. 11 par- 
tit pour Paris, et, au bout de quelques semaines, il 



— 41 — 

obtint rautorisation de permuter avec M. Pelletier 
de Ghambure, qui exerçait à Dijon les mêmes fonc- 
tions. Yoici en quels termes ce dernier faisait part 
de cette bonne nouvelle aux lecteurs du Journal de 
la Côte-dOr: 



L'inspecteur de l'imprimerie et de la librairie à MM. les imprimeurs 
et libraires de l'arrondissement de D^on. 

Dijon, le 2 février 1815. 



Messieurs, 

Par suite de l'arrangement fait avec M. Peignot, 
qui était ci-devant inspecteur de votre arrondisse- 
ment, et que M. le Directeur général, toujours em- 
pressé à faire ce qui peut être agréable à ses pré- 
posés, a approuvé'par sa lettre du 28 janvier, je vous 
quitte avec peine pour passer à l'inspection de 
Troyes. Mes regrets sont néanmoins adoucis par 
l'idée que l'on vous rend M. Peignot, que vous avez 
tant de sujet d'estimer; mais j'éprouve, avant de me 
séparer de vous, le besoin de vous exprimer com- 
bien j'ai été satisfait des rapports que mon emploi 
m'a donnés avec vous, et de vous assurer que, dans 
ma correspondance avec M. le Directeur général, 
j'ai rendu la plus grande justice à votre empresse- 
ment de vous soumettre aux lois. 

Recevez donc. Messieurs, cette nouvelle assu- 
rance de mon estime, et comptez que je mettrai au 



— 4â — 

nombre de mes jouissances celle de faire tout ce qui 
pourrait vous être agréable. 

Recevez, etc. 

Pelletier de Ghambure. 

La correspondance de Peignot est muette pendant 
les Cent-Jours : nous ignorons s'il fut inquiété à 
raison des opinions politiques qu'il avait manifestées 
avec une certaine vivacité quelques mois aupara- 
vant, et s'il continua d'exercer paisiblement ses 
fonctions d'inspecteur de la librairie. 

Le 28 octobre 1815 (1), il était nommé proviseur 
du collège royal de Dijon, grâce sans doute à la puis- 
sante recommandation du duc de Brissac. On lit, en 
efTet, dans le postnscriptum d'une lettre du i2 août 
précédent, la seule de cette année qui ait été 
publiée : 

ce Le duc de Brissac a la bonté de faire une péti- 
tion pour moi, et d'aller lui-même la porter à qui 
de droit pour m'obtenir une place assez bonne à 
Dijon. Malgré cela, je suis bien sûr de ne pas réus- 
sir, tant je connais l'influence de ma mauvaise 
étoile. » 

On peut juger, par l'activité qu'il déployait dans 
la direction du collège de Yesoul, des occupations 



(1) C'est en 1818 que M. Guillemot et M. D placent la nomina- 
tion de 6. Peignot aux fonctions d'inspecteur de la librairie^ et c'est 
en 1815 que, d'après les deux notices auxquelles nous faisons allu- 
sion, il aurait été nommé proviseur du collège de Dijon. 



— 43 — 

que lui imposaient des fonctions plus -importantes. 
Comme alors, il sut faire marcher de front ses 
devoirs administratifs et ses travaux littéraires. 
Néanmoins, la part qu'il fit à ses goûts personnels 
fut assez restreinte pendant cette période, et il ne 
retrouva le temps nécessaire pour s'y livrer avec 
plus de suite que lorsqu'il fut investi des fonctions 
d'inspecteur d'académie. Celles de proviseur le for- 
çaient à s'occuper de mille détails d'administration 
fastidieux. Nous voyons, par une lettre du 14 sep- 
tembre 1821 , écrite pendant les vacances, que, depuis 
deux ou trois ans, il lui avait été impossible de faire 
une visite à ses bons amis de Yesoul. a II est bien 
temps, écrit-il, que je sois un peu dégagé des soucis 
de ma place. Hélas ! encore, le souci monte en croupe 
et galope avec moi. » 

Nous trouvons un témoignage curieux de la bonté 
avec laquelle il traitait la jeunesse, dans un mémoire 
où un ancien magistrat, M. Jacob, a consigné le sou- 
venir de trois années qu'il a passées à Dijon, sous 
la direction paternelle de G. Peignot, et dans sa 
famille» pour ainsi dire. M. Jacob demeurait, avec 
sa mère , dans un petit bourg du département de 
l'Aube , où il lui était impossible de terminer son 
éducation. Il avait dix-neuf ans, et, malgré la résis- 
tance que sa mère opposait à ses désirs, il résolut de 
venir à Dijon, afin de s'y préparer au baccalauréat 
ès-lettres et d'y suivre les cours de la faculté de 
droit. Il quitta sa bourgade à l'improviste, sans pré- 
venir personne. Mais il comprit aussitôt qu'il ne 



/ 



— 44 ~ 

pourrait se faire pardonner son escapade qu'à la 
condition de mener une conduite exemplaire et de 
se placer sous un patronage bienveillant et sûr. Il 
se réfugia, en quelque sorte, dans les bras de 
M, Peignot, auquel il vint conter son aventure et 
ses projets, en lui demandant l'autorisation de 
demeurer au collège pendant la durée de ses 
étudee. 

La première visite du jeune étudiant au provi- 
seur; leur entretien, l'exquise politesse de l'accueil 
qu'il reçut, tout, jusqu'au ton de voix de son futur 
protecteur, est décrit par le narrateur dans les détails 
les plus^ minutieux. La candeur avec laquelle ce 
jeune homme inconnu venait faire l'aveu de sa faute 
et solliciter un appui toucha l'excellent M. Peignot, 
qui lui procura un logement chez un de ses amis. 
Mais le trait de son caractère qui frappa le plus 
M. Jacob fut le ton de familiarité que prit bien vite 
celui qu'il se représentait sous la figure d'un ecclé- 
siastique austère ou d'un savant rébarbatif, tout 
plein de son mérite. 

Jusqu'au dernier moment, G. Peignot remplit, 
avec la plus scrupuleuse exactitude, tous les devoirs 
de sa charge. Il fut nommé inspecteur de l'académie 
de Dijon, le 24 septembre 1821 (1). A la rentrée des 
classes, au moment de céder la place de proviseur 



(1) M. Guillemot indique l'aimée 1818. La date de 1821 est fixée 
uon seulement par la lettre du 12 novembre^ mais encore par les 
notes qui nous ont été communiquées. 



— 45 — 

à son successeur, il écrivait, le 12 novembre, à son 
ami Baulmont : « On a bien raison de dire que rien 
n'est plus difficile à écorcher que la queue ; c'est 
bien en effet ce qui m' arrive, en tenant encore par 
la queue l'anguille que M. Clairin, mon successeur, 
va empoigner par la tête... Je tiens ferme jusqu'au 
bout: je ne veux pas que, le jour où je quitterai. Ton 
puisse dire de moi : 

PeigDot régnait encor, mais ses mains incertaines 
Da collège ébranlé laissaient flotter les rênes. 

Ses fonctions d'inspecteur d'académie l'obli- 
geaient à faire des tournées régulières dans les 
trois départements de la Côte- d'Or, de la Haute- 
Marne et de Saône- et- Loire. Ces voyages conve- 
naient adînirablement aux habitudes et au caractère 
de G. Peignot. Il aimait la jeunesse et les profes- 
seurs qu'il était chargé d'examiner ; il eut bientôt 
pour amis la plupart des chefs d'institution dont il 
visitait les établissements, et des fonctionnaires 
.publics qui le recevaient à leur table. Malgré ses 
plaintes fréquentes, il supportait avec une patience 
héroïque, assaisonnée d'une intarissable gaîté, les 
fatigues des voyages qu'il était obligé de faire, dans 
les voitures les plus incommodes. Il ne se vengeait 
des exactions des hôteliers qu'en racontant ses mé- 
saventures à ses amis : 

oc J'ai bien de la peine à me faire à la vie que je 
mène depuis huit jours; toujours ou sur la route, ou 
dans des auberges où la diversité de logement et 



— 46 - 

de nourriture me fatigue et m'incommode...... J'ai 

passé ma nuit sur des planches improprement appe- 
lées matelas, avec de petits draps qui m* allaient à 
mi-jambes. » 

Ces ennuis ne Fempèchaient pas de donner, 
dans la même lettre, les meilleurs conseils à un 
jeune bibliothécaire , d'écrire jusqu'à minuit, et 
d'improviser ces quatre vers imités de Boileau : 

Adiea donci Gabriel, la paupière affaissée, « 

Sur son pupitre obscur sent sa plume glacée. 
Et, las de griffonner, succombant sous Teffort, 
Soupire, étend les bras, ferme l'œil et s'endort (1). 

Il maudit tour à tour les routes du Ghâtillon- 
nais, du Maçonnais, et surtout celle de Bourmont 
à Joinville; il écrit : ce Un vieux vermoulu dont 
la tète blanchie par les hivers succombe sous le 
poids de soixante-deux perce-neige, n'est plus 
bon pour courir le monde... Je suis tout dislo- 
qué; il me semble que ma cervelle joue sous sa 
voûte osseuse... etc. t) 

Cependant il lui reste encore assez de force pour 
transcrire un impromptu qu'A. Gouffé avait laissé 
sur sa table à Dijon, où il ne l'avait pas rencon- 
tré; il se termine par ce joli trait : 

Mais an milieu de ses rayons 
J'aurais touIu trouver l'abeille. 



(i) Lettre du 20 ayrll t8S9. 



— 47 — 

n se consolait de ces incommodités en récol- 
tant çà et là quelques bons livres, et surtout en 
goûtant la société des amis nombreux qu'il avait 
semés sur sa route : 

c( Ce n'est pas que mes tournées ne m'o£Erent, au 
milieu des fatigues, beaucoup d'agrément. Il est 
impossible d'être accueilli par des amis avec plus 
de cordialité, d'épanchement et de preuves du plus 
sincère attachement. Toutes les villes où j'ai séjourné 
ne m'ont rien laissé à désirer à cet égard. On vient 
au-devant de moi ; on m'offre logement , chevaux , 
voiture; je refuse, voulant être chez moi dans les 
hôtels, mais je n'en suis pas moins sensible à tant 
de prévenances. Cependant j'accepte quelquefois 
des chevaux, quand les diligences me manquent 
pour les traverses, et je ne puis guère refuser quel- 
ques repas, ce dont mon estomac murmure quel- 
quefois... (1). » 

Il résume ainsi ces alternatives : « Peines du 
corps, plaisirs du cœur, tout cela se succède, s'amal- 
game, et fait de l'existence un fardeau supportable.» 

Rien n'est plus comique, souvent, que ses dolé- 
ances ; et ce qui rend cette gaîté de meilleur aloi , 
c'est qu'elle n'est souvent, de la part de celui qui 
écrit, que l'expression du sentiment du devoir, qui 
lui faisait oublier et la maladie et les désagréments 
qui l'attendaient en voyage : 



(1) Lettre du 18 mai 1818. 



— 48 — 

a De mon fauteuil de valétudinaire, il a fallu 
passer au fauteuil d'examinateur, où, pendant plus 
de quinze jours, j'ai été planté là à poste fixe, les 
jambes croisées, à peu près comme un Indou. Puis, 
ce charmant exercice fini, est arrivée l'agréable in- 
vitation de monter en diligence et d'aller pagoder 
à Chaumont à la tète de la commission d'examen, 
avec tous les accommodements et jouissances que je 
venais de goûter à Dijon. Mon séjour à Chaumont 
a été de huit bons jours; chaque séance n'a été que 
de dix à onze'heures de suite sans quitter le fau- 
teuil (1). » 

Au fond, il ne redoutait pas beaucoup les voyages, 
car, à l'époque où il était encore proviseur du col- 
lège et où rien ne l'obligeait à se déplacer, il avait 
fait une petite excursion à Lyon. Là, il avait été re- 
çu à bras ouverts par plusieurs bibliophiles. On 
éprouve, à lire la description qu'il a faite des biblio- 
thèques de ces amateurs, ce même plaisir qu'il a eu 
à les visiter, et l'on trouve en même temps, dans ses 
lettres, une preuve de l'extrême modestie avec la- 
quelle il parlait de ses ouvrages : 

« C'est surtout le président de l'Académie des 
sciences qui m'accable d'amitiés et m'a fait voir 
dans le plus grand détail le musée, les antiquités, la 
bibliothèque, les cabinets particuliers et le sien pro- 
pre, qui est charmant. 



(1) Lettre du 16 septembre 1835. 



— 49 — 

(f Ce monsieur m'a conduit chez le premier ama- 
teur de Lyon et peut-être de toute la France pour 
la magnificence et le luxe de sa bibliothèque : c'est 
M. Coulon. J'ai encore eu là un accueil qui m'a vrai- 
ment couvert le front d'une couche d'incarnat.... 
Tous les grands papiers des auteurs anciens et exem- 
plaires de choix sont habillés par les Bozérian, les 
Simier, etc. Jugez, mon bon ami, quelle a été ma 
confusion, quand ce LucuUus bibliophile est allé 
tirer de ses riches rayons cinq ou six volumes de 
mes œuvres et m'a dit : Voilà, M. Peignot, tout ce 
que je possède de vous, et je suis très fâché de n'a- 
voir pas tous vos ouvrages.... Vos livres sont pleins 
de recherches, et je ne conçois pas comment vous 
avez fait pour déterrer tout cela en province (1). » 

Monseigneur Lecoz, archevêque de Besançon, 
qui avait conservé avec G. Peignot une correspon- 
dance très active, ne pouvait pas non plus s'expli- 
quer comment un seul homme, toute sa vie éloigné 
de Paris, pût réunir tant de science et d'érudition. 
c( Et Monseigneur Lecoz (ajoute l'auteur de l'arti- 
cle nécrologique du Spectateur de Dijon), mort au 
commencement delà Restauration, ne connaissait pas 
la moitié des ouvrages de M. Peignot. » 

La réception dont il fut l'objet à Lyon en 1828, 
fut plus cordiale encore; les bibliophiles les plus 
distingués ne le quittèrent pas un instant et le com- 



(1) Lettre du 23 octobre 1820. 



— 50 — 

blèrent de présents. « Aussitôt après mon arrivée, 
M. Péricaud est venu m' assigner un rendez- vous 
chez lui, à la bibliothèque ; c'est là qu'il demeure, 
avec six mille francs d'appointements. Vous pensez 
que je n'y ai pas manqué. Tous ces Messieurs s'y 
sont trouvés et la matinée s'est passée le plus agréa- 
blement du monde, dans une conférence littéraire, 
depuis huit heures du matin jusqu'à deux heures 
après midi ; le déjeuner n'a nullement interrompu 
notre causerie bibliographique. Le recteur voulait 
tous nous emmener à la campagne, mais je n'ai pu 
accepter, étant retenu par ma famille. Le lende- 
main, nous avons renoué la conférence, qui a été 
aussi agréable que la veille. Ces Messieurs m'ont 
accablé d'amitiés et, de plus, de fort jolis cadeaux 
en livres, ce dont je suis tout confus (1). » 

A son retour, le 20 octobre, il eut encore plus à 
se louer de la libéralité de ses amis : « . . .. Mon cœur, 
ma tête et ma malle en ont jusqu'au couvercle. Il 
suffit de vous dire que, tous les jours, nous avons 
passé cinq ou six heures ensemble; ces messieurs 
m'ont ouvert tous les trésors de la bibliothèque pu- 
blique et de leurs cabinets particuliers. J'ai recueilli 
beaucoup de fruit de leur conversation et beaucoup 
de notes de leurs livres.... Quand les notes à pren- 
dre dans les livres de leur bibliothèque étaient trop 
longues, on me forçait à prendre le volume, et cela 



(1) Lettre du !«' octobre 18Î8. 



— Si- 
ne s'est pas rencontré une fois, mais sept, huit, dix; 
et puis, de combien d'ouvrages modernes ne m'a-t- 
on pas gratifié? Enfin une caisse, mon ami, une 
caisse.... Et tout cela me met dans un grand em- 
barras, car quid retribuam pro tantis beneficiis (1)?» 
En rappelant ainsi l'accueil dont il était l'objet, il 
n'entrait nullement dans sa pensée de faire son pro- 
pre éloge; il cédait au mouvement de la reconnais- 
sance et il l'exprimait avec effusion. Il était plutôt 
disposé à déprécier ses propres ouvrages qu'à leur 
attribuer une valeur littéraire exagérée. Ainsi, lors- 
qu'il envoyait à son ami Baulmont un exemplaire de 
%BS Amusements philologiques 9 il s'adressait en ces 
termes à son livre : « Ton père n'a pas même osé te 
nommer, comment veux-tu qu'un homme aussi dé- 
licat que l'ami Baulmont donne l'hospitalité à un 
bâtard de ton espèce? » Il s'exprime avec la même 
candeur dans une lettre à son ami Amanton, homme 
de lettres comme lui et son émule : « Il (M. Durand 
de Lançon) me parle d'un superbe ouvrage qui a 
paru l'an dernier à Londres, sur Xç^^ Danses des Morts ^ 
et qu'il s'est procuré. Il m'a fait rougir jusqu'au 
blanc des yeux en me rapportant les passages an- 
glais où l'auteur a eu la bonté de parler de mon 
vieux travail sur ces Danses; il paraît que cette in- 
dulgence bienveillante dont m'honoi'ent mes amis 
de France, a traversé la Manche'; il est vrai que 



(1) Lettre du 29 octobre 1828. 



- 52 — 

messieurs les Allemands m'avaient déjà gâté sur ce 
point il y a trois ou quatre ans. Un professeur de 
Genève, pour l'arabe, est passé avant-hier â Dijon, 
exprès, dit-il, pour me voir, et m'a parlé de toutes 
mes tristes productions comme s'il les eût faites ; ma 
foi ! vous avouerez, mon cher ami, que la réputation 
s'acquiert à bon marché dans ce bas monde 

« Vous avez dû recevoir, mon cher ami, 

Y Essai sur la Reliure antique; vous aurez trouvé cela 
bien sec , bien décousu , bien prolixe ; mais jugez 
donc que ce petit bambinet a été créé et mis au 
monde sur l'invitation de l'Académie, au milieu de 
mes courses universitaires si pénibles, au milieu de 
la maladie de ma femme Ne soyez donc pas sur- 
pris, si cette petite babiole bibliopégistique se res- 
sent de la tourmente où était son père quand il l'a 
jetée en moule, et traitez ce pauvre petit rachitique 
avec votre indulgence ordinaire (1).^» 

Il se montrait fort libéral de ses livres, et, dans 
les carnets qu'il a tenus pendant plus de vingt ans, 
on lit à de fréquents intervalles une longue hste de 
savants et d'amis auxquels il faisait hommage de ses 
productions, au fur et à mesure qu'elles paraissaient. 
Mais il n'avait pas toujours lieu d'être satisfait delà 
reconnaissance des auteurs qu'il avait le mieux trai- 
tés sous ce rapport (2). 



(1) Lettre du 31 janvier 1834^ dans le Bulletin du Bibliophile 
(1868, p. 90,91). 
(3) Il écrivait en effet, sous la date du 28 mai 184S, la note sui- 



— 83 — 



IV 



Son désint^estement. — Plagiats dont il est victime. — Ses titres acadé- 
miques. — Ses opinions politiques. — Caractère général de ses ouvrages, 
— Ses relations avec d*autres savants, — Son goût pour les livres, — 
n est mis à la retraite, — Sa vie privée, — Ses derniers vers. — Sa mort. 
(1821-1849). 

En parcourant de l'œil ses ouvrages, on peut se 
convaincre du soin avec lequel il en surveillait l'édi- 
tion; l'un des premiers, il fît faire des tirages surdi- 
vers papiers de la plus belle qualité, chose fréquente 
aujourd'hui de la part des éditeurs intelligents. Il 
revoyait les épreuves avec une attention scrupuleuse; 
il voulait de belles marges, de beaux caractères. Mais 
ses goûts de bibUophile, ce sentiment de coquetterie 
une fois satisfaits, G. Peignot gratifiait ses amis de 
tous les exemplaires dont il pouvait disposer, et son 
amour-propre d'auteur n'était fatigant pour per- 
sonne. 11 se faisait imprimer avec plaisir, puis il fai- 
sait assez bon marché de ses intérêts et ne se préoc- 
cupait que médiocrement des emprunts que des 
publicistes peu délicats pouvaient faire à ses livres. Il 



vante : « Diaprés la manière dont j'ai reçu M et après lui avoir 

donné un exemplaire de mes trois ouvrages, les Singularités, le 
Predicaioriana, la Danse des Morts, et lui avoir procuré les derniers 
volumes des Mémoires de notre académie, c'était bien le moins 

qu'il me donnât un des quatre exemplaires de sa qu'il remporte 

à B C'est un grigou, un vantard... » 



— 54 — 

lui est arrivé une seule fois de rappeler, avec une 
sorte de regret, à son ami Baulmont, que son volume 
des Amusements philologiques , tiré à 2,000 exem- 
plaires, ne lui avait rapporté que 600 francs; la pres- 
que totalité de l'édition avait été épuisée au bout de 
deux ans(l). 

Il s'exprime avec une certaine vivacité dans une 
lettre du 9 février 1829, sur les plagiats dont il était 
victime; il s'agissait d'une notice de G. Peignot 
qu'un éditeur s'était appropriée : « Il a cru sans 
doute qu'il y avait prescription ; mais son impudeur 
est comme les grandes fêtes de l'année, double ma- 
jeure, puisqu'il est venu lui-même m'apporter un 
exemplaire de l'ouvrage, en me remerciant beau- 
coup. Quelle délicatesse!.... » 

ce Un autre coquin de Paris vient de publier un 
petit livre sur les emblèmes des fleurs et autres, 
qu'il dit, dans sa préface, lui avoir coûté beaucoup 
de recherches pénibles ; et ce Cartouche a copié lit- 
téralement une trentaine de pages de mes Amuse- 
ments philologiques pour en faire un in-32. Il me 
tarde bien qu'on établisse une gendarmerie littéraire 
pour la lâcher dans cette forêt de Bondy qu'on ap- 
pelle la République des Lettres. » 

Il finit par en plaisanter, en rappelant dans le cata- 
logue de ses ouvrages imprimés les spoliations du 
même genre dont il avait eu à se plaindre : 



(1) Lettre du 12 juiUet 1826. 



— 66 — 

a J'ai trouvé dans le discours préliminaire du 
VIP volume des Siècles littéraires de la France (Paris; 
1803, in 8°), trente à quarante pages de mon Diction- 
naire de Bibliologie^ copiées (sans me nommer) avec 
une exactitude si admirable, qu'on y a précieuse- 
ment conservé toutes les fautes typographiques et 
celles de mon fait qui pouvaient s'y rencontrer ; 
jamais je n'en ai dit un mot. 

« Un anglais, M. Thomas Hartwell, m'a fait l'hon- 
neur de mettre à contribution mon Dictionnaire et 
mes autres ouvrages de bibliographie pour en com- 
poser son Introduction to the study of hihliography y 
etc., London, 1814, 2 vol. in-8°. 

c( J'ai su encore par les journaux que, sans m'en 
douter, j'avais fourni un copieux contingent à un 
ouvrage, publié à Paris en 1827, sur les bibliothè- 
ques anciennes et modernes, 1 vol. in-8°. Je n'ai pas 
l'honneur de connaître l'auteur qui a préféré une 
correspondance directe avec mes essais bibliogra- 
phiques, qu'il a sans doute pris pour des anonymes. 

« Un assez long fragment de mes Recherches sur 
le luxe de Cléopâtre figure dans un charmant recueil 
à l'usage des dames, que je ne connais que par l'e- 
xemplaire que m'a communiqué un de mes amis. 

« Je pourrais citer beaucoup d'autres gentillesses 
de ce genre ; mais je serais un ingrat si je m'en plai- 
gnais. J'ajouterai seulement que, de tous mes faibles 
écrits, ce sont mes Amusements philologiques qui 
ont été le plus dépecés; de tous côtés, j'en ai re- 
trouvé des lambeaux plus ou moins longs. On a 



% 



— 56 — 

eu beau les faufiler parmi d'autres rapsodies du même 
genre, je les ai reconnus au premier coup-d'œil, et 
jamais je n'ai été tenté de crier au voleur. » 

C'est pendant les six années qu'il a consacrées à 
la direction du collège de Dijon, qu'il a le moins 
écrit; les deux ouvrages les plus importants qu'il 
ait publiés pendant cette période sont la Traité du 
choix des Livres et Y Essai sur la Lithographie, qui ne 
peuvent entrer en parallèle avec les Danses des Morts 
et ses Recherches sur la personne de Jésus-Christ, Ses 
fonctions d'inspecteur d'académie lui laissèrent plus 
de loisirs; il retrouva même, un instant, sa verve 
poétique pour écrire quelques vers sur un album: 

A M. DE LA B 

Le 22 janvier 1825. 

Depuis vingt ans^ ayant quitté la lyre, 

IMus n'espérais en tirer moindre son; 

Vous paraissez! la reprends pour tous dire 

Qu'avec grand 'joie inscris ici mon nom. 

Puisque amitié fait un petit Parnasse 

De ce charmant et curieux album, 
En dépit d'Apollon, je Teux, y prenant place, 
Entre vos bons amis rester in œtemum. 

Nous avons pareillement retrouvé dans son por- 
tefeuille quelques vers qui nous ont paru remon- 
ter à une date antérieure, et dont la facture laisse à 
désirer; mais il s'agit sans doute d'un impromptu 
composé à l'occasion de la fête d'un ami du nom de 
Samson : 



— 57 - 

Or écoutez^ femm's et garçons, 
L'histoire de Messieurs Samsons : 
L'un est très connu dans la Bible 
Par sa force et son air terrible ; 
L'autre me parait un luron, 
Bien nourri comme son patron. 

L'un, afin d^être des plus forts, 
Sans eau vidait maints rouges* bords; 
Le nôtre se montre plus sage : 
D'eau quelquefois il fait usage. 
Et ce régime ne nuit point 
A sa mine^ à son embonpoint... 

De bonne heure, rAcadémie des sciences, arts et 
belles-lettres de Dijon, Tavait nommé membre rési- 
dant; en 1818, il avait été élu vice-président. Il 
faisait partie, depuis l'année 1806, de celle de Be- 
sançon, et depuis Tan xin, de la société d'agricul- 
ture de la Haute-Saône et de l'Académie celtique 
de Paris. Il appartenait en outre aux sociétés sa- 
vantes de Lons-le-Saunier et de Mâcon. 

Le 14 décembre 1831, il fut nommé président de 
l'Académie de Dijon, et il occupa le fauteuil pen- 
dant quatre ans , jusqu'au 16 décembre 1835. Nous 
transcrivons ici la petite allocution qu'il prononça 
en prenant possession de sa présidence : 

Messieurs, 

« Lorsqu'à la dernière séance , vos suffrages 
m'ont appelé à l'honneur de vous présider, j'ai 
éprouvé une surprise égale à la reconnaissance 
dont m'a pénétré ce haut témoignage de votre 



— 58 — 

bienveillance. Je dis surprise, Messieurs, car, com- 
ment pouvais-je m'attendre à une telle faveur, moi 
qui, par goût et plus encore par de justes motifs, 
me suis condamné à une retraite qui me plaît et 
me convient à tous égards? 

<c Ce sont ces habitudes d'une vie retirée qui ne 
me laissaient aucun doute que vous porteriez vos 
suffrages sur tout autre de nos confrères beaucoup 
plus en état de remplir cette importante fonction. 
Vous en avez autrement décidé ; vous m'avez hono- 
ré de votre choix. Vous avez plus fait, vous avez 
rejeté mon instante prière de porter ce choix sur un 
autre... J'obéis, Messieurs; mais si je cherche la 
cause d'une telle faveur, je ne puis l'entrevoir que 
dans la certitude que vous avez de mon entier dé- 
vouement à l'Académie et de mes sentiments affec- 
tueux pour chacun de vous en particulier. Cepen- 
dant, je ne puis me défendre d'un certain effroi, en 
songeant à quelles fonctions vous daignez m'appe- 
1er! N'est-ce pas à ce poste que, jusques à ce mo- 
ment, et surtout en dernier lieu, vous êtes habitués 
à voir briller la vertu , les talents, l'urbanité, enfin 
toutes les qualités propres à rehausser le chef d'un 
corps littéraire et à jeter le plus grand éclat sur le 
corps lui-même ? Comment ne tremblerais-je pas, en 
abordant un siège qui rappelle tant d'honorables 
souvenirs? Une seule chose peut me rassurer. Vos 
suffrages appellent à me suppléer, en cas d'ab- 
sence, le respectable et cher collègue que la seule 
rigueur du règlement a privé de la présidence. En 



- 59 — 

outre, le même scrutin continue au bureau sous un 
titre plus positif ( celui de secrétaire au lieu de se- 
crétaire adjoint), un collègue dont le mérite, les 
connaissances et l'activité vous sont déjà connus 
et justifient le choix que vous en avez fait. 

(c J'ose donc , avec de tels appuis , et comptant 
sur cette indulgence que vous avez bien voulu me 
témoigner en diverses occasions, et que je vous prie 
de me continuer, j'ose donc reprendre un peu cou- 
rage; et, soutenu par le sentiment de la reconnais- 
sance, je puis vous assurer. Messieurs, de tous mes 
efforts pour répondre à la confiance dont vous avez 
bien voulu m'honorer. » 

Il fit, en qualité de président, deux autres allocu- 
tions , de trop peu d'importance pour être repro- 
duites ici, lors de l'élection de M. Hubert, inspec- 
teur d'académie, et de M. Arthur, professeur de 
physique. 

Il se montrait peu disposé à sacrifier ses doctrines 
et ses goûts littéraires pour se faire admettre dans 
une société savante : il proteste dans une de ses 
lettres contre le bruit qui avait couru, qu'il allait être 
enrôlé dans une académie composée de romantiques ^ 
(ce drapeau divisait alors les meilleurs esprits plus 
qu'on ne peut le comprendre aujourd'hui), a Vieux 
routinier, écrit-il, je m'en tiens aux classiques, que 
je trouve assez riches d'expression pour moi. » 
G. Peignot était, en effet, comme le dit M. Honoré 
Bonhomme, un classiqiie pur et impitoyable, sinon 
un partisan féroce de la forme des anciens. 



\ 



• 



\ 



— 60 — 

Nous avons déjà fait quelques allusions à ses opi- 
nions politiques. Il ressemblait à un grand nombre 
dJhommes de son époque, qui , après avoir vu le 
noble essor de 1789 détourné de sa voie, puis les 
orgies du Directoire succéder aux fureurs de 1793, 
et enfin les désastres de 1814 et 1815 mettre en péril 
les impérissables conquêtes accomplies dans Tordre 
civil et politique, se sentirent atteints d'une incu- 
rable lassitude. Il lui était resté de ces épreuves une 
grande modération , qui connaissait les bornes et les 
limites de tout (1), la crainte des secousses profondes; 
tout gouvernement pacificateur qui annonçait l'in- 
tention de raffermir l'ordre moral et politique 
ébranlé, devait trouver en M. Peignot un serviteur 
dévoué et sincère. Toutefois, cette modération ne 
ressemblait pas à de l'indifférence; il avait conservé 
la mémoire du passé et l'amour du bien, et à l'é- 
poque où les entraînements étaient le plus périlleux, 
en 1830, il salua le gouvernement nouveau en pu- 
bliant l'histoire de la maison d'Orléans , sans déni- 
grer le pouvoir qu'il avait remplacé. 

Sans doute, il avait eu le tort grave, dans la Petite 
Franciade, de raconter, en un style irrévérencieux 
et burlesque , les événements les plus tragiques de 
notre histoire. Il y flétrît du moins, quoique sous 
une forme peu convenable, les vertus équivoques 



(1) Thomas^ cité par M. Sainte-Beuve^ à propos de Saurin. 



— 61 — 

des uns et les crimes des autres. C'est la Discorde 
qui parle : 

Allons trouver dame Licence ; ^ 

Elle a beaucoup de ressemblance 

Avec cette fîère beauté 

Qu'on appelle la Liberté. 

En main je lui mettrai la pique, 

Au-dessus sera le bonnet... 

D'ailleurs, dès l'année 1806, il écrivait dans le 
discours préliminaire qui précède son Dictionnaire 
des livres condamnés : 

a La fin du dix-huitième siècle , de ce siècle de 
lumières, a-t-elle été plus heureuse ? Après la fatale 
expérience des révolutions religieuses et politiques, 
arrosées du sang de nos ancêtres et de celui de nos 
contemporains, qui fume encore, sommes-nous plus 
vertueux, moins frivoles, moins inconséquents, plus 
disposés à sacrifier l'intérêt particulier à l'intérêt 
public, plus attachés à la patrie que nos aïeux?» 
Voilà la saine morale, qui tient plus de compte de 

l'homme lui-même, de ses vices ou de ses vertus, 
que des formes politiques. 

Nous avons déjà dit dans quelle disposition d'es- 
prit il se trouvait au moment de la chute de l'Em- 
pire : il avait trop d'expérience pour se faire illusion 
sur les difficultés incessantes que rencontrait le 
gouvernement, et sur l'issue de la lutte sourde en- 
gagée entre la Restauration et la Révolution. Nous 
ne trouvons, dans sa correspondance, aucune allu- 
sion à la crise de 1830. Il dédia au duc de Pen- 



— 62 — 

thièvre son Précis historique^ généalogique et littéraire 
de la maison d'Orléans; mais il fit preuve, dans cet 
^crit, d'une impartialité qu'il était difficile aux es- 
prits les plus modérés de conserver à cette époque. 
Dans sa notice sur Philippe-Egalité, il n'a rien dis- 
simulé, et il put écrire dans son introduction : « Ces 
notices ne sont point une œuvre d'adulation, parce 
que nous avons toujours pensé qu'un prince digne 
de régner est bien au-dessus des vaines louanges 
dictées par la flatterie et la cupidité, ou de ces dia- 
tribes infâmes, de ces calomnies absurdes, fruit 
d'une imagination en délire ou d'une ignoble mé- 
chanceté. » Il y témoigne de son dégoût pour les 
pamphlets dont on flétrit le souverain tombé. « Sur 
Charles X, dit-il, j'ai compté plus de quarante ou- 
vrages, ou plutôt opuscules d'une louange souvent 
excessive à son avènement au trône ; et dans ce mo- 
ment, le cœur se soulève à l'idée des ordures vomies 
contre lui et contre sa famille par de sales et odieux 
pamphlétaires. 

ce Tout s'imprime ad libitum, journaux, pamphlets 
en prose ou en vers , chansons, placards , pièces de 
théâtre; tout cela, après avoir circulé dans la capi- 
tale, court aussi librement de Paris au fond de nos 
provinces que le choléra-morbus de l'Inde au fond 
du nord (1). » 

Il a tracé, des premières années qui suivirent, un 



(1) Essai historique sur la liberté cTécrire (Paris, 1882), p. 111. 



— 63 — 

tableau assez piquant, qui donne la mesure des illu- 
sions de l'auteur sur la moralité des hommes poli- 
tiques et sur les caprices de la popularité : 

« 11 arriva que tout le monde, reveillé au cri de 
la liberté (quand je dis tout le monde, c'est-à-dire 
la partie la plus active du monde), poussa forte- 
ment à la roue pour pousser au-delà des mers ceux 
qui, depuis quinze ans, avaient repris le timon des 
affaires. On y réussit promptement; mais quand ils 
furent partis, il fallut bien songer à mettre quelqu'un 
ou quelque chose à leur place. Les uns étaient pour 
quelqu'un, les autres pour quelque chose. Enfin, 
après certains débats qui ont eu lieu près de la place 
de Grève, et où d'aucuns furent, dit-on, eniaisés ou 
dupés par de telles promesses que le diable, tout 
républicain qu'il est, n'a pas encore pu articuler, on 
se décida pour quelqu'un , c'est-à-dire pour un roi 
plus constitutionnel que les autres... 

« Quand tout cela fut fait, chacun voulut prendre 
place et s'asseoir dans ce nouvel ordre de choses ; 
mais la foule était grande et les tabourets peu nom- 
breux (1).» 

Le meilleur éloge, du reste, que l'on puisse faire 
du peu d'ambition et de la réserve de G. Peignot, 
c'est qu'il n'obtint aucune des faveurs qu'obtiennent 
trop souvent des écrivains qui savent employer à 
propos leur plume au service de leur ambition per- 



(1) Histoire morale, civile, politique et littéraire du Charivari, 
p. 220-228 (Paris^ 1833). 



— 64 — 

sonnelle. Il est très extraordinaire qu'après qua- 
rante ans de services dans l'instruction publique, 
homme de lettres, érudit considéré, il n'ait pas ob- 
tenu la décoration de la Légion-d'Honneur. 

a Comment, s'écrie l'auteur de l'avant-propos qui 
précède la publication des lettres à Amanton : com- 
ment ! voilà un homme qui a passé sa vie à lire, à 
méditer, à composer des livres pour d'autres que 
pour lui; qui a vanné, trié, épluché, sassé et ressassé 
la poussière des bibliothèques pour en extraire quel- 
ques paillettes d'or... un homme qui a écrit plus de 
cent volumes et enrichi. du fruit de ses recherches 
la plupart des branches des connaissances hu- 
maines... et cet homme, après une carrière aussi 
utile, aussi laborieusement rempUe, n'a pas trouvé 
grâce devant ses propres concitoyens !... » 

Au surplus , il réduisait sa tâche littéraire et ses 
travaux à une mesure bien modeste. H pratiqua 
toute sa vie les maximes qu'il s'était tracées ; on croit 
lire son portrait dans celui du bibliothécaire modèle 
qu'il a reproduit, d'après Parent, dans son Diction- 
naire raisonné de Bibliologie : 

a II n'est le prêtre d'aucun culte , le ministre 
d'aucune secte, le chef d'aucune faction, l'initié 
d'aucune coterie, l'adepte ou le candidat d'aucune 
académie, le partisan idolâtre d'aucun système... Il 
se doit à une jeunesse curieuse et avide d'instruc- 
tion, pour qui il sera un guide sûr et affable qui la 
conduira vers les sources les plus pures et les plus 
abordables...» 



— 65 — 

n était infatigable au travail : »es carnets nous le 
montrent , chaque jour, levé avant cinq heures du 
matin, installé dans sa bibliothèque, lisant ou écri- 
vant : malheureusement il n'a pu concentrer fous 
ses efforts sur un seul objet, y donner tout son 
temps. Mais il avait manié , lu et décrit un trop 
grand nombre d'ouvrages ; il avait connu de bonne 
heure toutes les tentations auxquelles peut entraî- 
ner la passion des livres. Esprit facile, disposé à 
tout admirer et à tout aimer, il se laissa successive- 
ment tenter, tout en restant fidèle à la bibliographie, 
par l'histoire , par l'antiquité romaine , par l'étude 
comparée des langues, par l'histoire des mœurs et 
celle de notre littérature, par la curiosité enfin... 
Une coutume bizarre, une anecdote, lui mettait la 
plume à la main ; mille détails accumulés' dans les 
notes innombrables qu'il avait tirées de ses lectures, 
l'assiégeaient, se pressaient sous sa plume; de là 
tant d'opuscules ingénieux, où il a répandu plus d'a- 
grément que n'en comportait la matière. On l'a dit 
souvent : les érudits éprouvent le besoin de se dis- 
traire de leurs longs et pénibles travaux par quel- 
que débauche d'esprit ' qui les délasse et qui les 
dispense de se condamner à un repos incompatible 
avec leur humeur. Après avoir instruit, G. Peignot 
voulait amuser, comme ferait un professeur, ami de 
ses élèves, qui, après une classe hérissée de grec et 
de latin , se plairait à égayer les dernières heures 
de la leçon y pabula parva, legenSy nidis loquacibus 
escas. D'ailleurs, il se défiait beaucoup trop de lui- 



^66- 

même, et tout pénétré des beautés souveraines qu'il 
goûtait mieux que personne dans les modèles, il se 
sentait découragé à Tavance, et n'eût pas osé en- 
treprendre une œuvre littéraire proprement dite. Il 
exprimait déjà cette pensée, dans une épître adres- 
sée au général Vergue, en 1800 (1): 

De marcher sur leurs pas je voudrais essayer, 
Mais hélas I je me sens encore à la lisière : 
Non^ la langue des dieux ne m'est pas familière; 
Heureux si je pouvais au moins la bégayer. 

Il s'est ainsi, de bonne heure, interdit les ouvrages 
de longue haleine, bien qu'il sût préparer un plan 
dans toutes ses parties, et qu'il fût plus capable que 
beaucoup d'autres de le remplir. Il n'a pas porté ses 
visées assez haut ; il a trop sacrifié à l'enjouement, à 
la singularité, et il a laissé sa vaste érudition se ré- 
pandre en mille ruisseaux quin' ont pas fait un fleuve. 
Il a ainsi perdu de vue le sage précepte de Sénè- 
que, qu'il recommandait à ses lecteurs : ce Qui, quo 
destinavit pervenire, vult, unam sequatur viam,non 
per multas vagetur : non ire istud, sed errare est. » 

Cette habitude de la retraite et son assiduité à 
l'étude, qui donnent quelquefois aux savants une 
humeur chagrine et sauvage, ne l'avaient pas, loin 
de là, rendu insociable. La douceur de son caractère, 
son urbanité parfaite, lui avaient fait de nombreux 
amis ; il n'a jamais blessé personne dans ses écrits 



(1) Bagatelles poétiques, Epître I. 



— 67 — 

ou dans ses propos, et, de tout temps, il a évité les 
querelles littéraires. Son talent précoce pour l'épître 
et l'impromptu l'avaient fait soupçonner d'être l'au- 
teur de quelques pièces satiriques; ipais il arepoussé 
aussitôt cette accusation par ces vers, qui datent de 
1790: 

Habitant da Parnasse^ en vain chacun m'accuse 
D^avoir, en certains vers forgés négligemment, 
Sans réserve attaqué ton honneur et ta muse^ 
Moi qui fus le premier à louer ton talent. 
Âhl si jamais les dieux amis de la satire 
M'avaient pour ce métier donné la moindre ardeur, 
D'un enfant d'Apollon critiquant le délire. 
J'aurais avec grand soin respecté son honneur... 

Mais, lorsque je jouis du plaisir de te lire. 

Je ne puis qu'applaudir, t'aimer et te le dire (1). 

Lorsqu'un savant français ou étranger venait le 
voir à Dijon, G. Peîgnot lui donnait toutes ses heures 
et lui oiSrait une cordiale hospitalité ; il le promenait, 
l'accompagnait dans les hibliothèques et chez les 
libraires, l'entretenait de leurs goûts communs, et le 
laissait charmé de son inépuisable complaisance et 
de son étonnante mémoire. C'était, en 1827, M, Bour- 
dillon, le baron de Zach, amateur d'astronomie, 
M. Matheley, l'elzévirien ; d'autres fois, M. Ray- 
nouard, M. Speyer-Passavant, M. Mazères, et, plus 
fréquemment, M. Weiss, Ch. Nodier.... 



(1) Epitre Vm, À un jeune Poète. 



— 68 — 

ce C'est notre bon, notre excellentM. de Villeneuve 
(écrit-il le 5 avril 1833), qui arrive de Nice.... Nous 
avons bouquiné....; il m*a montré un Alain Char- 
tier qui vaut de l'argent ; c'est une édition du XVP 
siècle fort estimée. Enfin nous avons jasé biblio- 
thèque, bouquins, pendant une bonne heure; comme 
il doit passer quelques jours ici, il no veut pas que 
j'aille le voir, mais il veut venir encore causer avec 
moi, se trouvant plus à son aise dans mon nouveau 
cabinet. » 

(( J'ai eu des hommes de lettres parisiens ces jours- 
ci : M. Berthevin, qui est un érudit et un magasin à 
anecdotes; puis M. Hippolyte de La Porte, qui a fait 
beaucoup d'articles de bibliographie. Ces messieurs 
courent après des autographes (1). » 

Il se donne la satisfaction de raconter comment son 
ami, M. Weiss, s'est trompé sur le prix de quelques 
livres : ce Weiss est bien autrement attaqué que moi 
de la fièvre bibliomanique ; il rapporte de Paris 
900 volumes; il en a encore acheté un à Dijon pour 
150 francs, sur quoi il a été attrapé de 40, à sa 
grande surprise, car il s'y connaît et lui-même avait 
fait le prix. » 

G. Peignot était trop possédé de la même fièvre, 
pour blâmer chez ses amis ce plaisir de collectionner; 
ses carnets sont remplis de notes relatives à des ac- 
quisitions de bouquins presque quotidiennes. La 



(1) Lettre du 3 octobre 1831. 



— 69 — 

modicité de ses ressources, en l'empêchant de don- 
ner libre carrière à ses goûts , donnait aux livres 
l'attrait du frnit défendu et ajoutait une certaine sa- 
veur aux jouissances qu^il se procurait çà et là. Une 
vente à lieu ; il écrit à son ami Baulmont : « Je n'y 
ferai pas grande poussière, et, pour éviter la tenta- 
tion, je n'irai pas à la vente, ou j'irai fort peu et par 
pure curiosité.... Cependant je couche en joue le 
beau Cicéron de Lefèvre en trente volumes; mon 
cabinet s'enrichit, mais le diable me fait les cornes 
au fond de ma bourse (1), » Et cependant il venait 
d'acheter plus de trente volumes de choix. 

Dans les dernières années de sa vie, il s'encom- 
brait chaque jour d'acquisitions inutiles, et si des 
bouquinistes peu délicats abusaient de sa faiblesse, 
d'autres, plus honnêtes, reprenaient sous main de 
sa famille les livres qu'il croyait avoir achetés. 

Cette passion immodérée était assez exclusive pour 
lui faire perdre le désir de posséder d'autres objets 
précieux qui auraient mérité de figurer avec hon- 
neur dans les cabinets les plus riches. Ainsi nous 
trouvons la note suivante^ Mur son carnet, à la date 
du 5 novembre 1838 : « Arrivée de C. M., capitaine 
de spahis; il m'a donné un Koran en arabe à son 
dernier passage, ainsi que des pierres. Aujourd'hui, 
il me donne un drapeau qu'il a pris près de la Casba 
du dey, à Constantine. Il m'a aussi apporté deux très 



(!) Lettre du îl février 1821. 



— 70 — 

beaux sabres : l'un est celui donné par Napoléon à 
Masséna; l'autre a été donné par M. de S. C. au 
père de M. — C. me les donnait d'abord^ ce dont je 
n'ai nul besoin. » 

Au surplus, il faisait passer avant l'amour des 
livres le culte de l'amitié et du foyer domestique. A 
Valence, où il fit un voyage en 1828, il gémit, il est 
vrai , sur l'absence de toute espèce de ressources 
bibliographiques. Ne pas rencontrer un seul exem- 
plaire d'Horace dans une ville de quinze mille âmes ! 
ne pas trouver g cette liberté précieuse de bouqui- 
nailler tout à son aise dans un petit cabinet soli- 
taire! » Cependant, malgré cette pénurie, il ne perd 
rien de son humeur aimable, il se loue de la cordia- 
lité, de l'accueil qu'il reçoit, de la bonne grâce des 
dames, et il se prête à toutes les distractions, à toutes 
les fêtes qu'on lui ménage. 

La mort d'un ami l'émeut profondément et lui 
arrache des expressions qui ne seraient pas dépla- 
cées sous la plume de Cicéron ou de Pline-le- 
Jeune : 

c( Nous vivons dans Mtf^amis comme ils vivent en 
nous ; nous n'avons, ^ur ainsi dire , entre amis, 
qu'une âme, qu'un esprit, qu'une pensée.... Quand 
nous perdons ces bons amis, n'est-ce pas descendre 
petite petit, par lambeaux, dans la tombe? En véri- 
té, à la mort de chaque personne qui m'intéresse, il . 
me semble sentir une partie de moi-même qui s'en 
va; c'est un à-compte sur la destruction totale. Mais 
hélas ! j'en ai déjà bien payé de ces à-comptes, et de 



— 71 — 

terribles: je sens, à mon affaiblissement progressif, 
que le capital est déjà fortement échancré {i). » 

Et plus tard : c Voyez ce que c'est que la vie ! Oh! 
que Ton paie cher le triste privilège de la prolon- 
ger ! Tout tombe autour de vous , et chaque chute 
est un coup de cognée qui vous avertit qu'à votre 
tour vous ne tarderez pas à joncher la terre, quoique 
les branches de l'arbre conservent encore quelque 
feuillage.... Et vous, mon cher ami, commencez- 
vous à vous habituer un peu à la privation de notre 
pauvre Ferdinand ? Il est toujours présent à ma pen- 
sée, et souvent, dans le silence de la méditation, il 
me semble qu'il m'appelle à lui (2). » 

Dans ses lettres à son ami Baulmont, G. Peignot 
s'abandonne et se livre tout entier ; si fatigué qu'il 
soit, au milieu de ses tournées d'inspection, il trouve 
le moyen d'écrire, sur une table d'auberge, quelques 
lignes émues ou plaisantes. Est-il rien, par exemple, 
de plus charmant que cette réponse à une invitation 
à dîner, par laquelle nous terminerons nos citations 
sur ce sujet de l'amitié, inépuisable sous sa plume? 

« Vous m'avez invité à dîner pour jeudi, chez 
Bobilier, avec le colonel; me voici, et je vous pro- 
mets que, depuis cinq heures jusqu'à huit, je serai 
avec vous tous, plus spécialement encore qu'à l'or- 
dinaire. Je ne tiendrai pas beaucoup de place à table. 



(i) Lettre du 3 avril 1818. 
(2) Lettre du 28 avrU 1839. 



— 72 — 

Mais il en faut si peu pour le cœur! Et le mien, 
comme un sylphe, volera autour de vous ; il vous 
portera grande santé, à charge de revanche... (i). » 

On nous pardonnera d'insister sur ces qualités du 
cœur, trop peu connues des lecteurs, mais qui se 
déployaient à Taise dans le cercle de la famille et 
des amis. 

On se représente volontiers cet érudit enfermé 
dans sa bibliothèque, où il se peint lui-même oc le 
bout du pied sur son chenet, où son chat et son 
chien de cuivre, plantés sur leurs pattes de devant, 
lui tiennent lieu de petits dieux pénates. » 

Sa correspondance et les notes qu'il écrivait, jour 
par jour, sur ses carnets, nous initient à ses habi- 
tudes joumaUëres, à ses joies comme à ses chagrins 
domestiques. U avait établi auprès de lui son fils 
Gabriel, avocat à Dijon, et sa fille. M"' Claire Pei- 
gnot, mariée à M. Monnier, avoué près la Cour im- 
périale. 11 était, de la part de tous ceux qui l'entou- 
raient, l'objet de toutes les attentions et de tous les 
respects que méritaient son âge et la bonté qu'il 
leur témoignait. La fête de chacun des membres de 
cette famille, si unie, étaitmarquée par l'échange de 
quelques présents dont M. Peignot ne manquait pas 
de tenir note. Il exprimait, en deux mots, un senti- 
ment affectueux de paternelle reconnaissance, lors- 
que ses enfants lui offraient un bouquet. Une seule 



(i) Lettre du 7 janvier 1829. 



-. 73 — 

fois, il s'est trouvé seul, en tète à tète avec sa femme, 
pour célébrer la fête des Rois ; il rappelle que dans 
une autre circonstance, il a oublié le jour de la fête 
de sa femme, et que cette omission a été un véritable 
chagrin pour lui et pour les siens. 

On trouve, en même temps, dans ses carnets, des 
preuves fréquentes de son désintéressement, qui, 
sans les précautions que prenait sa femme, eût ré- 
duit le ménage à un véritable dénuement. Un pro- 
fesseur, un instituteur dans le besoin, ne passait pas 
à Dijon sans recevoir de lui quelque aumône; plus 
d'une fois, des gens dont il suspectait la bonne foi 
ont abusé de sa confiance, et il notait, avec une bon- 
homie parfaite, qu'il était leur dupe. 

Autant ses enfants mettaient d'habileté à lui faire 
accepter des présents utiles d'objets de première né- 
cessité, tels qu'un vêtement, du vin, autant il mettait 
de délicatesse à s'y soustraire, sans pouvoir toujours 
y réussir. 

Ses amis, de simples connaissances, ne passaient 
pas à Dijon sans qu'il les reçût chez lui et ne remplît 
à leur égard tous les devoirs de l'hospitalité. Il leur 
prêtait même de l'argent, et, en revanche, son fils 
était plus d'une fois obligé de lui faire des avances, 
dont il faisait le décompte avec un soin scrupuleux. 

A la fin de sa carrière, il ne lui restait rien de sa 
fortune personnelle, et cependant il n'avait pas re- 
noncé à ses habitudes de générosité ; il n'hésitait 
jamais, par exemple, entre le plaisir de donner libé- 
ralement ses ouvrages à ses nombreux amis et Tar- 



— 74 — 

gent que lui offrait son éditeur en échange des nom- 
breux exemplaires qu'ils' était réservés pour en faire 
présent. 

II continuait à remplir avec zèle ses fonctions d'ins- 
pecteur d'académie, lorsqu'il fut informé, le 22 sep- 
tembre 1838, par le Journal de V Instruction publique, 
qu'il était admis à faire valoir ses droits à la retraite, 
aux termes d'un arrêté du 18 du même mois. «Coup 
de foudre, dit-il dans ses notes, dont je vais faire 
part à Gabriel et à M. Berthot (le recteur). L'un et 
l'autre en sont aussi étonnés que moi. » 

On s'explique difficilement qu'une décision aussi 
grave ait été prise à l'égard d'un membre de l'Uni- 
versité qui honorait le corps auquel il appartenait, 
sans qu'on l'y eût préparé avec les ménagements 
dus à son âge et à son caractère. Aussitôt que le mi- 
nistre d'alors, M. de Salvandy, eut été mis à même 
de juger à quel point sa position était digne d'estime 
et d'intérêt, il tempéra, autant qu'il était en lui, ce 
qu'il y avait de rigoureux dans cette mesure. Indé- 
pendamment du titre d'inspecteur honoraire, on 
accorda à M. Peignot la faculté de conserver pen- 
dant plusieurs mois le logement qu'il occupait dans 
les bâtiments de l'Université, et sa pension fut li- 
quidée à la somme de 3,000 francs, égale au chiffre 
du* traitement d'activité dont il jouissait en dernier 
lieu. , 

A la différence de bien des fonctionnaires qui, en 
cessant leurs occupations habituelles, semblent per- 
dre toute activité et toute énergie, G. Peignot con- 



— 75 — 

tinua à se livrer avec la même ferveur aux travaux 
qui avaient fait rornement de sa carrière et de ses 
loisirs. Ses carnets, dont les notes deviennent dès 
lors moins sommaires, donnent, jour par jour, l'in- 
dication de ses lectures et des écrits auxquels il s'ap- 
pliquait pendant la plus grande partie de ses longues 
journées. C'est en 1841 que parurent le Livre des 
Singularités et le Predicatoriana; Tannée suivante, 
il donna la troisième édition des Amusements philo- 
logiques. 

Sa vie fut plus uniforme que jamais ; elle ne pré- 
sente d'autres hors-d'œuvre qu'un voyage à Mont- 
brison et quelques excursions à Vesoul. Ses distrac- 
tions se bornaient à de fréquentes promenades à 
Talant et à la Montagne, oti ses enfants passaient la 
belle saison. S'il se permet d'aller voir les marion- 
nettes ou les saltimbanques, il le note fidèlement sur 
ses carnets. On y suit d'ailleurs, pendant ses der- 
nières années, l'affaiblissement de ses facultés aux- 
quelles l'âge ôtait peu à peu leur ressort. Autant, 
dans les années précédentes, on y devine un esprit 
ouvert à toutes les impressions, notant avec intérêt 
soit les incidents d'une fête de village, soit les pro- 
diges accomplis par l'industrie, autant, sur la fin, 
on sent que celui qui écrit fléchit sous le poids de 
l'existence. Il ne dissimulait pas à ses amis cette 
satiété de la vie , ce marasme qu'il ne peut se- 
couer : 

a Je ne sais vraiment, écrivait-il dès l'année 1841 , 
quel maudit marasme s'est emparé de ma pauvre cer- 



— 76 — 

velle depuis que le 75* hiver l'enveloppe de son froid 
réseau. Il me semble que ces trois quarts de siècle 
m'étoutfent au moral, tandis que le physique se sou- 
tient assez bien (i). » 

Et plus tard : « La mémoire faiblit, le travail de- 
vient moins facile et la moindre besogne m'épou- 
vante. Concevez-vous ce dépérissement moral? J'en 
cherche la cause, et je ne la trouve que dans le cha- 
grin que m'a causé la perte de ma petite-fille. 
Madame Faure, qui était toute la joie, tout le bon- 
heur de Mélanie et de Prieur, ainsi que de ma femme, 
qui ne cesse de la pleurer (2). » Les Acta diuma 
renferment les mêmes plaintes. Sa dernière lettre à 
M. Baulmont est du 11 novembre 1845. « En 1847, 
dit son fils, cette altération notable de ses facultés 
avait fait de si grands progrès, que, dansles derniers 
mois de son existence, il semblait reconnaître à peine 
ses meilleurs amis, si II s'éteignit le 14 août 1849, à 
l'âge de 82 ans, au milieu des siens, sans soufirance 
apparente. 

Dans la plupart de ses ouvrages, on trouve l'ex- 
pression des sentiments religieux qui l'animaient et 
qui, dans les dernières années de sa vie, ont été son 
soutien et sa consolation. A cet égard, nous avons 
trouvé, dans un de ses carnets, une phrase écrite de 
sa main en 1824, et qui nous a paru renfermer une 



, (i) Lettre du 27 novembre 1841. 
(2) Lettre du 27 novembre 1843. 



— 77 — 

allusion évidente à son caractère personnel : « Sa 
religion penche vers l'indulgence et la douceur, 
comme il arrive à tous ceux dont la pieté est encore 
plus de croyance que de pratique. /> 

Nous ne pouvons mieux terminer cette notice qu'en 
transcrivant les stances que M. Peignot paraît avoir 
composées dans sa vieillesse et qui sont la peinture 
fidèle de sçs sentiments, de son genre de vie et de 
son caractère : 

Le sort que me départ ta volonté suprême, 
Être puissant et bon, comble tous mes souhaits, 
Et, maître de choisir, j'aurais choisi le même : 
Je te rends, ô mon Dieu, grâce pour tes bienfaits. 

Des livres à mon goût, dans mon coin si modeste. 
Remplissent mes rayons; un humble coffre-fort 
Suffit à mes besoins, les pauvres ont le reste; 
Mais ma bibliothèque est mon plus cher trésor. 

Sain de corps et d'esprit, j'ai des amis sincères; 
L'étude me distrait sans jamais me lasser; 
Comptant du jour natal beaucoup d'anniversaires, 
Je vois, sans nul regret, mon terme s'avancer. 

Convive passager au banquet de la vie. 
Je sais qu'il faut bientôt au monde dire adieu ; 
A renaître en ton sein ta bonté me convie. 
Et mon cœur en nourrit Tespérance, ô mon bieul 



»««i 



DEUXIÈME PARTIE 



Examen des ouvrages de Gabziel Peignot. 



I 



Sa correspondance. — Ses opuscules poétiques, — Esquisse d^un plan 
général, — Ses écrits sur Vart typographique et sur le matériel du livre 
(papier, écriture, reliure, etc.)» 

Est jocas in nostris, sont séria molta libellis. 

CAUSONS.) 

La correspondance de G. Peignot, à laquelle nous 
avons fait de nombreux emprunts, le peint tout en- 
tier. Les extraits que nous en avons faits suffisent 
pour donner au lecteur attentif une idée complète 
du caractère de celui qui les écrivait ; nulle part il 
n'a déployé autant de verve que dans l'expression, 
toujours variée, de ses goûts, de son activité intel- 
lectuelle et des sentiments que lui inspire l'amitié. 
On n y rencontrera pas une phrase de convention, 
pas une réticence qui laisse soupçonner une arrière- 
pensée. Le style en est simple, les jugements qu'il 
exprime sur les hommes et sur les choses n'ont ja- 
mais rien d'amer ou de blessant. On doit s'étonner 
cependant de ne trouver sous la plume d'un érudit, 
lecteur infatigable, aucun de ces développements qui 



— 80 — 

nous mettraient daas la confidence de ses apprécia- 
tions littéraires, au moment où elles lui venaient à 
l'esprit. Il avait cependant un goût sûr ; mais comme 
il s'était voué trop exclusivement à la science biblio- 
graphique, en écrivant, il se préoccupait moins des 
qualités intrinsèques d'un ouvrage, que de la des- 
cription du livre, de sa rareté et de ses rapports avec 
d'autres. 

Dans ses lettres à Amanton (1), il se montre pa- 
reillement ami dévoué, empressé à rendre service, 
bienveillant pour autrui. Quant aux autres lettres 
que l'on a publiées de lui et qui sont classées par 
M. Milsand sous les n**" 42 à 59, elles ont pour objet 
quelques points de bibliographie, et nous en parle- 
rons en leur lieu (2). 

Nous avons donné à dessein un assez grand nom- 
bre d'extraits des opuscules poétiques de M. Peignot, 
afin de les faire apprécier par les nombreux lec- 
teurs qui ne pourraient les consulter. Nos emprunts 
ont été faits exclusivement au volume des Bagatelles 
poétiques dramatiques. Nous avons à dire quelques 
mots de deux petits ouvrages composés dans la 
jeunesse de l'auteur, véritables enfants du dix-hui- 
tième siècle, dans lesquels il est impossible de re- 



(1) Ces six lettres yiennent d'être publiées dans le Bulletin du 
Bibliophile y janvier-février, 1863. 

(2) Deux autres, plus récemment découvertes, adressées à M. Gra- 
pelet, ont été publiées dans le Bulletin du Bouquiniste^ n<> du 
1er janvier 1862. 



— 81 — 

connaitre l'esprit religieux, le jugement droit et le 
bon goût qui caractérisent les autres œuvres de 
G. Peignot. Le premier est intitulé : Opuscules phi- 
losophiques et poétiques du frère Jérôme, mis {sic) au 
jour par son cousin, Gabriel P. (à Paris, de Tim- 
primerie de Mercier, an IV de la République fran- 
çaise, 1797). Un autre titre, le Cousin du Compère 
Mathieu, a été substitué ou ajouté au précédent en 
l'an VI, et accuse mieux encore l'esprit dans lequel 
l'ouvrage a été composé. Une approbation burlesque, 
datée du 22 novembre 1790, n'a sans doute d'autre 
objet que de rappeler l'époque de la composition de 
la première pièce que renferme le volume, sous ce 
titré : Songe systéma-physi-comico-moral de M, Jé- 
rôme, mis au jour par sa tante Barbe-Catherine- 
Charlotte Amidon, des confréries du Sacré-Cœur de 
Jésus et du Saint-Rosaire. A l'hôtel de la Tolérance 
et de la Liberté, 30 novembre 1790, et amplifié le 
25 mai 1792. 

Le songe est précédé d'une épître dédicatoire en 
vers, adressée à M. Thomas Bou. . . , maire d'un chef- 
lieu de canton. Cet opuscule, écrit sous forme de 
dialogue entre Jérôme et un génie, reproduit la plu- 
part des facéties usées de Voltaire sur les dogmes 
religieux de tous les peuples ; deux pièces de vers 
y sont intercalées et résument la doctrine théolo- 
gique de l'auteur, qui n'est autre que la théorie de 
Y Univers-Dieu de Dupuis. 

Vient ensuite V Histoire de l'âme d'Ivriel, dialogue 
écrit dans le même esprit. Le Discours en vers sur la 

6 



-82- 

Révolution française est Tœuvre d'un jeune homme 
en qui une foi enthousiaste dans l'avenir de la révo- 
lution n'exclut pas un certain fonds de sentiments 
religieux, qu'il exprime dans des vers assez bien 
frappés : 

Et toi qui, d'un œil froid, avec pitié contemple 
Toute religion, tout ministre, tout temple. 
Tu refuses de croire à la divinité? 
Quel bonheur te promet ton incrédulité? 
Dans tes mains, le flambeau de la philosophie, 
Loin d'éclairer mon âme, y porte l'incendie. 
Pour les crimes connus si l'homme a des décrets, 
La vengeance est au ciel pour les crimes secrets. 

On distingue, parmi les pièces qui suivent: VOde 
sur le départ de Beauchamps, consul à Mascate, qui 
a été reproduite dans les Bagatelles poétiques, et 
l'Histoire de la feue dame Alix, qui fait partie de 
quelques pièces erotiques peu nombreuses, compo- 
sées à Arc en 1793 et en 1794. Le volume se termine 
par la petite comédie de société le Bailli caba- 
leur, où l'auteur remplit le rôle de Crin-Crin, mé- 
nétrier de village. Il y parut, armé de son violon, 
pour chanter quelques couplets qui terminent gai- 
ment la comédie. 

L'autre opuscule, intitulé la Création et le Paradis 
perdu, pot-pourri par un Bourguignon, se compose 
d'une épître dédicatoire et de trente-six couplets sur 
différents airs, dans lesquels sont racontées, sous une 
forme burlesque, la création du monde, celle de 
l'homme et de la femme, la tentation d'Eve, la faute 
et l'expulsion du paradis terrestre. Ce pot-pourri a 



-^ 83 — 

été imprimé à Vesoul, de même que les Bagatelles 
poétiques et dramatiques. Il a une pagination séparée, 
mais l'auteur le réunissait volontiers à d'autres fa- 
céties dont le recueil formait un petit volume qui 
a été décrit dans le Manuel du Libraire de M. Brunet, 
à Tarticle Fontenelle. G. Peignot lui-même , bien 
qu'il eût désavoué ces débauches d'esprit, les adres- 
sait, en 183S, à M. Gh..., de Mons. La noté que nous 
avons relevée sur son carnet est ainsi conçue : 

« Envoyé parla diligence, Bornéo complet, in-12, 
tel que celui qui a été vendu 41 fr. chez Nodier. » 
C'est le recueil décrit par M. Brunet (1). 

L'auteur attachait fort peu d'importance à ces 
essais poétiques ; il s'exprimait en ces termes, dans 
l'avant-propos dé ses Bagatelles : ce Les voilà, mes 
bons amis, ces bagatelles fugitives auxquelles vous 
avez daigné sourire quelquefois. G'est sous les aus- 
pices de ce sourire que je les glisse furtivement 
sous presse, et c'est à vous seuls que je veux adres- 
ser ces enfants de mes loisirs que l'à-propos a fait 
naître, que la gaité soutient un peu, mais que le 
dieu du Pinde a négligé de châtier, jo 



(1) M. Brunet donne le titre particulier des opuscules ainsi réu- 
nis : Lettres facétieuses de Fontenelle, qui n*ont jamais été imprimées 
dans ses œuvres. Bagdad^ Mccccccccnx. Au verso^ nous avons lu la 
mention suivante : « Ce recueil^ tel qif il est^ n'a été imprimé qu'à 
60 exemplaires ; la Relation de Bornéo seule a été tirée à 90 exem- 
plaires sur beau papier vélin^ 3 sur vélin choisi^ avec le portrait^ 
3 sur papier rose, aussi avec le portrait^ 3 sur papier bleuet 11 sur 

satin. » 

f 



— 84 — 

Il y fait allusion dans le début de son petit poème 
intitulé la Muse de V Histoire : 

Aujourd'hui, renonçant à ces légères fleurs 
Que fait naître Erato sous ses pas enchanteurs, 
Ma muse, plus sévère, aux fastes de l'histoire 
Veut consacrer ses chants et confier sa gloire... 

Il se proposait de décrire en vers un certain 
nombre d'épisodes historiques qui auraient composé 
dix-huit tableaux pour l'histoire sainte et trente-six 
à peu près pour Thistoire profane : chacun d'eux 
aurait eu cent à cent cinquante vers au plus. Il 
n'en a publié que trois, qui sont : la Création et le 
Déluge; la Tour de Babel; les Mœurs patriarcales. 
Il y définit ainsi T histoire : 

L'histoire, rassemblant tous les temps à la fois. 
Est le plaisir du sage et l'école des rois. 

Cet essai, publié le 25 juillet 1809, n a été tiré 
qu'à seize exemplaires. 

On peut ajouter aux opuscules poétiques déjà 
cités, le conte qui précède les Amusements philolo- 
giques et la pièce tout récemment publiée par 
M. Aubry, avec la lettre d'envoi de l'auteur, sous 
le titre suivant : Relation dun congrès tenu par les 

oiseaux de la Haute-Saône, à F occasion d'une certaine 
ambassade de Bartavelles qui fît son entrée, V hiver 
dernier, dans la bonne ville de Vesoul (1). 

L'analyse que nous nous proposons de faire des 
autres ouvrages de G. Peignot aura bien souvent 



(1) Bulletin du Bouquiniste du !«' ayrill863. 



- 85 - 

le défaut d'embrasser une trop grande quantité 
d'écrits divers, n'ayant aucun rapport les uns 
avec les autres. Au risque de confondre les genres, 
dès le début, il nous paraît utile d'embrasser, d'un 
premier coup d'œil, un certain nombre d'ouvrages 
de notre auteur, et de rendre compte du plan qu'il 
avait d'abord conçu, au début de sa carrière de 
publiciste. 

Les fonctions de bibliothécaire qu'il remplit, à 
partir de l'année 1794, lui donnèrent de bonne 
heure l'occasion de développer son goût pour les 
livres et la bibliographie. Bien qu'il n'ait exercé ces 
fonctions que jusqu'à l'année 1813, et que d'autres 
occupations l'aient distrait de cet ordre d'idées, il 
est certain que la nature, plus forte que ses de- 
voirs officiels, le ramenait sans cesse à la bibliogra- 
phie. Il aimait les livres pour eux-mêmes , à les 
classer, à les décrire. Puis, après les avoir feuilletés 
pour son propre compte, il éprouvait le besoin de 
communiquer aux autres les jouissances qu'il avait 
éprouvées, en promenant ses regards sur un chef- 
d'œuvre typographique. Et comme, d'ailleurs, il 
était sensible aux beautés du langage, aux belles 
pensées , il oubliait un instant la physionomie exté- 
rteure du livre pour lire son auteur et se pénétrer 
de son esprit. Il ne quittait jamais la plume, il fai- 
sait de nombreux extraits, des rapprochements heu- 
reux; il complétait le sujet et il se trouvait, à son 
tour, avoir fait un livre à propos d'un livre ; de là 
à le publier il n'y avait qu'un pas. C'est ainsi que 



— 86 — 

la passion des livres lui donna le goût des lettres, 
et qu'après avoir fait un plan d'études et de biblio- 
thèque pour les autres, il le mit en œuvre pour son 
propre compte. 

De bonne heure, en effet, il composa le cadre 
d'une vaste encyclopédie qu'il voulait publier, qu'il 
n'exécuta pas dans son ensemble, mais d'où sorti- 
rent successivement la plupart de ses ouvrages. Il 
importe donc de rechercher d'abord quelle méthode 
il s'était faite, et quelle a été la marche de son es- 
prit : nous le prendrons lui-même pour guide en 
consultant son Manuel bibliographique publié en 
1800 (1). 

Avant cette époque, il avait préparé les matériaux 
d'un ouvrage considérable qu'il destinait à l'usage 
des bibliothécaires et dont il avait même publié le 
prospectus en l'an Vil : il a suffisamment développé 
ses idées à cet égard dans le Manuel qui va nous 
servir de texte. Ainsi qu'il le dit dans l'avant-pro- 
pos, il avait compris qu'un bibliothécaire ne doit 
pas seulement avoir sous les yeux des catalogues 
méthodiques, connaître les éditions et savoir les 
décrire ; il voulait qu'il possédât des connaissances 
historiques sur les langues anciennes et modernes, 
sur la philosophie et les belles-lettres, sur l'art ty- 
pographique. Gomme il avait étudié lui-même ces 



(1) Voyez le n*» 66 du Catalogue de M. P. M... Le prospectus du 
Manuel du Bibliothécaire n'a point été mentionné par les biblio- 
graphes. 



— 87 — 

parties , il avait entrepris de faire part à ses collè- 
gues de ce qu'il avait appris. Son Manuel du Bi- 
bliothécaire devait être divisé en deux parties. Le 
premier chapitre de la première partie, qui n'était, 
à proprement parler, qu'une introduction à la bi- 
bliographie, devait compretidre un traité sur les 
langues anciennes et modernes, sur leurs origines, 
leurs différences, etc. ; sur les écritures des différents * 
peuples. Ce chapitre se terminait par un catalogue 
des principaux ouvrages de linguistique. 

Le second chapitre embrassait les belles-lettres, 
Ja philosophie, les sciences et les arts : l'auteur vou- 
lait donner, avec l'histoire des écoles philosophi- 
ques, des notices sur les poètes, les orateurs, les 
historiens et les savants de la Grèce et de Rome. 
Le même travail comprenait la renaissance des 
sciences et des arts en Europe, des tableaux chro- 
nologiques et des résumés. 

Un troisième chapitre était consacré aux biblio- 
thèques les plus célèbres et se complétait par des 
notices sur les manuscrits, les médailles, l'histoire 
de l'imprimerie et des imprimeurs, de la gravure et 
de la librairie. 

La deuxième partie, consacrée à la bibliographie 
proprement dite, avait deux chapitres : le premier 
traitait des livres en général, de la matière des li- 
vres (écriture, papier, formats), de leur prix, des 
éditions et de leur conservation. 

Le deuxième chapitre avait pour objet la classi- 
fication des livres. 



— 88 — 

M. Peignot s'aperçut bien vite que T exécution de ce 
programme remplirait toute sa vie et qu'il n'arrive- 
rait que tard et très imparfaitement à son but. La 
classification des livres, en effet, reléguée dans le 
dernier et le plus court chapitre de ce Manuel du 
Bibliothécaire, qui n'a jamais paru, était précisément 
le traité le plus nécessaire pour ceux auxquels il était 
destiné. L'histoire des langues, au contraire, aurait 
rempli d'ailleurs, à elle seule, plusieurs volumes et 
fait éclater, en quelque sorte, le cadre restreint dans 
lequel elle devait trouver place. Aussi préféra-t-il 
donner successivement au public les divers traités 
qui devaient composer ce vaste ensemble. Il tira 
d'abord des premiers matériaux qu'il avait réunis, 
son Manuel bibliographique, où il résuma les con- 
naissances les plus propres à former un bibliothé- 
caire. 

Cet ouvrage commence par la traduction du Traité 
des Bibliothèques de Juste Lipse, accompagné de 
notes biographiques et littéraires. Il compléta ce 
traité par une notice abrégée des principales biblio- 
thèques modernes. A la suite se trouve une courte 
description des livres sacrés des différents peuples, 
des notions sur les formats, le papier et les livres, 
puis une méthode de classification bibliographique. 
Il compléta cet essai par une histoire très sommaire 
de l'art typographique et des principaux imprimeurs 
dans les différents pays de l'Europe. 

Voici maintenant les titres des divers articles qui 
composent la deuxième partie de cet ouvrage : 



— 89 — 

Petite Bibliothèque classée méthodiquement (1); 
un supplément renfermant un certain nombre de 
notices biographiques trèssommaireSjdanslesquelles 
se trouve intercalée une liste des poètes épiques 
par ordre chronologique. 

Petite Bibliothèque portative de format in-18. 

De l'Instruction publique... et de l'Enseignement 
dans les écoles centrales (Extrait du discours pro- 
noncé à l'école centrale de la Haute-Saône, le 1 bru- 
mairban VII.) (2). 

Liste des principaux ouvrages à consulter dans 
chaque cours des écoles centrales. 

Notice abrégée des principaux ouvrages considé- 
rables ou rares qui ne se trouvent ordinairement 
que dans les grandes bibliothèques. 

Notice d'ouvrages dont les titres sont originaux 
et dont la plupart sont très rares. 

Notice de quelques Livres qui ont été payés cxor- 
bitamment cher. 

Petites Bibliothèques : de Droit, — Médicale, — 
de Botanique, — Musicale. 

Quelques-uns de ces articles, qui ne sont qu'ébau- 
chés, renferment en germe des publications plus 
considérables, que notre savant bibliophile a prépa- 



(1) Ce traité est la seconde édition d'un ouvrage qui avait paru 
sous le même titre en Tan VIE. Voyez le Catalogue de M. P. M..., 
no 100. 

(2) n est très probable que ce discours a été imprimé en entier 
dans un journal de la Haute-Saône. 



— 90 — 

rées ou publiées dans le cours de sa carrière. C'est 
ainsi qu'il inséra dans son Dictionnaire raisonné de 
Bibliologie une notice plus complète des principales 
bibliothèques de l'Europe (1). 11 y fait, notamment, 
l'historique de la Bibliothèque impériale de France. 
On peut rapprocher de ces articles ce qu'il a dit de 
la bibliothèque du cardinal Bessarion, dans son 
Manuel du Bibliophile (p. xxxi), de sa lettre au Sénat 
de Venise, dont il avait donné un extrait dans le 
Dictionnaire raisonné de Bibliologie, au mot Livre. 

Il était d'ailleurs naturel qu'il développât, dans ce 
dernier ouvrage , les notions qu'il avait données 
dans le Manuel, sur le papier, l'encre, en un mot, 
sur lapartie matérielle des livres. Quant aux formats, 
c'est dans le Manuel du Bibliophile qu'il s'est le plus 
étendu à cet égard (2). U convient de rapprocher de 
ces articles YEssai, du même auteur, sur l'histoire 
du Parchemin et du Vélin, publié en 1812, dont il 
avait parlé aussi dans le Dictionnaire raisonné. Ce 
travail spécial traite de toutes les matières subjecti- 
ves de l'écriture, le calamus, le stylus des anciens, 
l'encre, etc. Il dit même quelques mots de la reliure 
des livres, quia fait à son tour l'objet d'un opuscule 
inséré d'abord dans les Mémoires de V Académie de 
Dijon pour l'année 1833, puis édité à part, sous la 
date de l'année 1834, et ayant pour titre : Essai his- 



(1) T. I, p. 59 et suiv.; t. lU (supplémentaire)^ p. 38 et suiv. Sur 
cet ouvrage, voyez M. P. M..., n» 18. 
(î) T. U, p. 427. 



— 91 — 

torique sur la Reliure des livres et sur l'état de la 
Librairie chez les anciens (1). 

Cet Essai formait lui-même la première partie d'un 
traité beaucoup plus complet qu'il avait annoncé 
dans le catalogue de ses manuscrits, publié par lui 
en 1830. 

Les notes sur Thistoire^de la typographie, qui ter- 
minent la première partie de son Manuel bibliogra- 
phique, étaient trop écourtées; l'auteur les compléta 
dans son Dictionnaire de Bibliologie, où, après avoir 
tracé l'histoire sommaire de l'invention de l'impri- 
merie, il traite de la taille des poinçons, de la fonte 
des caractères, de l'impression ou composition. Il 
faut compléter ces notions par la lecture des articles : 
Caractère, Xylographie, Vignettes ou marques des 
imprimeurs, et par la liste des villes où l'art typo- 
graphique a été introduit dans le cours du XV® siècle. 
Elle se trouve dans le supplément ajouté au tome II et 
à la fin du tome III. Ce dernier volume renferme aussi, 
au mot Daunou, l'analyse d'un mémoire de ce savant 
sur les origines typographiques. On trouve dans ce 
même volume, au mot Imprimerie, la liste des au- 
teurs qui ont écrit sur ce sujet inépuisable ; et il a 



(1) Sur le Papier, voyez Dictionnaire de Bibliologie, 1. 1»' et t. lU. 
Dans ce dernier volume on trouvera, au mot Papier vélin, l'histoire 
de cette fabrication, telle qu'elle est rapportée par M. Didot à la 
suite de son Epître sur les progrès de l'Imprimerie, 11 avait parlé 
aussi de la Reliure, dans les tomes U et UI de son Dictionnaire. 



— 92 — 

complété cet article dans son Répertoire bibliogra- 
phique universel, publié en 1812 (p. 344-364). 

G.Peignots'étaitbeaucoupoccupédesimpriineries 
particulières; dès 1804, il en avait donné une liste 
dans le tome YHàQ&on Dictionnaire de Bibliologie, et 
cet article a été à peu près reproduit dans le Réper- 
toire de Bibliographies spéciales, curieuses et instruc- 
tives (p. 70). Au fur et à mesure qu'il recueillait des 
notes sur ce sujet intéressant, il en faisait l'objet 
d'articles séparés qu'il publiait dans le Bulletin du 
Bibliophile, dont nous devons dire quelques mots. 
Il y fut, en quelque sorte, provoqué par un article 
de M. R. Chalon, inséré dans cette revue (1834-1835, 
p. 43) à titre de supplément à l'article du Diction- 
naire de Bibliologie, L'auteur y donnait une notice 
sur l'imprimerie particulière du prince de Ligne, 
avec l'analyse de trois ouvrages qui en étaient sor- 
tis. G. Peignot donna, dans le volume de 1837 du 
Bulletin (p. 524), une Notice historique et bibliogra- 
phique sur r Imprimerie particulière établie par sir 
Th, Johnes, à Hafod, en 1800, à titre de spécimen 
de son Histoire inédite des imprimeries particu- 
lières. 

Ce grand ouvrage, dont le prospectus seul a été 
publié en 1841, et qui devait former un ou deux 
volumes, portait le titre de Recherches historiques et 
bibliographiques sur les Imprimeries particulières et 
clandestines, etc. Il est certain que l'auteur s'en était 
beaucoup occupé. Il en a fait mention à plusieurs 
reprises dans ses Acta diurna. Le 25 février 1840, il 



— 93 — 

avait envoyé à son éditeur, Alkan, sept pages ma- 
nuscrites contenant la table de son ouvrage; le 
19 mars, il lui envoyait l'introduction et trois no- 
tices supplémentaires, désignées sous les n"* 86, 87, 
88. Le 5 avril, il lui adressait la première partie de 
l'ouvrage proprement dit, comprenant 49 articles; 
et le 4 juin, il recevait les épreuves du prospectus. 
Enfin, dansles derniers joursdumoisde janvier 1843, 
il terminait son manuscrit et il l'envoyait à son futur 
éditeur le 3 février {i ) . 

G. Peignot envoya, en outre, à la rédaction du 
Bulletin du Bibliophile, divers articles sur l'histoire 
de l'imprimerie : tel est l'article publié dans le vo- 
lume dé 1836 (p. 332-333) sur la date de Tintroduc- 
tion de Timprimerie en Amérique, lequel se complète 
par un article rectificatif (inséré à la p. 357), dont 
l'auteur renvoie au Typographical Gazeteer, oh se 
trouve le catalogue de dix-sept ouvrages imprimés 



(1) Cependant cet intéressant sujet continua de servir de texte à 
de nombreuses notes insérées dans le Bulletin du Bibliophile. Le 
volume de 1838 renferme un extrait du livre de Martin sur les livres 
privately printed, où se trouvent mentionnées les imprimeries par- 
ticulières de George Allan de Darlington^ mort eu 1800; d'Alexandre 
Boswell^ au château d*Auchinleck; celle du Banuantyne-Club^ fon- 
dée en 1823; celle d*Egerton-Brydges, au château de Lec-Priory; 
celles du Maitland-Club^ à Glascow, et de la Société de NewcasUe, 
p. 417. 

Le Bulletin de 1839^ p, 794^ donne une notice sur deux ouvrages 
fort rares sortis des presses de la Correrie^ imprûuerie particulière 
de la Grande-Chartreuse^ et celui de 1840^ p. 407, donne une lettre 
de M. C. de Battines sur trois imprimeries particulières qui avaient 
été omises par G. Peignot dans le Prospectus publié en 1841. (Voyez 
Catalogue de M. P. M...^ n» 116.) 



— 94 — 

à Mexico, avant 1567. On trouve, en outre, dans ce 
volume une notice de G. Peignot sur les incunables 
exécutés dans les villes de France par des ouvriers 
d'Allemagne, typographes ambulants (p. 18-19), 
ainsi qu'une note sur les premiers livres imprimés 
à Besançon et à Dijon (1487-1491). 

Il est impossible de séparer de cette analyse 
celle de l'ouvrage intitulé : Essai historique sur la 
Lithographie.., imprimé en 1819. Dans cet opuscule, 
notre auteur a réuni divers articles qu'il avait suc- 
cessivement publiés dans le Journal de la Côte^d'Or, 
en 1818 et en 1819. Le premier, inséré dans le n° 88 
de l'année 1818, n'est que le compte rendu de la 
notice de M. Mercier sur la lithographie, et a été 
reproduit à la fin de la seconde partie de YEssai 
(p. 41). Les deux articles suivants (n°' 89 et 90) ren- 
ferment l'histoire de la découverte de Sennefelder 
et des premiers essais de cet art dans les princi- 
pales villes de l'Europe, et se trouvent dans YEssai 
(p. 18-28). Les numéros 93, 94, 95 du Journal ren- 
ferment des notices bibliographiques qui , sauf de 
légères modifications , forment la deuxième partie 
de l'ouvrage; enfin le numéro 96 de la même année 
complète les précédentes et renferme un article sur 
la pierre lithographique. Les numéros suivants de 
l'année 1818 et de l'année 1819, sur les différents 
genres de gravure qui ont plus ou moins de rap- 
port avec la lithographie, complètent ce travail; 
G. Peignot, pour en faire un volume, y a ajouté 
une planche et un discours préliminaire sur la né- 



— 95 — 

cessité de recueillir les découvertes importantes (1). 
Nous avons à peu près analysé tout ce que l'au- 
teur a écrit sur les premiers éléments de la Biblio- 
logie , ou plutôt sur la matière subjective du livre 
(papier, écriture, typographie). Ces divers points 
ont été spécialement traités dans le Dictionnaire 
raisonné de Bibliologie, sur lequel nous reviendrons 
encore. On y trouvera, en outre, des articles plus ou 
moins développés concernant les manuscrits, les li- 
braires, les relieurs, les peintres, les sculpteurs, les 
graveurs les plus célèbres, les médailles, les musées, 
les langues, les livres sacrés, les poètes- lauréats, 
Y archéologie, la chronologie au mot Dates,,» Le cadre 
de cet ouvrage était heureusement choisi, et il est 
à regretter que Fauteur n'ait pas mis à exécution 
le projet qu'il avait formé d'en donner une deuxième 
édition (2). 



(1) En citant les numéros du Journal de la Côte-cTOr, dont nous 
avons indiqué quelques-uns, M. P. M... a omis les n^ 88, 89, 90 et 
96 de Tannée 1818. Le n» 98 du Journal, pour Tannée 1819, ren- 
ferme en outre un article très court, mais assez important, sur la 
découverte de la lithographie, à Toccasion de Sennefelder lui- 
même. Cet article nous parait devoir être attribué à M. Peignot. 

(2) « Depuis que cet ouvrage a paru, écrivait-il dans 8on Répertoire 
bibliographique (p. 387), nous nous sommes occupé à le revoir avec 
soin et à y faire des additions considérables qui pourraient former 
seules trois forts volumes in 8«. » 



96 — 



II 



Les langues et Vécriture en générai. — Les antiquités romaines. — La langue 
latine,— Histoire et origine de la langue française, 

Res quibns occultas penitas convisere possis. 

(Lucrèce.) 

Il est temps de passer en revue les ouvrages 
moins techniques que G. Peignot a successivement 
publiés, en se conformant au plan tracé dans son 
Manuel bibliographique. Il devait commencer par 
une notice historique et conjecturale sur l'origine 
et la différence des langues et sur l'écriture. Ce tra- 
vail a été ébauché dans le Dictionnaire de bibliolo- 
gie (au mot Langues)^ où il a fait entrer les divers 
articles qu'il destinait certainement au Manuel du 
bibliothécaire. Il y traite, suivant l'ordre qu'il s'était 
tracé : de Torigine, — de la différence des langues, 
— de l'écriture des différents peuples. Il y men- 
tionne les douze langues-mères; il cite les ouvrages 
de Hickes sur les anciennes langues du nord ; ceux 
de Muller, de Hidde, de Meninski et de Richardson 
sur les rapports des langues de l'occident avec celles 
de l'orient, etc. Il donne ensuite la nomenclature 
des langues anciennes et modernes , classées géo- 
graphiquement. Tout en s' excusant sur son inexpé- 
rience, il a donné quelques notions sur la généalo- 
gie des divers idiomes, question qui, à l'époque où 



— 97 — 

Tauteur écrivait, était à peine entrevue par un petit 
nombre do philologues. On peut voir, d'ailleurs, 
dans r article Etymologie eiEtymologistes, qn il avait 
étudié les ouvrages les plus autorisés sur ce sujet. 

En consultant les articles Alphabet, Ecriture, on 
aura sous les yeux quelques-uns des matériaux que 
G. Peignot avait préparés , à cette date , pour son 
grand ouvrage. De bonne heure , il avait senti la 
nécessité d'une Polyglotte universelle élémentaire, 
destinée à servir d'introduction à l'étude des lan- 
gues. « Nous proposerions, écrivait-il, d'adopter le 
format in-folio, dans lequel on ferait graver ou im- 
primer tous les alphabets connus ; chaque planche 
offrirait : 1° l'alphabet d'une langue ; 2° son sylla- 
baire ; 3"* son système numéral ; 4° une quinzaine de 
lignes d'un morceau de littérature qui serait tou- 
jours le même, traduit dans toutes les langues. 
Chaque planche aurait été précédée 'de deux ou 
quatre pages d'impression, qui donneraient en abré- 
gé les principes élémentaires grammaticaux, et mê- 
me l'historique de la langue à laquelle elles ap- 
partiendraient. L'ouvrage serait terminé par des 
vocabulaires traduits des langues particulières de 
l'Amérique, do l'Inde et des îles dont les habitants 
n'ont point d'alphabet (i). » 



(1) Dict. de Bibliologie, p. 348, à la note. Voici le titre dont il 
avait arrêté la rédaction, tel que nous le trouvons en tête du Dic- 
tionnaire critique des principaux livres condamnés au feu, publié en 
1806 : «Essai d'un Dictionnaire universel des langues anciennes et 

7 



— 98 — 

Il avait dû réunir ou compulser de nombreux 
ouvrages sur ce sujet; car il avait composé une 
Bibliographie glossographique, qu'il désigne sous le 
n° 16 du catalogue de ses manuscrits, et qui pouvait 
former deux volumes in-8° (1). 

Son ouvrage complet sur la linguistique se serait 
composé de trois parties : une introduction, don* 
il parle dans ce dernier opuscule ; le recueil de 
tables, ou l'histoire figurée des langues classées 
alphabétiquement ; puis la bibliographie propre- 
ment dite qu'il a publiée dans son Répertoire biblio- 
graphique universel. Ce dernier travail qui n'occupe 
que huit pages , aurait certainement formé la ma- 
tière d'un petit volume, si, au lieu de donner une 
simple indication des auteurs, G. Peignot eût énoncé 
le titre complet de leurs ouvrages, en l'accompa- 
gnant de notices analytiques. 

D'autres extraits de cet ouvrage se trouvent dans 
les Mélanges; l'auteur y a donné la liste des bibles 
et autres livres saints polyglottes; celle des livres 
où rOraison dominicale a été publiée en plusieurs 



modernes des quatre parties du monde, précédé d'un discours sur 
l'origine des langues en général, sur leur diversité et sur les moyens 
d'en chercher et d'en établir la généalogie, suivi d'une Bibliogra- 
phie des principaux ouvrages relatifs à l'étude des langues, 2 vol.. 
in 80.» 

(1) Notice des ouvrages.,., tant imprimés que manuscrits, de Ga- 
briel P******. Un essai de Bibliographie glossographique se trouve 
à la fin de l'article Langues du Dictionnaire, Voyez aussi le Réper^ 
toire bibliographique, p. 370, et les Mélanges littéraires, philolo^ 
giques et bibliographiques, p. 80. 



~ 99 — 

langues ; il a extrait de ces recueils un certain nom- 
bre de traductions do cette prière dans les princi- 
pales langues de l'Europe (1). Il a terminé sa notice 
par la nomenclature des mots Ciel, Dieu^ Homme^ 
Pain, Père, traduits dans l'ordre alphabétique, en 
un très grand nombre de langues, qu'il a ensuite 
groupées suivant quelques analogies qu'il signale. 

H a complété dans le même- ouvrage l'article 
Etymologie du Dictionnaire de Bibliologie, par une 
notice des livres principaux à consulter sur ce su- 
jet. Enfin, il faut rapprocher de ce travail trop som- 
maire une monographie assez curieuse, insérée dans 
les Mélanges sous ce titre : Lettre à M, Amanton... 
sur Vétymologie, l'orthographe et la signification des 
noms propres des rois de France de la première et de la 
seconde race (2). L'auteur a donné à la suite une 
notice sur les noms propres en France et sur les 
dispositions législatives qui ont réglementé cette 



(1) n y a reproduit à peu près ce qu'il avait dit dans son Diction- 
naire, sur les langues en général. On y trouve le mot de Charles- 
Quint^ déjà cité dans le Dictionnaire, t. I^ p. 389^ puis répété dans 
les Amusements philologiques, p. 255; Tanecdote sur les langues 
parlées dans le Paradis terrestre^ P- ^l* citée ensuite dans les 
Amusements philologiques y p. 247. 

(2) Cette lettre avait été publiée en 1817^ dans le Journal de la 
Côte-d'Or, no» 85, 86 et 89. On y trouve, p. 21, Tanecdote de Be- 
canus sur le mot sac, qui a trouvé place dans les Amusements phi- 
lologiques. Il faut rapprocher de ces notices celle qui a été insérée 
dans le Livre des Singularités, sous .ce titre : Onomatographie; De 
certains noms propres chez les sauvages, p. 42; et Tarticle du Jour- 
nal de la Côte-d'Or : Des Noms et des Surnoms, 2 juillet ft8i:7. 



— 100 — 

matièra, puis une bibliographie des ouvrages prin- 
cipaux relatifs au même sujet. 

Avant de passer aux essais publiés par G. Pei- 
gnot sur la langue latine et la langue française, nous 
devons rappeler qu'il a donné quelques mélanges 
curieux sur les langues en général, dans les Amu- 
sements philologiques (p. 246 et suiv.), et surtout 
dans le L2t?re des Singularités, sous le titre : Onoma- 
tographie amusante. On y trouvera une note sur 
le nombre des langues (n. B, p. 38) ; une note sur 
certains mots bizarres et remarquables par leur 
longueur (p. 56), et sur les mots composés d'une 
manière bizarre. 

Quant à l'article Ecriture, qui n'était qu'ébauché 
dans le Dictionnaire de Bibliologie, il a été complété 
dans les Mélanges, par un chapitre intitulé : De l'E- 
criture et des diverses manières de disposer fordre 
des lettres et des lignes chez les différents peuples. 
Le commencement reproduit à peu près ce que 
l'auteur avait écrit dans le discours préliminaire qui 
précède le Manuel du Bibliophile (1). Les divisions 
de ce chapitre portent les titres suivants : 

De l'Ecriture perpendiculaire (on y trouve l'Orai- 
son dominicale en chinois); 



(1) Diverses anecdotes se trouvent simultanément dans deux ou- 
vrages : Voyez le Manuel, p. xn et p. xv (note !'•) ; et comparez 
les MélàrLyes, p. 118 et 122. 



— 101 — 

De r Ecriture horizontale (avec l'Oraison domini- 
cale en hébreu, écrite de droite à gauche) ; 

De r Ecriture en boustrophédon (avec deux vers de 
Haute) ; 

De l'Ecriture orbiculaire. 

A l'exception de quelques notices très écourtées 
sur les auteurs et les philosophes grecs, insérées 
dans \e Manuel du Bibliophile, nous n'avons rien qui 
indique que G. Peignot ait mis sérieusement la main 
à l'histoire des sciences et des lettres en Grèce, qu'il 
avait manifesté l'intention d'écrire. 

Mais l'un des sujets qu'il comptait traiter avec le 
plus de développement était assurément une sorte 
d'encyclopédie romaine, dont devait faire partie 
l'histoire de la langue latine. Il en a tracé le plan 
soit dans le Manuel bibliographique, soit dans la 
notice de ses ouvrages manuscrits publiée en 1830, 
soit dans la Bibliothèque choisie des Classiques latins. 
Ce vaste travail embrassait les traités suivants : 

Tableau historique de la grandeur et de la magni/i' 
cence des Romains dans leurs triomphes (avec un sup- 
plément traitant des récompenses militaires, des 
impôts, des aqueducs, etc.) ; 

De la magnificence des Romains dans leurs théâtres 
(avec une histoire littéraire de l'art dramatique, etc.); 

Du luxe et de la somptuosité des Romains dans les 
repas (avec un appendice sur les repas chez les Gau- 
lois, en France, etc.); 

Recherches historiques sur les fortunes particulières 
des Romains; 



- 102 - 

Des Monnaies ; des Poids et Mesures; des Chiffres; 
de la Mesure du Temps; des Noms propres; du Cens 
et du Lustre; 

Recherches généalogiques sur la famille des six pre- 
miers Césars. 

Ensuite il aurait donné une Bibliothèque choisie 
des Classiques latins, au nombre de trente-sept ; puis 
un Recueil historique, chronologique et analytique sur 
les découvertes des manuscrits d'Herculanum (1). 

Les deux premiers sujets n*ont été traités par 
G. Peignot dans aucun de ses ouvrages imprimés ; 
on voit d'ailleurs par le Catalogue do ses livres, 
publié en 1852, qu'il ne possédait qu'un petit nom- 
bre de traités sur cette matière, tandis qu'il était 
assez riche en dissertations sur les autres sujets. 

Dès l'année 1821, il donnait lecture à l'Académie 
de Dijon de son Traité des Comestibles et des Vins, où 
il a parlé des mets eux-mêmes (volatiles, quadru- 
pèdes , poissons , légumes) ; de la manière de les 
apprêter ; de leur prix ; des vins et des mesures de 
capacité (2). Les recherches qu'il publia ensuite sur 
\e Luxe des Romains et leur Ameublement, lui offraient 
un champ plus étendu : il y a parlé des construc- 
tions privées, des tableaux et des statues, des tables 
et des lits , des coupes et des vases , des lampes et 



(1) Voyez la notice des manuscrits, no» I à XHI. 

(2) Imprimé dans la Séance publique de V Académie de Dijon^ du 
24 août 1821^ et tiré à part à 50 exemplaires. 



— (03 — 

des candélabres, des pierres précieuses et bijoux, 
des étoffes. Ce travail se termine par un appendice 
sur le luxe de Commode, d'Héliogabalo et de Néron ; 
sur le prix d'acquisition de certains animaux. L'au- 
teur y a donné ensuite le tableau de quelques for- 
tunes particulières à Rome. Des notes substantielles 
indiquent le prix de quelques tableaux précieux 
chez les modernes, celui des plus beaux diamants 
et bijoux de la couronne de France ; on y trouve une 
description des plus fameux diamants connus, et un 
précis des plus grandes fortunes de l'Angleterre (1). 
Quant au traité sur les Monnaies, on n'a sur ce 
sujet que l'article inséré dans le Dictionnaire de Biblio- 
logiCy où le système monétaire des Romains n'est 
pas même ébauché, et quelques détails sur le prix 
des médailles dans Y Essai de Curiosités bibliogra- 
phiques (p. XLH à XLVlIl). 

Nous n'avons rien de son travail sur les Mesures. 
L'article Chiure du Dictionnaire n'en donne que la 
nomenclature, avec la figure dos nombres et des 
chiffres. Les Noms propres, le Cens, le Lustre, les Be- 
cherches sur les familles des Césars n'ont pas fait non 
plus l'objet de traités spéciaux ; et quanta la Mesure 



(1) Sur les tableaux anciens et modernes^ voyez V Essai de Curio- 
sités bibliographiques, préface, p. XLViij ; le Livre des Singularités^ 
p. 855. La note sur les diamants a été reproduite avec quelques 
développements dans les Amusements philologiques ^ p. 434^ et pa- 
rait avoir été extraite d^un traité inédit sur le Diamant j plusieurs 
ois annoncé. 



— 104 — 

du Temps, l'auteur n'en a dit qu'un mot dans les Re- 
cherches sur la Semaine. Dans ses notices publiées, 
G. Peignot a trop souvent perdu de vue le but prin- 
cipal qu'il s'était d'abord proposé et qui eût consisté 
à préparer le lecteur à l'étude sérieuse des antiqui- 
tés romaines. Il a voulu exciter la curiosité, en mê- 
lant agréablement l'anecdote à la description et à 
l'archéologie; les détails piquants et inattendus 
abondent sous sa plume, et cette prédilection perce 
jusque dans les notes sommaires dont il a accom- 
pagné les titres de ses ouvrages en préparation. Il 
annonçait, par exemple, que son traité de la Mesure 
du Temps serait terminé par un aperçu des occupa- 
tions ordinaires d'un Romain à chaque heure de la 
journée. 

On s'explique d'ailleurs qu'il n'ait pas donné suite 
à ce projet de publication. La traduction des Anti- 
quités romaines d'Adam, publiée en 1826, venait de 
mettre à la portée des lecteurs ordinaires un excel- 
lent manuel qu'il était difficile de surpasser. G. Pei- 
gnot avait suffisamment mûri le plan de sa Biblio- 
thèque des Classiques latins : elle devait renfermer 
une histoire de la langue latine et, dans une intro- 
duction, un essai sur les divers peuples qui se sont 
établis en Italie. Cette étude, qui a fait l'objet d'ou- 
vrages récents (1), était prématurée en 1813 ; toute- 



(l) Aujourd'hui encore, si Ton s'en rapporte à un critique compé- 
tent, les travaux des philologues modernes laisseraient beaucoup à 
désirer. Voyez Ed. du Méril, Mélanges archéologiques et littéraires. 



— 405 — 

fois les développements que l'auteur a donnés à son ^ 
programme dénotent une véritable intelligence du 
sujet. 

Afin de familiariser le lecteur avec les textes eux- 
mêmes, il se proposait de publier dans son ouvrage 
les monuments les plus anciens et les plus authen- 
tiques de la langue latine i les vers saliens, les lois 
royales, les Douze Tables, une inscription d'une 
urne antique, celles de Duilius, du tombeau des 
Scipion, du tombeau d'Atilius Calatinus, et un frag- 
ment du sénatus-consulte sur les bacchanales. M. Eg- 
ger n'a pas suivi d'autre plan, lorsqu'il a publié ses 
Latini sermonis vettistioris reliquiœ selectœ. 

Ce programme se trouve à la fois dans la Biblio- 
thèque choisie, publiée en 1813, et dans le catalogue 
des ouvrages inédits, n° xii. D'après cette dernière 
note, l'ouvrage n'aurait pas formé moins de six vo- 
lumes. 

Il nous reste de cette tentative une notice trop 
sommaire sur la langue celtique, considérée comme 
ayant concouru à la formation de la langue des Ro- 
mains (1). Elle a surtout pour objet de passer en 
revue les principaux ouvrages écrits sur cette ma- 
tière par C. de Gébelin, Le Brigant, La Tour d'Au- 



p. 207, où l'auteur cite : Kampfe, Umbricorum spécimen^ Berlin^ 
1835; Henocli, de Lingua Sabina, AltonS; 1837; Grotefend, Budi- 
menta linguœ umbricœ, ex inscriptionibus aniiquis enodata, Hano- 
vre, 1839. 
(1) Mélanges bibliographiques, p. 140. 



— 406 — 

vergne, Denina, Bullet; mais la conclusion n'est 
pas suffisamment motivée. G. Peignot penchait pour 
le système de Bullet, qui consiste à dire que les 
Celtes ont fait partie de l'invasion celto-scythique 
qui peupla toute l'Europe. L'accroissement de la 
population de la Gaule la força à déborder sur l'Es- 
pagne, d'un côté, sur l'Italie, de l'autre, où l'élé- 
ment celtique se croisa avec l'élément hellénique 
dans le Latium : de cette fusion devait sortir la lan- 
gue latine. Cette conclusion lui paraissait ressortir 
assez naturellement de l'opinion des divers auteurs 
qu'il avait consultés, lesquels s'accordaient à recon- 
naître que la langue celtique avait contribué à la 
formation du latin : elle se résume dans la formule 
magistrale ainsi arrêtée par Funccius : Aviam lin- 
guœ latiim incertam statuo, matrem celticam, magis- 
tram grœcam. 

Quant aux notices qu'il annonçait avoir prépa- 
rées, au nombre de 37, sur les Classiques latins, il 
n'a donné, avec une certaine étendue, que celle de 
Perse, dans sa Bibliothèque choisie. Les autres lui 
auront servi à donner les notices abrégées, au nom- 
bre de 27 seulement, qu'il a publiées dans le Ma- 
nuel du Bibliophile (1). Il y manque Cornélius Ne- 



(1) Ce sont : Virgile, t. I,p. 59; t. If, p. 118; — Horace (art. Mal- 
herbe), t. I, p. 110 et 281; t. II, p. 56. — Catulle, t. II, p. 19. — 
Tibulle, t. II, p. 113. — Properce, t. Il, p. 93. — Juvénal, t. H, 
p. 60. — Tite-Live, t. II, p. 114. — Quinte-Curce, t. H, p. 95. — Ta- 
cite, t. Il, p. 107. — Sénèque, t. I, p. 131, 323; t. II, p. 102. — Ci- 



— 407 — 

pos, Phèdre, Lucrèce, Valère Maxime, Manilius, 
Varron, Caton, Martial, Valerius Flaccus et Quin- 
tilius, qui, avec Perse, compléteraient le chiffre de 
38 auquel il s'était arrêté. 

11 faut rapprocher de ces notices la brochure in- 
titulée : Quelques Recherches sur le tombeau de Vir- 
gile au mont Pausilippe, extraite des Mémoires de 
l'Académie de Dijon pour l'année 1839-i840. Elle 
commence par une dissertation sur le lieu où est 
mort le poète de Mantoue. L'auteur y décrit en- 
suite le tombeau de Virgile à différentes dates ; il 
rappelle les noms des littérateurs qui l'on visité , 
les honneurs rendus au poète par l'Eglise, etc. (1). 

Quant à l'essai sur les manuscrits, qui devait ter- 
miner Touvrage, Taitteur parait avoir eu un ins- 
tant la pensée d'en faire l'objet d'une publication 
particulière, qu'il a indiquée sous le n° 13 de la no- 
tice de ses manuscrits. On trouve des traces de ce 
travail soit dans le Dictionnaire de Bibliologie, soit 
dans le Répertoire Bibliographique, au mot Classi- 
ques. Le paragraphe consacré à ce sujet est intitulé : 



c&on, t. n, p. 814. — César, t- 0, p. 21. — T&ence, t. H, p. 109. — 
Salluste, t. II, p. 101.— Pline-VAncienj t. II, p. S^. — Pline-le-Jeune, 
t. U, p. 85. — Velleius, t. U, p. 117. — Claudien, t. U, p. 30. — F/o- 
rWj t. n, p. 47. — Justin, t. II, p. 59. — Lucairij t. II, p. 66. — 
Ovide f t. II, p. 78. — Plante, t. II, p. 83. — Sénèque le Tragique, 
t. II, p. 103. — Silius Italiens, t. II, p. 104. — Stace, t. H, p. 105. — 
Suétone, t. II, p. 106. , 

(1) La plupart de ces points ont été traités avec un soin parti- 
culier par M. Ed. du Méril, dans ses Mélanges archéologiques, dans 
le chapitre intitulé : De Virgile TEnchanteur, p. 4815. 



— 108 — 

Notice sur la découverte de quelques manuscrits 
des auteurs anciens, lors de la renaissance des let- 
tres, c'est-à-dire depuis le XV siècle. » 

Dans cet article de son Répertoire, l'auteur a dé- 
veloppé, avec un soin particulier, les notices con- 
sacrées à Phèdre, à Tite-Live et à Pétrone ; il l'a 
terminé par quelques pages concernant les manus- 
crits d'Herculanum (1). 

La bibliographie des classiques latins, ébauchée 
dans cet ouvrage, a été traitée avec plus d'étendue 
dans la quatrième partie du Manuel du Bibliophile; 
elle se complète par une notice intéressante sur les 
éditions jonnccp^, insérée dans les Variétés bibliogra- 
phiques, p. 57 et suiv. L'auteur explique les causes 
de la rareté de ces éditions et de leur valeur, par 
le petit nombre du tirage, la fidélité du texte et la 
destruction d'un certain nomtre d'exemplaires. Il 
donne la définition de la véritable édition princeps, 
les caractères qui la distinguent, et il termine par 
un spécimen des abréviations souvent inintelligibles, 
usitées par les imprimeurs du XV siècle. 

Au nombre des opuscules qu'il a tirés de ses ma- 
tériaux sur les antiquités romaines, nous ne devons 
pas omettre ses Recherches sur les diverses opinions 



(1) Dans les Curiosités bibliographiques , G. Peignot a aussi parlé 
des rouleaux, p. xxv, de certains manuscrits de Virgile, de Té- 
rence, du Codex argenteus, p. xxix, et du prix que plusieurs écri- 
vains de Tantiquité ont tiré de leurs ouvrages, p. xvj. 



— 109 — 

relatives à V origine et à Vétymologie du mot Pontife, 
qui ont été imprimées dans les Mémoires de l'Aca- 
démie de Dijon, année 1838. 

Nous avons déjà dit quelques mots des premiers 
travaux de G. Peignot sur la langue française et ses 
origines. Dans une Lettre à M. Amanton sur un ou- 
vrage intitulé : Les Poètes français depuis le XIP 
sièclejusqu à Malherbe (1824), ils'exprime en termes 
bien sentis sur l'énergie et la vivacité du français du 
moyen âge. La même pensée se trouve dans une 
autre Lettre à A manton sur f ouvrage intitulé : Lettres 
de Henri VIII à Anne Boleyn (1826). Enfin, dans une 
lettre à l'éditeur Crapelet,- qui précède l'édition de 
Y Histoire de la Passion de Jésus-Christ, G . Peignot an- 
nonçait l'intention de publier un certain nombre 
d'anciens monuments de la langue française, plan 
qu'il avait exécuté en partie dans son ouvrage de la 
Maison royale de France, où il avait donné, siècle 
par siècle, un choix des textes les plus propres à 
marquer les progrès de notre idiome. Il inséra en- 
suite dans le Tableau des Moeurs au JP siècle, publié 
par Ci^apelet, en 1832, un chapitre yitfhilé : Monu- 
ments de la Langue française en usage en Normandie 
aux XI* et XIIP siècles. Il y traite de l'introduction 
et de l'histoire de notre langue en Angleterre, et il 
donne, à titre de spécimen, cinq fragments, parmi 
lesquels figure un extrait des lois de Guillaume-le- 
Conquérant. 

Cependant le plan qu'il s'était proposé était conçu 
dans de grandes proportions; l'auteur devait y faire 



— no — 

entrer des /i2C-52>we7e des anciennes écritures : a J'au- 
rais choisi, dans chaque siècle, dit-il, ceux qui m'au- 
raient paru les plus intéressants sous le rapport cal- 
ligraphique, et, descendant ainsi jusqu'au XYIA' 
siècle, j'aurais présenté un recueil assez intéressant, 
tenant, d'une part, à l'histoire générale do l'écriture 
depuis les siècles les plus reculés, et, de l'autre, à 
la description des fac-similé,.. (1). » 

Il exécuta ce projet sur une moindre échelle dans 
son Essai sur l'origine de la Langue française, im- 
primé dans les Mémoires de V Académie de Dijon, an- 
née 1834. Le fonds en est emprunté aux travaux de 
M. Raynouard et de M. Gley. On y trouve un précis 
assez complet de nos origines celtiques, latines et 
germaniques ; bien que l'auteur ait adopté l'hypo- 
thèse de cette fameuse langue romane intermédiaire 
entre la langue latine et les idiomes modernes, cette 
donnée inexacte, que peu de personnes étaient en 
mesure de combattre avec succès en 1834, n'ôte 
rien de leur intérêt aux faits nombreux, aux obser- 
vations ingénieuses que M. Raynouard a mis à la 
portée des liRwrs. 

La seconde partie de l'Essai de G. Peignot se 
compose de trente extraits des monuments de notre 



(1) Variétés y notices et raretés bibliographiques, p. 51, note. Ce 
projet avait déjà été exécuté, à un autre point de vue, par les au- 
teurs des divers traités de Diplomatique que G. Peignot a cités dans 
son Dictionaire de Bibliologie. 



— iii — 

langue, depuis le fameux serment de 842, jusqu'à 
Montaigne. Quelques-uns sont accompagnés de 
planches. Enfin, le recueil se termine par une ana- 
lyse succincte des treize volumes de la collection 
publiée par Crapelet, dont font partie V Histoire de la 
Passion de Jésus-Christ et le Tableau des Mœurs au 
X* siècle, donnés par notre auteur. 

La méthode qu'il avait adoptée a été, depuis, sui- 
vie par un anonyme qui a publié, dans le Bulletin du 
Bibliophile (année 1836, p. 63), une notice sur les 
origines de la langue française, accompagnée d'un 
choix de textes, classés dans l'ordre chronologique, 
depuis le IX® jusqu'au XIP siècle, et dont plusieurs 
ont été puisés aux mêmes sources que les extraits 
donnés par G. Peignot. 

n a complété ce travail en 1838, en publiant, dans 
les Mémoires de l'Académie de Dijon, des Bêcher ches 
sur d'anciennes Traductions françaises de l'Oraison 
dominicale (du XI® au XVP siècle). On y trouve en 
outre le Symbole de saint Athanase, en langue ro- 
mane du X* siècle, quelques fragments des Psaumes, 
le Symbole des apôtres et les Commandements de 
Dieu, rOraison dominicale en sept langues, et enfin, 
un chapitre sur la prééminence" de la langue fran- 
çaise (1). 



(1) U faut rapprocher de ces extraits celui que G. Peignot a donné 
dans un article inséré dans le Bulletin du Bibliophile (année 1839, 
p. 588), sous ce titre : Notice sur quelques prières manuscrites de 



On aura une idée complète des travaux de G. Pei- 
gnot sur l'histoire littéraire en parcourant les notices 
qu'il a données dans son Manuel du Bibliophile; 
nous avons déjà parlé de celles qui concernent les 
classiques latins. L'une des plus importantes est 
la notice qu'il a consacrée aux Livres saints (t. I, 
p. 219-258), et qu'il a reproduite dans le Mémorial 
religieux et biblique; une autre traite de V Imitation 
de Jésus-Christ et de ses auteurs. Les titres des prin- 
cipales divisions de ce Manuel indiquent suffisam- 
ment à quel point de vue s'est placé l'auteur pour 
faire mieux goûter les classiquei? dont il ne se lasse 
pas de faire l'éloge. La seconde partie traite ce de 
la prédilection particulière que des hommes célèbres 
de. tous les temps ont eue pour certains ouvrages et 
surtout pour les chefs-d'œuvre littéraires. » Chacun 
de ces hommes célèbres fait, bien entendu, l'objet 
d'un article particulier. 

La troisième partie renferme : « La notice indi- 
cative des morceaux les plus beaux et les plus esti- 
més que l'on a toujours distingués parmi les chefs- 
d'œuvre littéraires des auteurs du premier ordre, et 
de quelques écrivains du second. » Les auteurs 
grecs, latins et français y sont classés par ordre al- 
phabétique. Malheureusement, on peut regretter 



la fin du Xr/« siècle. L'auteur les a empruntées au Psalterium inte- 
meratœ Virginis^ conservé dans le cabinet des estampes du Musée 
Dijon. 



— H3 — 

que les étrangers ne figurent pas dans cette liste ; il 
nous suffit de signaler, parmi les italiens, Dante, 
Pétrarque, TArioste et Boccace, qui auraient pu y 
trouver place au même titre que Milton (1). 

Nous rattacherons à ces opuscules les Essais de 
moindre importance qui sont épars dans plusieurs 
recueils; ainsi l'on trouvera, dans les Mélanges litté- 
raires, un Essai sur l'origine de quelques mots de 
la langue française, la date de leur création et le 
nom de leurs auteurs ; ce travail est, à proprement 
parler, une notice sur le néologisme. 

Citons encore sa Lettre sur une nouvelle édition des 
œuvres de Ducerceau, extraite du Journal de Dijon, 
année 1828, n" 100 et 101; 

Les Remarques morales, philosophiques et gramma- 
ticales sur le Dictionnaire de l'Académie française 
(Paris 1807); 

L'opuscule intitulé : Petit Dictionnaire des locu- 
tions vicieuses, et dont la partie la plus considérable 
est ï Abrégé des principes de l'Artépistolaire, qui pré- 
cède le Dictionnaire. 

La curiosité, qui était le faible de notre auteur, 
devait le pousser à l'étude des patois ; il avait formé 



(1) L'auteur aimait les parallèles; on peut consulter ceux qu*il a 
empruntés à diverses sources entre les littérateurs et les peintres : 
Manuel, 1. 1^ p. 275; Dictionnaire de Bihliologiej t. II, p. 47; Amu^ 
sements philologiques, p. 501. Quant au tableau chronologique de 
tous les hommes célèbres depuis la renaissance des lettres^ annoncé 
dans le prospectus du Manuel du bibliothécaire, on le trouvera 
dans les Amusements philologiques, p. 534 et suiv. 

S 



— 144 — 

le projet de publier un travail bibliographique sous 
le titre de Bibliothèque idio-bourguignonne^ qu'il an- 
nonçait dans sa notice De la liberté de la Presse à 
Dijon^ au commencement du XVIP siècle, extraite de 
la Revue de la Côte-d'Or, i. I, p. 89-98. Elle est con- 
sacrée à l'examen de Ylsmenias ou YEbolation de 
Tailan, poème satirique en trois cent vingt-huit 
vers. L'auteur l'a complétée par quelques recherches 
sur les auteurs de cet opuscule en patois bour- 
guignon, œuvre de Jean Richard et de son fils, 
Jean-Baptiste Richard. 

n a extrait des matériaux qu'il avait réunis une 
dissertation sur les auteurs du Virgile virai en Bour- 
guignon, dont il est fait mention dans les Mémoires 
de l'Académie de Dijon (compte rendu pour l'année 
1820, p. XLi et XLii). Elle a été reproduite en tête 
de l'édition donnée par M. Amanton. Chacun des 
auteurs fait l'objet d'une note très succincte, et l'in- 
troduction se termine par une facétie de l'abbé 
Barthélémy, intitulée. Histoire d'Enée, dans un 
genre nouveau (1). 

Il est très vraisemblable que la lettre insérée dans 
le Journal de Dijon, à la date du H janvier 1826, 
et signée *** est de G. Peignot ; elle renferme une 
notice sur la famille des imprimeurs Ballard, dont 



(1) L'édition du Virgile virai (Dijon, 1831) se compose des livres 
n, rV, VI de l'Enéide; des épisodes de Gacus, du bouclier d'Ënée, 
des funérailles de Pallas, de Tépilogue, et d'un glossaire. 



— 115 — 

l'un a édité la musique des Noëls de La Monnoye, 
pour l'édition de 1738. 

Enfin, dans une Notice sur quelques Poésies bour- 
guignonnes^ insérée par notre auteur dans le Bulle- 
tin du Biblioqhile, année 1841, p. 33, il restitue à 
leur véritable auteur, P. Malpoy, mort à Dijon le 
7 juillet 1844, des poésies galantes, latines, fran- 
çaises et bourguignonnes qui avaient été fausse- 
ment attribuées à Aimé Piron dans le catalogue de la 
bibliothèque Pixéricourt. 

Nous ne mentionnerons que pour mémoire la 
courte analyse du roman intitulé le Comte de 
Chamy, dédié aux Bourguignons, laquelle a paru 
dans le Journal de la Côte-d'Or, du 1" avril 1829. 



III 



Histoire, — Notices historiques et biographiques. 



nec nisi operta legens, 

Materies sennonis erant, qascomque libellos 
Fusaper innumeros nunc monomenta docent. 

(VALEsn poem.) 



L'abrégé intitulé : Géographie statistique spéciale 
de la France, est un opuscule destiné aux écoles 
primaires, qui ne présente aucun intérêt. 

Le principal ouvrage de G. Peîgnot est l'abrégé 
qui porte pour titre : De la maison royale de 



— il6 — 

France (1). Il est regrettable qu'il n'ait pas écrit 
rhistoire des deux premières races avec les déve- 
loppements qu'il adonnés à l'histoire delà troisième. 
Le précis généalogique des Mérovingiens et des 
Carlovingiens , que l'auteur ne considérait que 
comme une introduction à l'Histoire de la maison de 
Bourbon, est cependant plein de recherches exactes 
et variées. Il lui eût été facile de grouper autour 



(1) Augmenté du Précis chronologique du règne de Louis XVIII, 
l'ouvrage porte le titre suivant : Abrégé de l'Histoire de France, 
composé de recherches curieuses^ la plupart négligées par les his- 
toriens et contenant^ dans Tordre chronologique, la généalogie dé- 
taillée des princes de chaque race. Paris et Dijon^ 1819. 

La première édition devait paraître en février 1815 : « Mais les 
événements de la fin de mais en firent suspendre l'annonce et dé- 
terminèrent le libraire propriétaire de Touvrage à en supprimer 
plusieurs passages et à en supprimer le titre; l'ouvrage ainsi tron- 
qué fut^ après un nouveau dépôt d'exemplaires à la direction de 
la librairie^ mis en circulation en 1815, sous le titre de Précis chro- 
nologique, généalogique et anecdotique de l'Histoire de France, etc. 
Après la seconde Restauration, en 181 6, on rétablit l'ancien titre... » 
Quérard, France littéraire, t. VU, p. 10 et suiv. 

Voici, d'après l'exemplaire que possède la bibliothèque de la 
ville de Dijon, les différences qui distinguent les deux tirages de 
cette première édition. Dans le frontispice, le portrait de Glovis a 
été substitué à celui de Louis XVIIl. La préface tronquée n'eut que 
VI pages au lieu de xiv. La table générale des rois de France 
(p. xxi-xxTv) fut remaniée et reportée à la page 2. Les pages xxxix 
et XL du discours préliminaire furent refaites. Le titre de la page 1 : 
Précis généalogique et anecdotique de la maison de Bourbon, depuis 
HugueS'Capet jusqu'à Louis XVIII, fut remplacé par le suivant : 
Précis généalogique et anecdotique de la troisième race, depuis Hugues 
Capet. Les pages 1 à 6, les pages 261 à 266 ont été remaniées. U en 
a été de même de la page 320, des pages 317 à 334, des pages 349, 
350, 355-358, 363-396, 401, 402, qui renferment l'histoire du pre- 
mier Empire et de la première Restauration. La page 432 elle-même^ 
où se trouvait l'annonce de l'ouvrage, a été remplacée. 



— 117 — 

des premiers règnes des documents sur les ordres 
religieux, les institutions, les monnaies, les décou- 
vertes, les progrès de la langue, comme il l'a fait à 
partir du règne de Hugues-Capet jusqu'à la Révolu- 
tion. Nous posséderions ainsi un mémorial complet 
sur l'histoire de France , lequel aurait fait oublier 
tous les abrégés publiés antérieurement. Mais, dans 
sa modestie, loin de chercher à supplanter ses 
devanciers, l'auteur n'annonça dans sa préface 
d'autre ambition que le désir de les compléter. 

n avait publié, en 1816, un Précis chronologique 
du règne de Louis XVIII, qu'il réimprima, en pous- 
sant le récit des événements jusqu'en 1819, pour le 
réunir à l'ouvrage précédent. Ecrit sous l'impres- 
sion des événements de 1814 et de 1815, le discours 
préliminaire est plein de considérations politiques 
sur l'avenir du régime nouveau, qui, dans la pensée 
de l'auteur , devait clore l'ère des révolutions et 
réconcilier pour jamais l'ordre avec la liberté. Le 
Journal de Dijon du 30 septembre 1815 renferme 
un Petit résumé chronologique de la carrière qu'a 
parcourue Napoléon Bonaparte. Cet article, non 
mentionné dans le Catalogue de M. P. M., est cer- 
tainement de G. Peignot, puisqu'il l'a reproduit lit- 
téralement dans le Précis chronologique du règne de 
Louis XVIII. 

Un troisième ouvrage, qui complète en quelque 
sorte les précédents, est le Précis historique, généalo- 
gique et littéraire de la maison d* Orléans, par un 
membre de l'Université (Paris 1830). A la différence 



— 118 — 

des deux autres, écrits sous forme de chronique, 
et dont le plan, sous ce rapport, laissait à désirer, 
ce précis peut se lire avec plus de suite. L'introduc- 
tion renferme une généalogie de la branche de 
Valois-Orléans ; vient ensuite celle de la branche 
de Bourbon-Orléans ; chaque duc y est désigné 
avec ses alliances et sa descendance, puis, une 
notice historique renferme sa biographie et se com- 
plète par une notice bibliographique toujours 
curieuse et intéressante. Le plus remarquable, à 
tous égards, est celle du Régent, surtout à cause 
de la bibliographie des pamphlets dirigés contre la 
personne de ce prince. L'auteur a reproduit com- 
plètement les trois pièces suivantes, toujours très 
recherchées des curieux : Histoire de Papyrius^ sur- 
nommé Pille-argent, gouverneur des Francs-sots 
(1721) ; 

Les aventures de Pomponius^ chevalier romain ; 

La Chronique de Dom Philippe d'Aurélie. 

Nous devons revenir en quelques mots sur les 
écrits politiques que 6. Peignot publia sous la Res- 
tauration. L'Impromptu sur le rétablissement des 
Bourbons (avril 1814), et le Nouvelliste des campa- 
gnes (1816) , sont écrits tous deux sous forme de 
dialogue. Dans ce dernier, qui eut deux éditions, 
l'auteur s'efforça de dissiper les préventions qui 
s'opposaient à la réconciliation du peuple des cam- 
pagnes et de l'armée avec la Restauration, à celle 
des acquéreurs des biens nationaux avec les classes 
supérieures dépossédées pendant la Révolution. 



— 119 — 

En 1816, il publia pareillement le Testament de 
Louis XVI, qui eut deux éditions, et le Testament de 
Marie- Antoinette. Le premier est précédé d'une 
sorte de panégyrique du roi et de l'histoire de ses 
derniers moments. La note relative aux connais- 
sances littéraires et scientifiques de Louis XVI 
a été complétée dans le Manuel du bibliophile^ 
tome I, p. 372. L'auteur a suivi le même plan pour 
le testament de la reine ; il a ajouté à cette publica- 
tion l'histoire de la découverte de ce document et 
rappelé les communications qui ont été données aux 
Chambres à cette occasion. 

Nous ignorons si l'ouvrage suivant, annoncé dans 
la notice de ses manuscrits sous le n° xxi, aurait fait 
double emploi avec son Abrégé de l'Histoire de 
France. Il avait préparé un manuel intitulé : Les 
dates de l'Histoire de France, présentant siècle par 
siècle et règne par règne la date précise de tous les 
événements remarquables, de tous les établisse- 
ments, de toutes les découvertes. Les éléments de ce 
livre ont été, en partie, mis à profit dans les Amu- 
sements philologiques^ où l'on trouve un répertoire 
de quelques découvertes anciennes et modernes 
(p. 404 à 534.) Dans cette partie du livre, G. Pei- 
gnot a publié, au mot Voyages^ une notice des 
principaux voyages et des découvertes géographi- 
ques, laquelle devait former elle-même un ouvrage 
spécial avec des développements plus considérables, 
annoncé sous l'art, xlvi de la notice de ses écrits. 

D'après la même notice, nous voyons qu'il avait 



— 120 — 

préparé des Recherches historiques, chronologiques et 
bibliographiques sur tout ce qui concerne Jeanne et Arc, 
et une Notice analytique de tout ce qui a été écrit sur 
le Masque de Fer. 

Nous savons que, de bonne heure, G. Peignot 
s'était rendu familiers les grands ouvrages qui for- 
ment comme les sources de notre histoire : on peut 
voir à l'article Dates de son Dictionnaire de BibUolo- 
gie, qu'il avait étudié les principaux systèmes de 
chronologie. Il aimait à entretenir le public du ma- 
gnifique ouvrage VArt de vérifier les Dates, dont il 
donna un aperçu dans une Lettre à Amanton qui 
parut successivement dans le Journal de la Côte- 
(TOr (1817), dans le Journal de la Librairie (1818), 
puis dans les Mélanges littéraires, philologiques et 
bibliographiques . 

G. Peignot avait réuni dans son Abrégé de l'His- 
toire de France, un grand nombre de détails sur les 
mœurs et les institutions ; il publia, à la suite de 
YAnnuaire de la Côte-d'Or pour Tannée 1827, une 
suite de Notices chronologiques sur les mœurs, cou- 
tumes et usages anciens dans la Bourgogne. On y 
trouve en germe les éléments qui lui ont servi plus 
tard à composer la monographie intitulée la Selle 
chevalière qu'il publia dans la Revue de la Côte- 
d'Or, en 1836 (1). Il y est question de l'humiUation 



(1) Dans les carnets de G. Peignot^ on lit que cette brochure a été 
tirée à 179 exemplaires sur papier ordinaire, î roses, % verts, S 



— 121 — 

subie, en 1028 et 1235, par deux chevaliers qui fu- 
rent obligés de porter à une certaine distance, sur 
leur tête, la selle de leur cheval. L'auteur a notam- 
ment puisé dans le Glossaire de Du Gange, aux 
mots Hermiscara, sellam gestare. Cette petite dis- 
sertation est suivie du récit de deux traits concer- 
nant P. de Courtenai et Barnabe Visconti, duc de 
Milan. 

Les Notices publiées à la suite de l'annuaire ren- 
ferment en outre quelques détails sur la Mère-Folle 
(année 1454), sur les livres de Philippe-le-Hardi, 
sur les modes et usages domestiques au XIV* siè- 
cle, les vêtements au moyen âge, sur quelques re- 
devances singulières, sur les dettes de la ville de 
Dijon, sur le supplice d'Hélène Gillet, etc. 

G. Peignot publia, dans le tome m de la Revue 
des deux Bourgognes, un article sur le Gouvernement 
féodal, la prestation de foi et hommage, et la réunion 
des grands fiefs à la couronne, où il cite plusieurs 
exemples assez curieux du cérémonial de l'hommage 
féodal. Celui du comte de Champagne, en 1268, a 
été emprunté à la chronique des évêques de Lan- 
gres, de Mathieu. Celui de Jean Baillol, de l'année 
1292, avait déjà été mentionné dans le Tableau des 
mœurs du X" siècle, dont nous allons parler. Le ta- 
bleau de la réunion des grands fiefs, qui termine cet 



ventre de biche et 4 jaunes. Il n'en indique que 80 dans la liste de^ 
ouvrages qui guit la notice sur le Tombeau de Virgile. : t ^V; 



— 422 — 

opuscule, a été reproduit par l'auteur dans ses Amw 
sements philologiques. Nous y avons remarqué quel- 
ques omissions sous les règnes de Lothaire, de 
Henri P% de Philippe P% de Louis VI, de Char- 
les IV et de Charles VI. Il est facile de combler ces 
lacunes, en se reportant à V Abrégé chronologigue 
des grands fiefs. 

Une étude qui présente quelque analogie avec les 
précédentes, est le Tableau de mœurs au X" siècle, 
ou la cour et les lois de Hoel-le-Bon, roid'Aberfraw, 

de 907 à 948 Des notes biographiques sur Hoel, 

quelques extraits de lois publiées par Guillaume 
Wolton et William Robert, forment la première 
partie de cet opuscule. De même que dans la Notice 
sur les mœurs de la Bourgogne, G. Peignot s'est 
plutôt attaché à la partie de cette législation qui 
concerne les coutumes singulières et la vie privée, 
qu'aux grands côtés historiques. Nous avons déjà dit 
quelques mots des chapitres qui traitent de l'histoire 
la langue française et de la langue anglaise. 

Il faut rapprocher de ces notices les détails qu'il 
a donnés sur le caractère sanguinaire et le rôle po- 
litique de Henri VIII, dans la lettre à Amanton, 
qui parut en 1826, dans le Journal de la Côte-dOr^ 
à l'occasion de la pubUcation de Crapelet. Il y donne 
des notes sur la suette, sur Thomas Morus, sur les 
victimes des vengeances du roi. G. Peignot a repro- 
duit dans le Livre des Singularités (p. 250), quelques 
articles d'un règlement pour le service de la maison 
-vj fié Henri VIII, la lettre d'Anne Boleyn à son amie 



— 423 — 

Marie (1); la description des repas du couronnement 
de la reine, le 2 juin 1533 (p. 256). Le même ou- 
vrage renferme également un fragment intitulé : 
Quelques documents singuliers empruntés à r histoire, 
à la législation et à la littérature chez les Anglais 
(p. 237). 

Le fragment d'histoire intitulé : Nouveaux détails 
historiques sur le siège de Dijon, en 1513, tiré à un 
petit nombre d'exemplaires, se recommande par un 
grand mérite d'exactitude. Les documents que l'au- 
teur a consultés (tels que la Relation de Tabourot, le 
Panégyrique de La Trémouille et le mémoire de 
M. de Zurlauben), lui ont permis de rectifier et de 
compléter les relations inexactes de Varillas et de 
du Bellay. Cette notice se termine par la description 
de la tapisserie du musée de Dijon, commémorative 
du siège de 1513. 

Le même mérite d'exactitude appartient à l'opus- 
cule intitulé : Détails historiques sur le château de 
Dijon, imprimé dans les mémoires de l'x^cadémie de 
Dijon, en 1832. On y trouve un certain nombre de 
faits relatifs à l'histoire de la ville et de la province ; 
des indications bibliographiques ; quelques hors- 
d'œuvre qui font l'objet de notes intéressantes. Le 
plus important est une notice chronologique sur les 



(1) Ce document fait partie d'un recueil de lettres singulières, 
écrites par des papes, des rois et des princes, inséré dans le Livre 
des Singularités (p. 191 à 235). 



— 124 — 

entrées des rois et reines de France à Dijon, qui re- 
produit, en le développant, un fragment que Fau- 
teur avait publié d'abord dans le Guicle du voyageur 
et de Vamateur à Dijon (1822). 

Ses études sur Tbistoire locale et les mœurs lui 
ont donné l'occasion d'annoter les Lettres sur Dijon 
dont M. P. Milsand vient de publier une nouvelle 
édition (Aubry, 1863). 

La lettre sur Y Emeute du Lenturelu, insérée dans 
le Livre des Singularités (1), la note sur le château de 
Talant ( dans la Liberté de la presse à Dijon ) et la 
Liste chronologique des maires de Dijon, publiée dans 
Tannuaire de 1842, rentrent dans la même caté- 
gorie. 

L*un des ouvrages qui ont été composés avec le 
plus de soin par G. Peignot est le recueil intitulé : 
Documents authentiques et détails curieux sur les 
dépenses de Louis XIV en bâtiments et châteaux 
royaupc... publié en 1827. L'auteur fut assez heu- 
reux pour découvrir trois volumes manuscrits 
renfermant les dépenses de Louis XIV, de 1664 
à 1666. En comparant ces précieux documents 
avec les notes sur les dépenses de 1664 à 1690, 
extraites d'un mémoire de Guillaumot , ancien ar- 
chitecte du roi, notre bibliophile fut frappé de la 
concordance qui existait entre les chifires donnés 



(1) P. 425. Elle avait été publiée dans la Revue rétrospective, t. U, 
p. 454. 



— 125 — 

dans ce mémoire et les états de dépenses rapportés 
dans le manuscrit. 11 en publia la description, il ana- 
lysa et résuma avec une grande netteté les différents 
articles de dépenses concernant les nombreux bâti- 
ments où le roi fit travailler, pendant ces trois an- 
nées, avec son activité habituelle. Il fut amené à en 
conclure que Louis XIV n'avait pas dépensé, pen- 
dant tout son règne, plus de 154 millions, monnaie 
du temps. Il ajouta à ces détails un peu arides des 
notes curieuses sur les savants et les littérateurs, et 
sur les gratifications qui leur furent accordées, sur 
les mœurs et les usages du temps. 

L'exactitude des résultats donnés par Guillaumot 
et par M. Peignot a été fortement contestée : Lé- 
montey avait eu, en effet, entre les mains le mé- 
moire du commis de Mansart, d'où le travail de 
Guillaumot a été extrait, et il a composé, à cette 
occasion, un article qui a été publié dans la Revue 
rétrospective (1). 11 est difficile de ne pas se rendre 
aux observations suivantes : Ce prétendu état gé- 
néral ne comprend que vingt-sept années... il faut 
nécessairement y ajouter toutes les dépenses faites 
pendant les vingt et une années antérieures à 1664 
et pendant les vingt-cinq années qui ont suivi 1690. 
L'hôtel des Invalides, dont il n'indique les dépenses 



(1) T. 11^ p. 329. On trouve dans cet article le Mémoire où Tar- 
chîtecte Guillaumot avait puisé ses extraits. M. Taschereau^ qui di- 
rigeait cette publication^ a rendu d'ailleurs pleine justice à la notice 
de G. Peignot. 



— 126 — 

qu'à partir de l'année 1679, était construit et habité 
depuis quatorze ans. Postérieurement à l'année 
1690, on trouve celles de la chapelle de Versailles, 
celles de Marly. On sait que le plomb seul employé 
au château et pour la conduite des eaux coûta 32 
millions; les jardins et les fontaines, d'après Le 
Nôtre, coûtèrent plus de 200 millions, monnaie du 
temps. Pendant le ministère de Colbert seul, la dé- 
pense en bâtiments s'était élevée à 300 millions... 
Il faut conclure des ces observations que les docu- 
ments que l'architecte Guillaumot et M, Peignot ont 
consultés présentent d'énormes lacunes. La plus 
grave, c'est que l'on n'y voit figurer que les fonds 
affectés aux bâtiments , tandis qu'en réalité on fai- 
sait de larges emprunts, pour ces dépenses, au dé- 
partement de la guerre, aux caisses des Etats pro- 
vinciaux, etc. 

Un ouvrage considérable, qui rentre dans la ca- 
tégorie des mélanges historiques, avait été préparé 
par G. Peignot ; il en a donné le plan dans la notice 
de ses manuscrits, sous le n** xlvui, que nous re- 
produisons : 

ce Notice historique et détails sur les mœurs, usa- 
ges, modes, costumes, lois somptuaires et vie pri- 
vée des François sous les divers règnes ; avec la 
description de beaucoup de meubles curieux et 
objets de grand prix qui ont appartenu à des rois, 
reines, princes, grands hommes, etc. Le tout ter- 
miné par un tableau sur deux colonnes, présentant 
le rapprochement de divers événements qui, passés 



— 427 — 

à de grands intervalles les uns des autres, offrent 
cependant, sous la même date du jour et du mois, 
une coïncidence do faits vraiment extraordinaire, » 

C'est dans ce cadre qu'il aurait vraisemblablement 
placé sa notice Du mois de Juillet considéré comme 
fatal aux provocateurs de révolution (1); sur le 
nombre quatorze, relativement à Henri IV; sur le 
chiffre titulaire de quelques-uns de nos rois; sur 
quelques rapprochements historiques (2). 

Enfin il avait préparé une notice sur la petite ville 
d'Arc-en-Barrois, où il était né ; elle est annoncée 
dans la notice de ses manuscrits. 

G. Peignot avait un goût particulier pour les bio- 
graphies, qui, dans un cadre restreint, lui donnaient 
l'occasion de réunir à la fois des anecdotes et des 
détails bibliographiques. Le Voyage de Piron à 
Beaune, dont il donna deux éditions, renferme une 
Vie anecdotique de Piron; le Compliment des dames 
poissardes; l'Ode sur le prix de l'Arquebuse, rem- 
porté à Dijon par les Beaunois (1715) ; la Lettre de 
Piron à son ami le conseiller Jehannin sur sa mé- 
saventure (11 septembre 1717), et trois pièces épi- 
grammatiques. La biographie proprement dite n'est 
qu'un abrégé de la notice de Rigolley de Ju- 



(1) Voir cet article dans le Spectateur de Dijon du 28 juiÛet 1839. 
(*) Voir, sur ces dernières particularités, les ilmî<«emewf*joAi7o/o- 
giquesy p. 321, 327, 352. 



— 128 — 

vigny, doDt les traits piquants ont été fidèlement 
reproduits (1). 

C'est pareillement d'après les Mémoires histori- 
ques sur la vie et les écrits de La Monnoye, donnés 
par Rigolley de Juvigny, que G. Peignot rédigea sa 
notice sur le même auteur. Mais il sut donner à son 
travail une forme originale en classant les ouvrages 
et les principaux traits do la vie de La Monnoye 
dans l'ordre chronologique, et en y ajoutant des 
notes nombreuses. Celles qui ont été renvoyées à la 
lin de la notice renferment des hors-d'œuvre inté- 
ressants, tels que la liste des évêques de Dijon, le 
taux des charges du Parlement et de la chambre des 
Compte ; l'indication des maisons de Dijon jadis 
habitées par quelques personnages de renom (2) ; 
des notices sur les éditions des Noëls et sur celles 
du Menagiana; la liste des Bourguignons qui ont fait 
partie de l'Académie française et de celle des inscrip- 
tions ; et la description de la statue de Louis XIV, 



(1) La relation du Voyage de Piron à Beaune vient d'être publiée 
par M. A. Bonhomme, sur un manuscrit de la main de M"*® Ga- 
pron, nièce de Piron, beaucoup plus complet que les textes suItIs 
par G. Peignot. Cette nouvelle édition comprend : la relation datée 
du 10 septembre 1717 ; des pièces accessoires; le complément de ce 
premier voyage, écrit par Piron ; le récit, non terminé, d'un se- 
cond voyage à Beaune, une notice sur les détracteurs et apologis- 
tes des Beaunois. 

Ge petit volume est intitulé : Voyages de Piron à Beaune»., Paris^ 
J. Gay, 1863. 

(â) Gette note avait déjà été insérée dans le Guide du voyageur à 
Dijon, de 18S2, ainsi que la Chronologie des anciens rois et ducs de 
Bourgogne, 



— 129 — 

qui était jadis placée au milieu de la place d'Armes 
de Dijon. 

Ijq^ Notices nécrologiques sur madame d'Andelarre 
et sur X. Girault sont trop peu développées pour 
se prêter à l'analyse. Celle qu'il a lue à l'Académie 
de Dijon en 1836 sur son ami Amanton, est aussi 
complète que le comportait un éloge académique : 
elle emprunte une partie de son intérêt à la biblio- 
graphie qui la termine. Nous ne mentionnerons non 
plus que pour mémoire la Notice sur la Vie et les 
Ouvrages de Dom Jamin, placée en tête des trois 
ouvrages de ce religieux, publiés par les soins do 
G. Peignot, en 182S ; la très courte notice sur Buffon 
qui précède le Voyage à Montbard, de Héraut de 
Séchelles; les notes sur le peintre Demoustier, mort 
en 1651, sous ce titre : Quelques Anecdotes sur un 
original (dans le Bulletin du Bibliophile de l'année 
1836, p. 251 ); la note Sur un passage de la vie de 
Pétrarque relatif au pape Benoît XII (dans le Bul- 
letin de l'année 1839, p. 737 ). L'auteur de cette vie, 
qui se trouve en tête du Pétrarque de Bâle, de 1554, 
imputait au pape d'avoir offert au poète le chapeau 
de cardinal , en échange des faveurs de sa sœur. 
C'est pareillement dans le Bulletin de l'année 1838, 
p. 356, que G. Peignot donna une Notice sur Gilles 
de Rome, précepteur de Philippe le Bel, et sur son 
Traité du Gouvernement des Princes, avec la biblio- 
graphie manuscrite et imprimée de ses ouvrages. 
Enfin il publia, dans le Journal de la Côte-dOr, 
année 1825, une Lettre sur le centenaire anglais 

9 



— 430 — 

Thomas Parr, dont il parle en outre dans une note 
des Amusements philologiques, p. 223. 

En tête de F édition du Cours de Littérature de La 
Harpe, publiée par MM. Frantin etLagier, en 1820, 
parurent les Recherches historiques, littéraires et 
bibliographiques sur la vie et les ouvrages de l'au- 
teur, dont on tira à part cent exemplaires, G. Pei- 
gnot prit pour guide les notices données par MM, 
Auger et Petitot, et suivit le plan qu'il avait adopté 
pour la biographie de La Monnoye. Cette méthode, 
qui consiste à classer les faits et les publications 
d'un écrivain année par année, rend la lecture de 
cette notice moins agréable que ne le serait un récit 
plus suivi ; mais les recherches y sont plus faciles 
que dans une notice oti les faits seraient présentés 
dans un ordre plus arbitraire. M.Peignot ya signalé 
le caractère apocryphe de la fameuse prophétie de 
Cazotte ; il y révoque en doute l'existence de la lettre 
à Robespierre dont Garât fait mention dans ses 
mémoires ; mais il résulte d'une remarque de M. Ra- 
venel, que si ce document ne figure pas dans les 
pièces justificatives, à la suite du rapport de Cour- 
tois, c'est que la lettre dont il s'agit avait été resti- 
tuée par ce représentant à son auteur. (1) ' 

Il convient d'ajouter à ces opuscules les articles 
qu'il a publiés dans la Biographie universelle de 



(l) Voiries Causeries du Lundis de M. Sainte-Beuve, t. V,p. 108, 
et Topuscule que nous analysons, p. 118. 



— 131 — 

Michaud et qui, pour la plupart, sont consacrés à 
des imprimeurs et des libraires, dont il avait déjà 
dit quelques mots dans le Dictionnnaire raisonné de 
Bibliologie, Telles sont les notices concernant Auge- 
reau, Aussurd, Baglioni, les Barbou, Bernard 
(Jean-Frédéric) , Nicolas Bischop , de Baie , etc. 
Toutefois celle de Philippe Pot, qui est signée de 
de notre auteur, sort de cette catégorie. 

H a décliné toute participation aux deux derniers 
volumes du Dictionnaire historique et bibliographi- 
que portatif des personnages illustres , célèbres ou 
fameux, imprimé chez Philippe, sous le nom de 
G. Peignot, soit en 1822, soit en 1832 (1). 

Il est d'ailleurs Pauteur de plusieurs articles insé- 
rés dans la grande édition du Dictionnaire universel 
de MM. Chaudon et Delandine, dont le précédent 
n est qu'un abrégé, et de la table littéraire chrono- 
logique qui termine cet ouvrage. 

La notice de Pierre Arétin, imprimée dans Isl Revue 
delà Côte-d'Or^ 1. 1, p. 345-352, est moins une bio- 
graphie qu'une G notice sur sa fortune et sur les 
moyens qui la lui ont procurée et sur l'emploi qu'il 
en a fait. » Elle contient une récapitulation des gra- 
tifications que l'Arétin a obtenues de divers person- 
nages, lesquels, pour se soustraire à ses attaques 



(1) Voir l'art. 17 du Catalogue de M. P. M., la lettre adressée par 
M. Peignot au Journal de la Côte-d'Or, le 14 avril 182Î, et le tome 
II du Manuel du Bibliophile, p. 403, où l'auteur convient qu'il a ré- 
digé le quart de la lettre A. 



— 132 — 

ou payer les éloges de sa plume, lui faisaient des 
présents considérables. 

Cet article, dit Fauteur dans une note, est tiré 
d'un ouvrage inédit ayant pour titre : Chrysopée lit- 
téraire ou Histoire des récompenses, sommes, béné- 
fices et profits que certains auteurs anciens et mo- 
dernes ont retirés de leurs productions littéraires, 
soit en les dédiant aux grands^ soit en cédant leurs 
manuscrits aux libraires, avec cette épigraphe, Mul- 
ti vocati, pauci vero elecii. « — Ce recueil a été an- 
noncé par G. Peignot dans la notice de ses manus- 
crits, publiée en 1830, sous le n° xxxv. 11 devait 
avoir beaucoup de rapports avec Y l'Histoire litté- 
raire des dédicaces, qu'il avait mentionnée sous le 
numéro suivant. 

L'auteur avait classé parmi ses opuscules de juris- 
prudence son Histoire d'Hélène Gillet, qui parut en 
1829. Cette notice anecdotique, qui a fourni à 
Ch. Nodier, la matière d'une nouvelle publiée dans 
la Revue de Paris (année 1831, p. 18 à 36), est 
extraite de la relation insérée dans le Mercure Fran- 
çois (t. XI, p. 526 à 541), et de quelques documents 
empruntés aux archives de la ville de Dijon et du 
département. 

Depuis lors, deux autres publications ont paru 
sur le même sujet : 1° Une Poésie sur le jugement, 
supplice et rémission d^ Hélène Gillet de Bresse, Gand 
et Paris, 1857; 

2** Le Discours fait au parlement de Dijon sur la 
présentation des lettres d'abolition obtenues par 



— 133 — 

HélèDe Gillet, condamnée à mort pour avoir celé sa 
grossesse et son fruit, inséré dans les Variétés his- 
toriques de M. Fournier (t. I, n° 4). 

A la suite de cet opuscule, on trouve les lettres 
de grâce accordées par Philippe, duc de Bourgogne, 
en 1405, à Jean Moreau et quelques documents sur 
la grâce qu'obtenait le condamné qui, au moment 
de l'exécution, trouvait une femme qui consentît à 
l'épouser. 

G. Peignot avait classé cette notice dans la série 
de ce qu'il appelait ses œuvres de jurisprudence, 
et il le rattachait au livre manuscrit qu'il avait pré- 
paré sous ce titre : 

« Recherches historiques, judiciaires et même 
littéraires sur les fonctions relatives à l'exécution des 
jugements criminels chez toutes les nations, depuis 
la plus haute antiquité jusqu'à nos jours ; ouvrage 
rempli d'anecdotes singulières; suivi d'une disser- 
tation sur l'ancienneté du supplice en usage en 
France, depuis le 25 avril 1792, avec la preuve 
qu'il était connu et usité depuis près de quatre 
cents ans en Allemagne , en Ecosse et en Es- 
pagne (1). » 

D'après une lettre du 8 février 1829 à son ami 
Baulmont, l'ouvrage aurait eu un titre plus sim- 
ple : Sur le Bourreau^ recherches historiques, éty- 



(1) Notice des Manuscrits^ n» xxix. 



— 134 — 

iDologiques, juridiques et littéraires, par un ancien 
avocat. 

Voici les principaux chapitres puisés dans la 
table des divisions : Du bourreau chez les anciens 
(les Asiatiques, les Grecs, les Romains, etc.). — 
De l'étymologie du mot bourreau. — Des droits du 
bourreau sur la dépouille du patient. — A défaut 
du bourreau, qui doit en faire les fonctions. — Des 
tourmenteurs jurés au moyen âge. — Du costume 
et de la demeure du bourreau. — Des femmes 
bourreaux du temps de saint Louis... etc., etc. 

Aux opuscules de G. Peignot il convient d'ajou- 
ter le résumé qu'il a donné des travaux de l'Aca- 
démie de Dijon, pendant les années 4825 et 1826, 
résumé qui a été publié dans le compte rendu de 
1826-1827. Il y passe en revue deux notices de 
M. P. deBreuil, sur le xxxi" livre de V Histoire de 
Venise du comte Daru et sur une préface des œuvres 
de J. J. Rousseau, un morceau de philosophie de 
M. le président Riambourg, et les Annales du moyen 
âge de M. Frantin. Il a inséré dans le même volume 
son Rapport sur le concours ouvert pour le prix d élo- 
quence qui devait être décerné en 1826 , et sur le 
mémoire couronné dont le sujet était : Saint Bernard 
et Bossuet, comparés dans leurs écrits, dans leur ca- 
ractère et dans leur influence sur leur siècle. 



135 — 



tv 



Religion. — Mélanges, — Facéties, — Archéologie. — Danses des Morts, — 
Testaments remarquables, — Dissertations singulières, 

Memor, celer ignoratis 

Assidue in chartis, Dec nisi operla legens. 
Exesas tineis, opicas que evolvere chartas 
Major quam promptis cura tibi studiis. 

(ÂusoNE, xxn). 

Nous aurions dû peut-être commencer l'analyse 
des ouvrages historiques de notre auteur, par l'exa- 
men des Recherches historiques sur la personne de 
Jésus-Christ; mais ce livre appartient aussi à la série 
des ouvrages sur la religion et la morale que nous 
allons passer en revue. 

La première partie de ces Recherches a pour objet 
la personne même, c'est-à-dire la figure, la taille, 
les traits, les habitudes de Jésus-Christ, tels qu'ils 
ont été décrits par les auteurs les plus accrédités. 
On y trouve la lettre de Lentulus, les portraits des 
apôtres saint Pierre et saint Paul, un abrégé de la 
vie de Mahomet (dans un appendice de la préface), 
une bibliographie des ouvrages qui ont paru sur 
la beauté de Jésus-Christ. Les principales divisions 
sont intitulées : Des différents portraits de Jésus- 
Christ, que l'on croit avoir été exécutés de son vivant 
et sur sa propre figure ; De la statue érigée à Jésus- 
Christ par l'hémorroïsse ; Dissertation sur la beauté 
de Jésus-Christ, par Dom. Augustin Calmet. 

La deuxième partie de l'ouvrage est intitulée : 



— 136 — 

Recherches historiques sur la personne de la sainte 
Vierge. 

Le troisième partie contient un Essai analytique 
sur la généalogie et sur la famille de Jésus-Christ. 
L'auteur a exposé avec beaucoup do netteté les 
systèmes qui ont été adoptés par les divers écrivains 
qui ont traité ce sujet épineux ; l'érudition, l'his- 
toire, la bibliographie ont été mises par lui tour à 
tour à contribution , sans confusion et avec une 
sobriété de détails qui ajoute au mérite des re- 
cherches. 

Cet ouvrage devait être suivi d'une publication 
considérable que l'auteur avait sans doute remaniée 
à plusieurs reprises. Ala ^n du volume que nous 
venons d'examiner, il l'annonçait sous le titre sui- 
vant : a Tableau chronologique de l'histoire évan- 
gélique et apostolique, comprenant, dans un ordre 
très suivi, tous les événements et les monuments re- 
latifs à la fondation et à l'établissement du christia- 
nisme, pendant la durée du premier siècle de l'ère 
vulgaire... etc. 

Cl Tous les événements, disait-il, sont présentés, 
année par année, ou plutôt consulat par consulat, et 
précédés d'une dissertation sur les ères anciennes, 
mise en rapport avec l'ère vulgaire.... (1) » 



(1) Cet ouvrage devait avoir de grands rapports avec les Recher- 
ckes historiques sur le cens ou le lustre, annoncées dans la Notice des 
Manuscrits^ no x. Voir aussi le n» xviii. 



— 137 — 

Il annonçait, dans la Notice de ses. Manuscrits, une 
Dissertation historique sur une correspondance entre 
saint Paul et Senèque, accompagnée d'une traduc- 
tion, ce II n'en existe, écrivait-il en dernier lieu, que 
des débris, consistant en quatorze lettres, dont huit 
de Sénèque et six de saint Paul. Elles ont été impri- 
mées, pour la dernière fois, en 1719, dans le Cod. 
apocr.y t. II, p. 892-904. » Livre des Singularités, 
p. 193. 

En 1817, il avait publié le Précis historique et ana- 
lytique des Pragmatiques, dont M. Amanton rendit 
compte dans le Journal de la Côte-d'Or, du 10 dé- 
cembre de la même année, g Ce nouvel ouvrage 
du savant et infatigable M. Peignot, écrit son ami, 
ne pourrait paraître plus à propos que dans le mo- 
ment où les Chambres ont à délibérer sur un projet 
de loi relative au Concordat passé récemment avec 
le souverain pontife Pie VII et S. M. Louis XVIII. . . » 
L'auteur y a donné l'histoire de la Pragmatique de 
Charles VII, des Concordats de François I" et de 
LéonX; des conventions de 1801 et de 1813. Il a 
complété cette notice par un Traité des libertés de 
l'Eglise gallicane, extrait de Fleury, une chrono- 
logie des Conciles et l'état des circonscriptions épis- 
copales de la France, avant et depuis 1789. 

La Relation des deux Missions de Dijon (l'une de 
1737, l'autre de 1824), écrite et imprimée en une 
semaine, eut une première édition qui fut rapide- 
ment épuisée. La deuxième fut augmentée d'une 
courte notice sur les missions et d'une bibliographie. 



— 138 — 

La relation do la mission de 1824 est une chronique 
de peu d'intérêt, un opuscule purement édifiant, 
qui témoigne des sentiments de piété dontTauteur 
était animé à cette époque. 

Nous avons déjà dit quelques mots du Mémorial 
religieux et biblique, à Toccasion des Notices de 
G. Peignot sur les Livres saints. C/est un recueil 
d'extraits sur la divinité et la beauté de la religion, 
que l'auteur avait transcrits, au jour le jour, sans 
indiquer les sources auxquelles il les empruntait. U 
les mit en ordre et il les fit imprimer en 1824. 

Dès 1 809, il avait publié les Principes élémentaires 
de la Morale, ou Traité des devoirs de l'homme en 
société ; une seconde édition parut en 1833 ; enfin, 
la troisième fut publiée en 1838, sous ce titre : Elé- 
ments de Morale. Ce petit manuel est une sorte de 
catéchisme par demandes et par réponses à l'usage 
des classes élémentaires. La dernière édition se ter- 
mine par deux opuscules de Franklin, la Science du 
bonhomme Richard et le Sifflet. 

C'est en 1809, pareillement, que parut le Por^m/ 
du Sage, tiré à 75 exemplaires seulement, qui, à 
ce titre, figure dans la Notice bibliographique des ou- 
vrages imprimés à petit nombre d'exemplaires (au 
commencement du Répertoire de Bibliographies spé- 
ciales.) «C'est, dit l'auteur, un recueil des passages 
les plus frappants des moralistes pour engager 
l'homme à suivre le sentier de la vertu, et pour le 
convaincre qu'elle est la source du vrai bonheur. » 

Au premier rang des, ouvrages qui touchent indi- 



— 139 - 

rectement à l'histoite de la religion, il faut placer le 
Predicatoriana; dès Tannée 1810, G. Peiguot avait 
tracé le plan de ce recueil, qui ne parut cependant 
que dans le courant de Tannée 1841. Dans le Réper- 
toire de Bibliographies spécialeSy le titre était ainsf 
indiqué : « Predicatoriana, ou choix d'anecdotes sur 
les prédicateurs, particulièrement sur ceux des XVP 
et XVn* siècles, avec des extraits piquants de leurs 
sermons originaux, singuliers ou burlesques ; et Tin- 
dication des meilleures éditions des principaux ser- 
monaires; précédé d'une notice bibliographique des 
livres en Ana (1). » Cet ouvrage se compose d'anec- 
dotes et d'extraits d'anciens sermons, pour la plupart 
burlesques; les principaux fragments sont emprun- 
tés à Barlette, à Menot, dont il donne en partie les 
sermons sur l'Enfant prodigue et sur la Magdeleine; 
à Olivier Maillard, à Marini, à Roulin, aux prédica- 
teurs de la Ligue, à Valladier, à P. de Bresse, etc. (2). 
La seconde partie de cette publication ne se rattache 
qu'indirectement à la partie anecdotique ; Tauteur y 
a publié le poème de Sanlecque sur les mauvais ges- 
tes des prédicateurs : La Vie de Nostre-Dame, glo- 
rieuse vierge Marie; sensuyt la Vie de Judas Scarioth, 
lequel fut séneschal de Nostre-Seigneur Jésus-Christ, 



(1) Voir pareillement la Notice des Manuscrits, n© xliii. 

(2) U a été rendu compte du Predicatoriana dans le Bulletin du 
Bibliophile (année 1841^ p. 628)^ par M. G. Brunet^ qui cite plusieurs 
prédicateurs singuliers omis par G. Peignot. 



— 140 — 

et le vendit (1); les Recherches sur l'instrument de pé- 
nitence nommé discipline (qui ont été publiées à part) ; 
une notice sur les saints patrons ; enfin, dans un cer- 
tain nombre d'exemplaires on a ajouté le Songe du 
petit père André, et le Panégyrique de sainte Made- 
leine, par le P. Belon. 

Une grande partie des anecdotes rapportées dans 
ce curieux recueil a été empruntée par l'auteur, et à 
Y Art de désopiler la rate, et à Y Apologie pour Héro- 
dote, do Henri Estienne, qui y a inséré de nombreux 
fragments de sermons de Barlette, de Menot et d'Oli- 
vier Maillard. Roquefort avait déjà donné quelques- 
unes de ces citations dans l'introduction publiée en 
tête de son Dictionnaire des prédicateurs. 

Plusieurs années auparavant, G. Peignot avait pu- 
blié, avec un soin tout particulier, YHistoire de la 
Passion de Jésus-Christ, composée en MCCCCXC, par 
le R. P. Olivier Maillard,.* (Paris, Crapelet, 1828.) 
Le volume est précédé d'une lettre de l'auteur à 
M. Crapelet, d'une notice sur Olivier Maillard, d'a- 
près M. Labouderie, et renferme des extraits des 
sermons du fameux franciscain sur la confession gé- 
nérale et pour la fête de la Pentecôte. Cette publi- 
cation eut du succès, car, en 1835, l'auteur en donna 
une deuxième édition, qui est devenue rare. Elle 



(1) Il faut rapprocher de ces citations le chapitre inséré par Tau- 
teur dans le Livre des Singularités, sous ce titre : De quelques ou- 
vrages singuliers relatifs à la vierge Marie, p. 870. 



— 141 — 

forme le quatrième volume de la Collection des an- 
ciens monuments de la langue française, donnée par 
Crapelet. Nous n'insisterons pas sur le genre d'in- 
térêt que présente Y Histoire de la Passion, écrite 
dans la langue populaire du XV siècle. C'est une 
peinture de mœurs, pleine de traits piquants, quel- 
quefois touchants, qui devaient avoir plus de succès 
que les sermons solennels, hérissés de raisonne- 
ments et de citations des docteurs graves du même 
temps (1). 

Il faut rapprocher des dissertations curieuses qui 
font Tobjet des notes, celles qu'il a données dans le 
Bulletin du Bibliophile. Telle est la notice sur Une 
singulière Relique, a La queue de Tâne qui porta le 
Sauveur, lors de son entrée triomphale à Jérusalem, 
laquelle queue est conservée dans le trésor du cou- 
vent des Dominicains de Gênes. » Elle se trouve 
mentionnée dans VOfficium hebdomadœ sanctœ (Ve- 
nise, Pierre Turrin, 1636). L'auteur cite, en outre, 
le Philologema sacrum de asino Messiœ Christi in 



(1) Les notes ii6 sont pas la partie la moins intéressante de cet 
opuscule. On y trouve l'épitre de Lentulus et celle d*Agbare, déjà 
publiées dans les Recherches historiques sur la personne de Jésus- 
Christ; des dissertations sur le prétoire de Pilate et la Scala sancta; 
sur le vêtement de Jésus-Christ ; sur la femme de Pilate ; sur la fla- 
gellation et la couronne d*épines ; sur la supputation des heures ; 
sur la sentence de Pilate ; sur le Calvaire^ la croix^ les clous^ l'ins- 
cription INRI; sur le bon et le mauvais larron ; sur la robe de No- 
ire-Seigneur, l'éponge, les ténèbres, la lance, le sépulcre, etc. Voir 
en outre sur la sentence de Pilate et le testament de Jésus-Christ, 
le Livre des Singularités, p. 889 et 393. 



— 142 — 

urhem Jerosolimam vectore, ex prœlectionibus /. B. 
Carpsovii excerptum a Johanne Luske [Bulletin, an- 
née 1838, p. 232-2S4). 

Dans ce volume (p. 306-308), G. Peignot a donné 
en outre un extrait de la Légende dorée, sous ce ti- 
tre : Origine du petit Cochon de Saint- Antoine» La 
notice se termine par le rondeau de Piron, « De saint 
Antoine, exemple des ermites... » 

Dans le même recueil (année 1839, p. 88S-893), 
il a publié une notice et des extraits du livre intitu- 
lé : Exhortation aux dames vertueuses, en laquelle 
est démontré le vray poinct d'honneur. 

Notre auteur avait formé le projet de publier un 
recueil de descriptions singulières, bizarres ou su- 
blimes du Paradis, telles qu'on les trouve dans les 
ouvrages de divers auteurs, depuis le XII* siècle. 
Il en a extrait d'abord, pour le Bulletin du Biblio- 
phile {année 1838, p. 2S5-259), une notice intitu- 
lée : Sottises incroyables des errants touchant la vie 
de Vautre monde,,. y et qu'il a empruntée à l'ouvrage 
du P. Garasse, sur la Doctrine curieuse des beaux es- 
prits de ce temps ou prétendus tels. Il y donne des 
citations bizarres sur les déjections des bienheu- 
reux, suivant Mahomet ; sur les animaux gui doi- 
vent entrer au Paradis, suivant Luther... 

Enfin, il a inséré, dans le Livre des Singularités 
(p. 40S), un chapitre intitulé : Du Paradis, de ses 
Merveilles et de ses Joies, qui termine le volume. 

Au nombre des traités qui se rattachent à This- 
toire de la religion , nous citerons : Les Recherches 



— 143 — 

sur l'époque où les premiers Chrétiens, les Romains 
et les peuples d'occident ont commencé à adopter la 
semaine; un article très sommaire sur le Concile de 
Mâcon, tenu en 585 (publié dans Les deux Bourgo- 
gnes, 1. 1, p. 189-197) ; un autre article publié dans 
la Revue de la Côte-d'Or (t. II, p. 379-386), sur le 
Synode tenu à Auxerre en 578, une note sur Pâques 
de 1818, insérée dans le Journal de la Côte-d'Or 
(année 1817, 26 novembre). 

Le Bulletin du Bibliophile renferme en outre : 
un article Sur un Missel curieux (année 1836, p. 59- 
60) : il s'agit du missel des carmes de la biblio- 
thèque de Semur, avec l'indication des frais de 
parchemin , de copie , d'enluminure et de reliure 
(p. 6-8); une notice dHJn Livre rare et singulier; \\ 
s'agit du triomphe du Calvaire, ou histoire de la 
mort de Jésus-Christ, par P. S. (Paris, 1955), « es- 
pèce de poème en prose et en vers par un bour- 
reau ; » une Notice sur quelques Prières manuscrites 
de la fin du XVP siècle, d'après le Psalterium inte- 
meratœ Dei genitricis virginis Mariœ, conservé dans 
le cabinet des estampes de Dijon (année 1839, 
p. 588-591). Une lettre de G. Peignot à M. Chas- 
sant a été publiée dans le Bulletin du Bouquiniste, 
au sujet des Or ay sons très dévotes, plaisantes et bien 
composées y en V honneur de la Royne du Paradis 
(année 1858, p. 540). 

Nous avons relevé dans le Journal de la Côte- 
dOr une note sur le Catéchisme raisonné de M. Ai- 
mé (année 1817, 11 janvier). 



— 144 — 

Enfin, indépendamment de la correspondance de 
saint Paul et de Sénèque, G. Peignot avait annoncé 
dans la Notice de ses manuscrits, n* XXI, un Abrégé 
chronologique de l'histoire religietise, littéraire et po- 
litique de l'Institut des Jésuites : « Ouvrage où tous 
les événements, toutes les pièces, toutes les anec- 
dotes avérées sont rapportées à leur ordre de dat^ 
avec la plus scrupuleuse et la plus impartiale exac- 
titude.... » 

A la suite des Mélanges sur la religion et la phi- 
losophie, il convient de parler des Opuscules que 
l'auteur a désavoués plus tard et qu'il a publiés, 
moins sans doute par bravade anti-religieuse que 
pour satisfaire ses goûts de bibliophile et donner aux 
amateurs une rareté bibliographique. Nous voulons 
parler de deux pièces tirées à part, puisréunies pour 
former un recueil factice, sous ce titre : Lettres facé- 
tieuses de Fontenelle,quin ont pas été imprimées dans 
ses œuvres, Bagdad, MCCCCCCCCIIX. 

La première est la Lettre de Fontenelle au 
marquis de La Fare sur la résurrection (en Europe, 
MDCCCVII). 

L'auteur se demandait comment le Créateur trou- 
verait des matériaux suffisants pour rendre à chaque 
esprit le corps qui l'avait autrefois animé, « pour 
rendre contemporains tant d'hommes qui n'ont cha- 
cun un corps que parce qu'ils semblent «ivoir pris 
leur temps et leurs mesures pour se le céder les uns 
aux autres? » Dans une Lettre additionnelle sur le 



— 145 — 

même sujet (1), signée Giovano Plaisantino , noble 
milanais, membre de l'académie des Indomiti, 
G. Peignot suppose plaisamment que le Créateur 
empruntera la matière nécessaire aux animaux; par 
exemple : « La race des singes, des serpents, des 
caméléons, des loups cerviers, sera merveilleuse- 
ment employée pour refaire de nouvelles langues, 
de nouveaux cœurs, de nouvelles mains à messieurs 

les folliculaires » 

L'autre pièce est la Relation de Visle de Bornéo 
(en Europe, MDCCCVII). Elle se compose d'une 
préface, d'une note sur l'île de Bornéo et de trois 
lettres. La première lettre, qui est de Fontenelle, 
renferme une histoire satirique , très abrégée, des 
luttes du catholicisme et du protestantisme, de Rome 
et de Genève, sous les noms de Mero et Enègue. La 
seconde lettre, écrite dans le même esprit, est de 
G. Peignot, et parle de la révocation de l'édit de 
Nantes, de la querelle des Jansénistes et des Moli- 
nistes, etc. ; elle se ter^nine par quelques mots sur 
la Révolution et sur la restauration du culte. Une 
troisième lettre, adressée à l'éditeur et signée ./wc?â?w5 
Apella^ renferme la clef (2). 



(1) La Lettre de Fontenelle a été réimprimée en 1819, mais sans 
la Lettre additionnelle de notre auteur. 

(2) U faut consulter sur cette publication trois lettres de Ch. No- 
dier à G. Peignot, et qui ont été insérées dans le Bulletin du Biblio- 
phile, année 1859, p. 84. Nodier insiste beaucoup afin d*être instruit 
des causes de la rareté de cette relation de TÛe de Bornéo : « Je 
sais, dit-il à son ami, que vous n'avouez pas ces innocents juveni- 

10 



— 146 — 



Archéologie. ^ Les danses des morts, » Testaments remarquables, etc. » 

Dissertations singulières et facétieuses. 

Ipsa varietate tentamns efftcere ut alia aliis, que- 
dam fortasse omnibus placeant. 

. (PuNn SEC. Epist. XTV, liv. IV). 

Il est difficile de classer les genres traités par 
M. Peignot avec toute la précision désirable; il nous 
eût été possible, assurément, de ranger dans l'ar- 
chéologie les Détails historiques sur le Château de 
Dijon, la Selle chevalière et les Notices sur les anti- 
quités romaines. Mais nous avons préféré les distin- 
guer des dissertations que nous allons examiner, qui 
rentrent plus spécialement dans le domaine de Tar 
chéologie. 

Telle est entre autres la Notice sur quelques pierres 
tumulaires antiques et sur une inscription moderne 
qui se trouvent dans le cimetière de Saulieu (Côte- 
d'Or). Elle est imprimée dans le Compte rendu des 
travaux de VAcadémiede Dijon^ année 1829, p. 276, 
279. L'auteur faisait partie de la Commission des 



lia, et mon catalogue tous gardera le secret. » Lettre du 17 no- 
vembre 1828. — V. sur la Relation, le Répert. de Bibl, spéc, p, 67, 
Ayant de clore ce chapitre, nous mentionnerons parmi les opus- 
cules religieux , le Supplément au Catéchisme de M, Couturier; à 
Dijon^ 1823. 



— 147 — 

antiquités établie dans le sein de l'Académie et lui 
communiquait, à ce titre, les notes qu'il pouvait re- 
cueillir dans ses voyages. 

Dans le même genre, nous citerons la Notice sur 
un bas-relief représentant les figures mystérieuses et 
symboliques dont les quatre Evangélistes sont ordi- 
nairement accompagnés, suivie de recherches sur 
l'origine de ces symboles. Dans cette Notice, qui a 
été insérée dans les Mémoires de la Commission des 
antiquités du département de la Côte-d'Ory i, I, p. 155, 
M. Peignot a complété les articles publiés par 
MM. Petit et Boudot sur un bas-relief du XIIP siècle, 
qui provient de l'église Saint-Bénigne. 

Il publia, en outre, un certain nombre d'articles 
archéologiques dans le Voyage pittoresque en Bour- 
gogne (Dijon, J833). 

Au premier rang des ouvrages sur l'archéologie 
se placent les Recherches historiques sur les Danses 
des Morts et sur l'origine des Cartes à jouer, Dijon, 
1826. Une première esquisse de cet ouvrage avait 
fait l'objet d'une lecture à l'Académie de Dijon et 
avait paru dans le Compte rendu de Tannée 1825, 
p. 212-239. 

L'ouvrage se divise en cinq parties. La première 
traite de la Danse des Moiis peinte à Bâle, et de 
la Danse des Morts peinte par Holbein ; la deu- 
xième parle de la Danse macabre; la troisième de 
la Danse aux Aveugles; et des éditions qui en ont été 
publiées ; la quatrième contient la description des 
anciens livres d'heures sur les marges desquels on 



— 148 — 

a gravé la Danse des Morts; dans la cinquième, l'au- 
teur a donné la notice de quelques ouvrages, ta- 
bleaux et gravures isolés qui ont rapport soit à la 
Danse des Morts, soit à la Mort personnifiée. 

L'introduction n est pas la partie la moins origi- 
nale du livre : l'auteur y passe en revue les diverses 
Danses des Morts qu'on a pu signaler dans plusieurs 
villes de l'Europe. 

Ces recherches ont été citées avec éloge par 
M. Fortoul, dans son Etude sur les poèmes et sur 
les images des Danses des Morts, Il a éclairci un point 
d'histoire qui avait été mal compris par G. Peignot. 
Ce dernier avait exprimé l'opinion que la Danse des 
Morts, dont parle le Journal de Paris, sous les règnes 
de Charles VI et de Charles VU, en 1424 et en 1429, 
n'avait pas été représentée par des personnages vi- 
vants, et que cette chronique a seulement fait allu- 
sion à une peinture qui existait sur le mur du 
Charnier des Innocents. M. Fortoul pense qu'elle 
fut à la fois l'objet d'une représentation scénique et 
reproduite par la peinture. On sait, en effet, que les 
Frères Mineurs firent représenter une Danse des 
Morts, en 14S3, devant un de leurs chapitres provin- 
ciaux, par des hommes à qui l'on distribua ensuite 
quatre mesures de vin (1). 

Dans le même volume, G. Peignot a publié une 



(1) Voir les Recherches, p. 83, 84 ; Fortoul, Etudes d'architecture 
et d'histoire, 1. 1, p. 370 ; Dulaure, Histoire de Paris, t. D, p. 552 ; et 
le Journal de Paris, édit. de 1729, p. 103 et 120. 



/ 



— «49 — 

Analyse critique et raisonné e de toutes les recherches 
publiées jusqu'à ce jour sur V origine et l'histoire des 
Cartes à jouer. Cet essai est moins un ouvrage ori- 
ginal qu'une revue bibliographique, dans laquelle 
l'auteur examine les livres et les opinions des écri- 
vains les plus accrédités sur ce sujet. 

Le plus populaire des opuscules qui rentrent dans 
la même catégorie est V Illustre Jaquemart de Dijon'» 
publié sous le pseudonyme de P. Bérigal (1832). 
Cette notice est précédée de détails intéressants sur 
les anciennes horloges ; l'auteur y donne l'analyse 
d'une pièce en patois bourguignon intitulée Mai- 
riaige de Jaiquemar ; il a donné ensuite en entier La 
Bequaite de Jaiquemar et de sai fanne ai Messieu de 
lai Chambre de ville de Dijon (1 7 1 4) , par Aimé Piron . 
Enfin la notice se termine par des extraits de VOr- 
loge amoureuse^ dittié du XIV® siècle, par Jehan 
Froissart. Cet opuscule est l'un des plus agréables 
de l'auteur et l'un des spécimens les plus complets 
de sa manière: elle consiste à relever par des hors- 
d' œuvre piquants les recherches de pure érudition, 
qui, autrement, ne présenteraient qu'un intérêt 
médiocre (1). 

U Essai chronologique sur les hivers les plus rigou- 
reux....^ suivi de quelques recherches sur les effets 



(1) Il faut rapprocher de cette notice ceUe qui a été publiée par 
M. Boudot^ alors archiviste de la Côte-d'Or^ dans le tome des 
Mémoires de la Commission des Antiquite's^m-^^),]^. 159. 



— 150 — 

les plus singuliers de la foudre.... se compose de 
plusieurs parties. Dans un discours préliminaire, 
l'auteur traite de Thiver en général, des causes du 
froid, de la distribution de la chaleur à la surface 
du globe, de la formation de la glace. Puis viennent 
des notices sommaires sur les hivers les plus remar- 
quables depuis Tannée 396 avant J.-C. jusqu'en 
1820. L'essai so termine par quelques notes sur les 
hivers les plus doux et par une table des climats 
d'heures et de mois. 

Les recherches sur les effets de la foudre ne re- 
montent pas au-delà de l'année 1676 ; elles devaient 
avoir une deuxième édition plus complète qui, dans 
la Notice des manuscrits (n° XLIV), porte le titre 
suivant : Tonitruana, ou recueil d'anecdotes sur les 
etfets les plus singuliers de la foudre depuis les temps 
les plus reculés jusqu'à nos jours.... 

Le Choix des Testaments anciens et modernes se 
compose de deux volumes qui ont coûté des re- 
cherches considérables, ce Un testament, dit l'auteur 
dans son discours préliminaire, pris indistinctement 
dans les différents siècles, peut, par sa forme, par 
son style, par ses dispositions, être considéré comme 
un coup de pinceau produisant un heureux effet de 
lumière dans le tableau de la civilisation, desmœurs, 
des usages, et n'est pas moins utile pour juger de 
l'état de la langue au moment oii il a été rédigé...» 

Ce recueil comprend plusieurs sortes de docu- 
ments : 

Les testaments réels, depuis Platon jusqu'à nos 



— 151 — 

jours; — les testaments faux; — les testaments fic- 
tifs, dont la série commence au t. II, p. 239. Tels 
sont ceux de Sergius de Pola, de Grunnius Coro- 
cotta Porcellus; — une Notice bibliographique de 
divers écrits littéraires, satiriques, etc., qui ont 
paru sous le titre de Testament; — une Notice sur 
les testaments, dits politiques (Richelieu, Mazarin, 
Colbert, Louvois, etc.); — l'indication des recueils 
renfermant des testaments ; — les épitaphes singu- 
lières; — enfin, un supplément, qui forme le quart 
du deuxième volume, renferme des documents fort 
remarquables qui n'ont été découverts par l'auteur 
qu'au moment oti l'ouvrage était sous presse. 

Aux articles les plus importants ont été ajoutées 
des notices intéressantes; telles sont les notes histo- 
riques qui accompagnent le testament d'Auguste, la 
relation de la mort de Philippe le Bon, duc de Bour- 
gogne; les notes (Jui suivent le testament de Napo- 
léon, et notamment celle qui fait mention d'un sé- 
jour de Napoléon à Autun, etc.... 

Dans sa Dissertation historique et philologigue sur 
un Poisson d'argent et sur un OEuf d autruche.,.,^ 
insérée dans la Revue de la Côte-dOr, t. III, p. 115- 
126, G. Peignot a résumé les renseignements don- 
nés par M. Migneret, auteur d'un Précis de l'histoire 
de Langres, sur le poisson et l'œuf qui étaient con- 
servés dans le trésor de la cathédrale de Saint-Mam- 
mès. Il a dit quelques mots de l'œuf considéré 
comme symbole religieux, et du poisson employé 
comme signe de reconnaissance entre les premiers 



— 152 — 

chrétiens. Ces derniers détails sont empruntés à un 
ouvrage de M. Belloc, sur la Vierge au Poisson, de 
Raphaël, explication nouvelle de ce tableau (Paris,- 
1833). 

G. Peignot a publié dans la même Revue (t. I, 
p. 427), les Souvenirs relatifs à saint Paul de Lon- 
dres, et quelques détails sur la Tour de Londres : 
« Ces souvenirs, dit Tauteur, datent de loin, car c'est 
le samedi 21 mai 1791 que, dans un voyage de pure 
curiosité sur les bords de la Tamise, nous avons 
visité en détail ce vaste monument. » 

Parmi les dissertations singulières, nous mention- 
nerons d'abord Topusculo intitulé : D'une pugni- 
tion divinement envoyée aux hommes et aux femmes 
pour leur incontinence désordonnée (en 1493), par 
Stephen Aliberg, D. M. A Naples et en France, 
Paris, 1836. 

L'auteur y a pris pour épigraphe ces vers du 
poème de Fracastor : 

Qui casus rerum varii, quaî semina morbum 
Insuetum, nec longa ulli per singula visum, 
Attulerint!... 

Le sujet lui-même, qui consistait à rechercher 
Torigine de la contagion, disparaît au milieu des 
citations et des analyses bibliographiques qui don- 
nent un intérêt particulier à cet opuscule. Cinq 
citations, empruntées aux ouvrages suivants, lui 
ont servi de texte : 

Recueil d'aucuns cas merveilleux advenus de nos 
ans et aux siècles passez (1563); — un extrait des 



— 153 — 

Annales (f Aquitaine^ de Jean Bouchet (f* i30); 

— un arrêt du parlement de Paris du 6 mars 4497 ; 

— un extrait de Jean le Maire des Belges : Cupidon 
etAtropos ; — les statuts donnés par Jeanne I", reine 
de Jérusalem, le 8 août 1347. 

L'ouvrage se termine par une bibliographie des 
livres imprimés sur le même sujet, du XV* au 
XVn* siècle. 

Nous avons déjà dit quelques mots des opinions 
politiques exprimées, sous une forme burlesque, 
dans Y Histoire morale, civile, politique et littéraire du 
Charivari...., publiée en 1833. 

Cet opuscule est l'un des plus originaux et des 
plus complets de G. Peignot. Il a commencé par 
rappeler les dispositions réglementaires de toutes 
sortes qui interdisaient les charivaris (conciles pro- 
vinciaux, constitutions synodales, arrêts des parle- 
ments), ainsi que les conflits qui s'élevaient entre 
l'université et la justice séculière à l'occasion des 
désordres causés par les étudiants (1). 

Le chapitre V, consacré aux charivaris les plus 
remarquables, contient la relation de celui du 
16 avril 1335, à la suite duquel la ville de Toulouse 
perdit momentanément ses privilèges. Vient ensuite 
le récit du charivari de 1392, rapporté par Le La- 
boureur, et qui occasionna le premier accès de folie 



(1) G. Peignot fait allusion à ce document dans sa lettre à Baul- 
mont^ du 23 décembre 1832. 



— 154 — 

de Charles VI. Enfin, l'une des citations les plus cu- 
rieuses est celle du facétieux réquisitoire prononcé 
par Etienne Bouchin, procureur du roi de Beaune, 
en 1612, à Toccasion d'un second mariage. 

Dans le chapitre \II, qui traite des charivaris 
donnés depuis Tannée 1830, l'auteur n'avait indiqué 
que les initiales des hommes politiques qui avaient 
reçu ces aubades, mais dans la seconde partie de cet 
ouvrage, oii se trouve la nomenclature de plus de 
quarante charivaris, les noms sont rapportés en 
toutes lettres. Cette seconde partie est intitulée : 
Complément de V histoire du Charivari jusqu'à l'an 
de grâce 1833, par Eloi-Christophe Bassinet, sous- 
maître de l'école primaire de Saint-Flour et aide- 
chantre à la cathédrale. 

Dans l'opuscule intitulé les Bourguignons salés, 
publié en 1835, l'auteur a passé en revue les opinions 
des divers auteursqui ont voulu remonter à l'origine 
de ce sobriquet; Pasquier l'attribuait aux Allemands, 
qui, se trouvant en butte aux fréquentes agressions 
des bourguignons, leur auraient donné cette épi- 
thète par allusion aux nombreuses salines qui exis- 
tent en Franche-Comté. Palissy pensait qu elle ve- 
nait de la coutume des bourguignons, qui mettaient 
du sel dans la bouche des enfants qu'on baptisait. 
La Monnoye y voit un sobriquet injurieux qui rap- 
pelait le désastre d'Aigues-Mortes, de 1421. Mais 
comme cette expression était usitée dès l'année 1410, 
il faut renoncer à cette explication. 

Quelques notes complètent cet opuscule; Tune est 



— 155 — 

relative aux collections réunies dans le musée de 
Dijon; l'autre donne la liste des ducs de Bourgogne. 

Les Recherches historiques et philologiques sur la 
Philotésie... imprimées dans les Mémoires de r Aca- 
démie de Dijon , année 1835, se composent de deux 
parties : dans la première, le sujet est traité dans ses 
rapports avec les usages anciens et modernes; la 
deuxième est uii appendice intitulé : Des toasts, ou 
de l'usage, de boire à la santé en Angleterre, 

Dans les Nouvelles recherches sur le dicton popu- 
laire : Faire ripaille (1836) , l'auteur a donné une 
notice sommaire sur le premier duc de Savoie, Amé- 
dée Vin, élu pape sous le nom de Félix Y, en 1440, 
et qui, avant cette élection, s'était établi dans le 
prieuré de Ripaille, près de Thonon, cr dont il ren- 
dit le séjour fameux par la vie paisible et agréable 
qu'il y mena, sans négliger surtout les plaisirs de la 
table. » Après avoir examiné les diverses opinions 
émises sur l'origine de la locution proverbiale qui 
fait l'objet de sa dissertation, Peignot conclut par les 
lignes suivantes : ce Le pacifique Amédée termina 
ses jours à Genève, le 7 janvier 1451 , âgé de 69 ans, 
laissant la réputation d'un bon prince, d'un faible 
anti-pape, et de digne fondateur du fameux dicton : 
Faire ripaille. « 

Au nombre des dissertations archéologiques, il 
convient de classer la lettre à M. Amanton sur la 
Galerie française des femmes célèbres par leurs talents, 
leur rang ou leur beauté, lettre qui a été imprimée 
dans le Journal de Dijon, année 1829, n" 67 et 9. 



— 156 — 

Nous mentionnerons pareillement les lettres publiées 
dans le même journal : sur une Secousse de tremble- 
ment de terre ressentie à Dijon (23 février 1822); sur 
les Bois de France du nom de Charles (28 févr. 1827); 
sur la longévité de certains animaux (19 sept. 1827). 

Nous aurions pu classer parmi les essais de Fauteur 
sur les Antiquités romaines la notice imprimée dans 
la Séance publique de l'Académie de Dijon de 1827 : 
Du luxe de Cléopâtre dans les festins avec Jules 
César, puis avec Marc-Antoine^ ainsi que le Mémoire 

publié dans le même volume sur différents objets 

dont les Bomains faisaient usage pour le service de table, 

La lettre à M. Crapelet, sur la Vie de Jeanne d'Arc, 
aurait dû être mentionné^ par nous page 120, à côté 
du manuscrit de l'auteur sur la même héroïne. Cette 
lettre a été publiée dans le Bulletin du Bouquiniste 
du 1" janvier 1862. Nous avons aussi omis de men- 
tionner dans ce chapitre III la notice nécrologi- 
que sur M. le baron Perreney de Grosbois , qui a 
paru dans le Journal de la Côte-d'Or du 22 mai 1 840. 



VI 



hihliog^ra'ghie, — Amusements p/it7o2ogrigu<!8. — Livn des iingidaritéi. 

A desenor mnert à bon droit 
Qui n'aime livre ne ne croit. 

(Roman du Renart.) 

En esquissant, au commencement de notre essai 
analytique, le plan des travaux de G. Peignot, nous 
avons dû dire quelques mots de ses premiers traités 



— 157 — 

de bibliographie. Le Manuel bibliographique nous 
a servi de point de départ pour étudier les ouvrages 
qui se trouvent en germe dans ce recueil ; nous nous 
sommes contenté toutefois de restreindre nos re- 
cherches aux traités ou aux chapitres que notre au- 
teur à écrits sur la matière des livres proprement 
dite, nous réservant de parler , dans une dernière 
partie, des ouvrages de philologie ou dans lesquels 
il a décrit et analysé des livres rares (1). 

Obligé par ses fonctions de bibliothécaire de ma- 
nier un grand nombre de volumes bons et mauvais, 
il a gémi plus d'une fois soit sur la licence des publi- 
cistes qui s'attaquent à la morale, à la religion ou aux 
personnes, soit sur l'immense quantité de livres pro- 
duits par rimprimcrie. Dans le Dictionnaire des Livres 
condamnés, il avait déjà parlé de la répression des 
écarts des libellistes à Rome (p. xni); il traita spé- 
cialement ce sujet dans son Essai historique sur la 
liberté d'écrire chez les anciens et au moyen âge, sur 
la liberté de la presse depuis le XF' siècle, etc. 



(1) Nous avons parlé ci-dessus des opuscules de G. Peignot, re- 
latifs à l'art typographique et aux imprimeries particulières. Il faut 
rapprocher de ces articles une Lettre à M, Crapelet du !«' décem- 
bre 1840, sur les imprimeries de Dijon. Elle a paru dans le Bulletin 
du Bouquiniste du 1" janvier 1862. Nous mentionnerons pareille- 
ment la Lettre à M. Chassant du 10 juin 1841, au sujet des impri- 
meries clandestines (même Recueil, année 1859, p. 88), et une note 
sur Vimprimerie particulière de Goltzius (dans les Archives du Bi- 
bliophile, année 1858, p. 119). 



— 158 — 

L'auteur y touche à tous les sujets : invention et 
progrès de rimprimerie ; histoire de la Réforme ; 
règlements et surveillance de l'université sur la li- 
brairie, les manuscrits et leurs transcriptions; opi-' 
nions singulières touchant la liberté d'écrire, etc. 
Mais on lira surtout avec intérêt la notice chronolo- 
gique des principaux moyens de répression et des 
actes de l'autorité relatifs à l'imprimerie et à la li- 
brairie. 

Le jurisconsulte pourra consulter une notice chro- 
nologique des dispositions législatives qui ont ré- 
glementé la presse depuis l'année 1788 jusqu'à la loi 
du 8 décembre 1831, sur le cautionnement des jour- 
naux. Enfin, on trouve dans ce volume le tableau 
du nombre des imprimeurs, tel qu'il a été fixé pour 
chaque ville, conformément aux arrêts du conseil 
de 1704 et de 1739, et au décret de 1810, avec l'état 
numérique des imprimeurs et libraires en 1830. 

Partisan d'une sage liberté, ennemi de la licence, 
l'auteur, découragé par les catastrophes politiques 
auxquelles il avait assisté, termine son livre par ces 
lignes peu concluantes : « Cette partie de la légis- 
lation, si belle, si séduisante en théorie, sera tou- 
jours, dans la pratique, le plus embarrassante et la 
plus difficile de l'administration, sous quelque gou- 
vernement que ce soit. » 

D'un autre côté, il aimait à calculer approximati- 
vement à quel chiffre pourrait s'élever l'énorme 
quantité de livres produits par la typographie : « Le 
savant Struve à écrit, dit-il, qu'il serait plus facile 



— 159 — 

de transporter le mont Atlas que de faire une biblio- 
graphie universelle, c'est-à-dire un catalogue de 
tous les livres qui existent, et qu'il faudrait au moins 
150 volumes in-f* pour ce catalogue; je crois que 
300 ne suffiraient pas. » [Répertoire de bibliographies 
spéciales, p. 4* 1 .) Le nombre des ouvrages imprimés 
est évalué par lui à plus de 3 millions et demi, et, en 
supposant que chacun se compose de 3 volumes et 
qu'il ait été tiré à 300 exemplaires, il en résulterait 
que le nombre des volumes s'élèverait à plus de 
3 milliards 313 millions : a mais les deux tiers au 
moins de cette masse énorme ont été détruits ; il ne 
nous reste donc plus, pour nos menus plaisirs, dans 
toutes les bibliothèques publiques et particulières du 
monde , que 1 milliard 104 millions 588,000 vo- 
lumes.... Et si tous ces volumes étaient rangés les 
uns à côté des autres, comme dans un rayon de bi- 
bliothèque, ils formeraient une ligne de 15 millions 
341,500 toises, ou de 7,670 lieues de poste (1). » 

Aussi, tout en faisant l'éloge des livres, G. Pei- 
gnot insistait sur la nécessité de faire un bon choix, 
et il rappelait ces mots de Pline : Multum légère, non 
multa , et ce précepte de Sénèque : Paucis libris im- 
morari et innutriri oportet^ si velis aliquid trahere 
quod in animo fideliter hœreat. » Tous les ouvrages 



(1) Manuel du Bibliophile, 1. 1, p. 2. Dans un article du Bulletin 
du Bibliophile (1841> p. 574), M. Brunet rappelle que dans la seule 
année 1840^ en France, et sans compter les journaux, il a été tiré 
plus de 115 millions de feuilles. 



— 160 — 

de notre auteur ont précisément pour objet de gui- 
der le lecteur, en lui signalant les bons livres et les 
bonnes éditions et en lui enseignant les meilleures 
méthodes de classification. 

A cet égard, son expérience lui apprit à se défier 
des systèmes trop absolus; mais au d^ut, il tomba 
dans ce défaut en acceptant avec trop d'empresse- 
ment les divisions de la grande Encyclopédie, dont il 
se contenta de modifier les dispositions dans les 
sous-divisions. Après avoir ébauché son plan dans 
le Manuel bibliographique, il le fit précéder, dans le 
Dictionnaire raisonné de Bibliologie, au mot Systèmes 
bibliographiques, d'un exposé des diverses méthodes 
de classification professées par les auteurs français 
et étrangers, au nombre de plus de vingt. Mais, plus 
tard, il revint aux saines traditions, telles que les 
avaient mises en pratique les hommes les plus expé- 
rimentés du dernier siècle. 

A la fin du Manuel du Bibliophile, il ne dit plus 
rien du système qu'il avait un instant ébauché, et il 
reconnaît que celui du P. Garnier, remanié par 
Martin (1), et complété par Debure, doit être suivi 
de préférence. 

Cependant, dans son impatience de faire jouir le 



(1) Martin avait dressé, depuis l'aimée 1705 jusqu'en 1761, époque 
de sa mort, près de 150 catalogues. Dans un article du Bulletin du 
Bibliophile j M. Faucheux a analysé le système du P. Jacob (1645) ; 
celui de Garnier (1678); ceux de G. Martin, Debure et Leber (année 
1841, p. 565). 



— 161 — 

lecteur du fruit le plus précieux de ses recherches, 
G. Peignot n'attendit pas qu'il fût en état de publier 
le Répertoire bibliographique universel, qui devait 
donner sur chaque matière la nomenclature des prin- 
cipaux livres qui en traitent ; il voulut, tout d'abord, 
allécher les curieux par une publication capable de 
flatter leur goût. Dès l'année 1804, il fit imprimer, 
avec un soin rare à cette époque, sou Essai de Curio- 
sités bibliographiques, où se trouve la liste des livres 
dont le prix atteint ou dépasse 1,000- francs. Les 
articles les plus précieux sont accompagnés de notes 
intéressantes, oîi l'auteur s'est complu et qu'il a re- 
produites avec une prédilection particuhère, chaque 
fois qu'il en a trouvé l'occasion. Dans l'introduction, 
il ne put s'empêcher de toucher à un grand nombre 
de sujets qu'il comptait reprendre plus tard avec de 
nouveaux développements. Il y inséra de nombreux 
extraits des Additions à Vhistoire de Louis XI, oh 
Gabriel Naudé a parlé avec discernement du prix des 
livres et des manuscrits au XV* siècle. 

Il compléta ce premier travail dans les Variétés, 
Notices et Raretés bibliographiques, oh il donne une 
liste d'ouvrages imprimés ou manuscrits, au nombre 
de 80 , dont le prix a dépassé 1 00 louis ou 2 ,400 francs . 
Enfin, dans le Livre des Singularités, sous le titre de 
Variétés bibliographiques, il a esquissé le plan d'un 
« petit cabinet d'amateur, composé de dix ouvrages 
et de dix tableaux seulement, dont le prix coûtant 
n'excède guère la modique somme de 2 millions. » 

Dans Y Essai de Curiosités bibliographiques, G. Pei- 

11 



— 162 — 

gnot avait en outre dit quelque chose des prix payés 
aux écrivains de l'antiquité et de la renaissance pour 
leurs ouvrages. Ce sujet devait former un traité 
spécial intitulé : ce Chrysopée littéraire, ou notice his- 
torique chronologique des prix auxquels, depuis le 
XVU* siècle jusqu'à nos jours, un grand nomhre 
d'auteurs ont cédé leurs manuscrits ii des libraires.» 
{Notice des Manuscrits, n° XXXV. ) 

Les Curiosités bibliographiques devaient se com- 
poser de quatre autres parties ayant pour objet : 
les premières éditions des classiques grecs et latins; 
les livres imprimés à moins de cent exemplaires ; 
les principaux ouvrages condamnés, supprimés et 
brûlés par autorité de justice; les grands voyages 
pittoresques. 

Ce n'est qu'en 1822 que notre auteur publia son 
article sur les éditions princeps dans ses Variétés^ 
Notices et Raretés bibliographiques; il fait partie du 
long post-scriptum de la Lettre à Amanton, sur la 
trentième lettre du voyage de Dibbin, p. 37, et se 
compose de 20 pages seulement. On peut en rappro- 
cher l'article consacré aux premiers Monuments 
typographiques, dans le Dictionnaire de Bibliologie, 
t. III, p. 214. 

En 1808, il publiaitsa Bibliographie curieuse OMno- 
tice des livres imprimés à cent exemplaires au plus, 
suivie d'une notice de quelques ouvrages tirés sur 
papier de couleur; on trouve en germe dans cette 
publication celle qu'il donna sous le titre de : Béper- 
toire de Bibliographies spéciales, publié en 1810, et 



— 163 — 

où les ouvrages imprimés sur papier de couleur 
forment une catégorie distincte. 

La troisième partie traite des livres dont le texte 
est gravé, et la quatrième des livres publiés sous le 
nom à!Ana (1), deux catégories qu'il avait omis d'é- 
numérer sous le titre de Curiosités bibliographiques. 
Mais la notice la plus curieuse et la plus étendue de 
ce volume est la description des onze volumes de 
mystères, moralités, sotties et farces choisies, réim- 
primées par Caron à 100 exemplaires. 

De même que les Variétés, le Dictionnaire critique, 
littéraire et bibliographique des principaux livres con- 
damnés au feu..,.^ publié en 1806, fait suite aux 
Curiosités, Il avait eu d*abord l'intention d'intituler 
ce répertoire : le Btkher philosophique. Un ouvrage 
de cette nature échappe à l'analyse; nous citerons 
cependant, parmi les articles les plus intéressants, 
le mot Bulle, sous lequel l'auteur a fait l'histoire des 
luttes des souverains contre les papes, et celle des 
bulles qui ont été lacérées, brûlées ou supprimées 
en France par des décisions et arrêts souverains ; il 
y a donné les pièces censurées et il a complété cette 
notice par l'indication de quelques thèses théologi- 



(1) G. Peignot avait préparé un travail à part intitulé : Bibliogra- 
phie spéciale et raisonnée de tous les ouvrages publiés sous le titre 
d*Ana, Manuscrits, n© XLii. Il annonçait, en outre, sous le n© xxxii^ 
une deuxième édition des Curiosités qu'il aurait intitulée : Biblio- 
thèque curieuse, entièrement composée d'ouvrages tirés à petit nom- 
bre, avec des détails analytiques, littéraires, descriptife et beaucoup 
d'anecdotes sur ces sortes de raretés. 



— 164 — 

ques condamnées. L'article Bayle renferme une 
bonne bibliographie des ouvrages de ce savant cri- 
tique; l'article Dolet, plusieurs épigrammes contre 
les moines ; l'article Z)«nymnc?, une diatribe contre 
les fermiers-généraux. On trouvera la bibliographie 
de Y Index, au mot Livres condamnés. L'article Rons- 
seau contient l'histoire des fameux couplets ; l'ar- 
ticle Raynaud, les titres des ouvrages bizarres de 
quelques théologiens sur la personne de la Vierge 
et de Jésus-Christ. 

L'auteur lui-même a rendu compte, dans le dis- 
cours préliminaire qui i^réchAa son Essai historique 
sur la liberté d'écrire, des circonstances qui ont con- 
tribué à rendre rare en France son Dictionnaire des 
livres condamnés. « En 1806, nous avions cédé une 
partie de l'édition (tirée à 1,000) à M. L. F., libraire 
à Paris; il trouva à placer sur-le-champ presque 
tous ces exemplaires dans le royaume de Naples. 
Vers 1820, le roi de Naples étant rentré dans ses 
Etats, on s'empressa de prendre les moyens de répri- 
mer la liberté de la presse; nous avons été fort sur- 
pris de trouver dans un de nos journaux de France, 
du 27 juin 182i , l'article suivant : 

« M. Peignot va exercer à Naples la fonction de 
» censeur, non en personne, mais à l'aide de celui 
« de ses ouvrages qui est le meilleur à notre avis, 
c( son Dictionnaire critique des livres condamnés... 
« Le roi des Deux-Siciles, qui a chargé la commis- 
« sion d'instruction publique de faire un second 
(( index des productions qui, à Naples, méritent le 



— 165 — 

ce feu, a ordonné qu'elle prît pour guides l'Index de 
ce Rome et le Dictionnaire de M. Peiguot. 

ce Dans le premier, la commission aura une liste 
ce aussi sèche qu'immense des livres qu'elle pros- 
crira; dans l'autre, au moins, elle pourra lire les 
ce passages qui ont motivé la condaipnation. » 

Dans cet ouvrage, l'article Voltaire avait été trai- 
té avec un soin particulier; néanmoins, l'auteur lui 
donna de nouveaux développements dans les Re- 
cherches sur les ouvrages de Voltaire, qu'il publia à 
Dijon sous les initiales J. J.E. G..., avocat. M. Aman- 
ton en rendit compte dans le Journal de Dijon, n° du 
12 juillet 1817. 

ce M. J. J. E. G..., après avoir passé en revue 
ce toutes les anciennes éditions du patriarche de Fer- 
ce ney, entre dans le détail des condamnations que 
ce la plupart des écrits clandestins de cet auteur si 
ce fécond ont encourues; il finit par indiquer les meil- 
ce leurs ouvrages dans lesquels ont été combattus 
ce ces principes dangereux. Il était naturel, ayant 
ce signalé le mal, d'indiquer les sources où l'on pou- 
ce vait puiser de quoi y remédier. » 

On peut rapprocher de cet opuscule la Lettre pour 
justifier l'exactitude de la date d'un arrêt du parle- 
ment de Paris, rendu le mardi 1" mars i^^l, contre 
ung certain liuvre maulvais, exposé en vente sùubz le 
tiltre de : Quatriesme Hure de Pantagruel, Cette date 
ayant été révoquée en doute par un éditeur, G. Pei- 
gnot publia la lettre que nous venons de citer dans 
le n'' du 31 mars 1826 du Journal de Dijon, 



— 166 — 

Afin de compléter les Curiosités bibliographiques, 
il restait à notre auteur à décrire les grands voyages 
pittoresques; cette notice, très écourtée dans le Ré- 
pertoire bibliographique, devait sans doute faire par- 
tie d*un ouvrage plus considérable annoncé parmi 
ses manuscrits, sous le n° XL VI : « Notice chronolo- 
gique et raisonnée de différents voyages exécutés au- 
tour du monde et des découvertes faites jusqu'à ce jour, 
surtout dans la mer du Sud^ avec l'indication biblio- 
graphique de toutes les relations qui ont été publiées 
sur ce sujet (1). » 

Le Répertoire bibliographique universel, auquel 
nous avons souvent renvoyé le lecteur, renferme une 
série d'articles classés dans Tordre alphabétique, 
sous chacun desquels on trouve la liste des princi- 
paux ouvrages qui traitent du sujet. Ce cadre était 
trop vaste, et quelques articles sont incomplets; 
néanmoins, un certain nombre présentent de l'inté- 
rêt. Tels sont les articles sur l'Histoire littéraire, la 
Bibliographie, les Catalogues les plus remarquables 
et les Manuscrits. Ce dernier est intitulé : Notice sur 
quelques Manuscrits des auteurs anciens, lors de la 
renaissance des lettres, c'est-à-dire depuis le quin- 
zième siècle. On remarque parmi les notices qui s'y 
trouvent, celles qui concernent Pétrone et Tite-Live. 
Au mot Encyclopédie, on trouve une bibliographie 



(1) Voir à cet égard les Amusements philologiques ^ p. 528, au mot 
Voyages. 



— 167 — 

de ces sortes d'ouvrages plus complète que celle 
qu'il avait donnée dans son Essai de Curiosités bi- 
bliographiques, p. 4i-46 (1). 

On lira aussi avec intérêt Y ariicie Livre, qui ren- 
ferme des indications sur la bibliographie, les pré- 
faces, les ornements des livres, leurs titres et les 
dédicaces; sur la bibliomanîe et les livres rares. Le 
§ 4 est intitulé : De quelques livres sur lesquels on 
a fait des dissertations particulières. Ces disserta- 
tions avaient pour notre auteur un attrait particulier; 
quelques-uns des livres mentionnés d^^ns ce para- 
graphe ont été décrits par lui à plusieurs reprises. 
Ainsi, la Guirlande de Julie fait l'objet d'une notice 
dans Y Essai de Curiosités bibliographiques, p. 62. H 
a parlé avec la même complaisance du Codex Argen- 
teus d'Ulphilas, conservé dans la bibliothèque d'Up- 
sal, et du Codex Aureus de la bibliothèque de Stoc- 
kolm, écrit sur pourpre et en lettres d'or (v. Y Essai 
de Curiosités bibliographiques, p. 32, et les Biblio- 
graphies spéciales, p. ISO, 151). L'jE^^m renferme, en 
outre, une notice sommaire sur le livre unique inti- 
tulé : Liber passionis D.N.J. C. , cum figuns et carac- 
teribus ex nulla materia compositis^ dont il a parlé 



(1) Voir aussi le Dictionnaire des Livres condamnés, i. \, p.iOS-107, 
et le Dictionnaire raisonné de Bibliologie, t. \l, p. 250-268; t. m, 
p. 118-120. G. Peignot avait formé le projet de publier une Notice 
historique, littéraire et bibliographique de tous les ouvrages parus 
depuis 2,000 ans sous le titre d'Encyclopédie, en quelque langue 
que ce soit, ouvrage qui devait avoir de grands rapports avec son 
projet de Lexicographie universelle. 



~ 168 -- 

dans le Manuel bibliographique, p. 57, et dans le 
Dictionnaire raisonné de Bibliologie, 1. 1, p. 397. 

Les recherches sur les dédicaces Tavaient amené 
à composer une « Histoire littéraire des Dédicaces, 
avec une notice raisonnée de toutes les critiques 
qu on en a faites et un recueil choisi de celles qui 
sont les plus singulières et les plus remarquables, 
soit par le style, soit par la bassesse, soit par la ma- 
lignité, soit enfin par la bizarrerie, depuis 1511 jus- 
qu'à nos jours. . . » [Notice des manuscrits, n° XXXVI.) 
A la suite de ces lignes, l'auteur a reproduit une 
dédicace de Jean Marot à la reine Anne de Breta- 
gne (1512). On peut, en outre, consulter sur ce su- 
jet un article du Bulletin du Bibliophile de Tannée 
1839, p. 583, signé Olivier. 

G. Peignot a extrait de cet ouvrage son article 
intitulé : Histoire des dédicaces d'Erasme, racontée par 
lui-même, et publié dans le même recueil, année 1836, 
p. 11-15. Erasme s'y plaint des personnages qui ne 
l'ont pas récompensé assez libéralement des éloges 
qu'il leur a donnés. 

Quant aux titres des livres, notre auteur annonçait 
sur ce sujet un opuscule dont il a extrait un chapitre 
du Livre des Singularités : De quelques ouvrages mys- 
tiques.,,. On y trouve : l'Opiate de sobriété, les 
Pilules spirituelles, les Lunettes, les Baisers spiri- 
tuels, etc. L'ouvrage, d'après Ja Notice des manus- 
crits, n"* XLl, aurait été intitulé : Bibliographie amu- 
sante, ou notice raisonnée des ouvrages dont les 



— 169 — 

titres sont singuliers, originaux, plaisants, facétieux, 
satiriques, ridicules. 

Il a consacré, en outre, à la description de plu- 
sieurs manuscrits des opuscules plus ou moins con- 
sidérables que nous allons passer en revue. L'an- 
nonce seule d'un trésor de cette espèce lui mettait 
la plume à la main: c'est ainsi que, dans deux Let- 
tres à Amanton, sur deux manuscrits précieux du 
temps de Charlemagne et publiés dans le Journal 
de Dijon, de l'année i829, G. Pcignot examina si la 
fameuse Bible apportée à Paris par M. Speyer- 
Passavant, de Bâle, était le même manuscrit que 
celui qui fut offert par Alcuin à Cbarlemagne. La 
seconde lettre a pour objet la description du manus- 
crit : Y Evangéliaire ou Heures de Cbarlemagne. L'une 
et l'autre ne présentent qu'un intérêt médiocre. 

Le travail le plus sérieux en ce genre est le Ca- 
talogue dune partie des livres composant la biblio- 
thèque des ducs de Bourgocjne au XV siècle,.. Ainsi 
que l'auteur Ta expliqué dans une lettre préliminaire 
adressée à M. Amanton, il avait puisé les matériaux 
de cette publication dans les inventaires des joyaux, 
vaisselle, etc., délaissés à la mort des ducs et du- 
chesses de Bourgogne de la dernière race. Il y a 
donné quelques explications sur le goût de ces prin- 
ces pour les lettres et pour les beaux manuscrits, 
ainsi que l'bistoire sommaire des bibliothèques des 
ducs Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le 
Bon et Charles le Téméraire. Puis, dans un post- 
scriptum, il a inséré uç court extrait des comptes de 



— 170 — 

dépenses des ducs de Bourgogne, pour achats, 
enluminures et reliures de livres, de 1373 à 1477. 
Cette lettre, qui n'a pas moins de 39 pages, est la 
partie la plus curieuse de cet opuscule, dont le seul 
défaut est de ne pas avoir plus de développements. 

La liste des manuscrits, qui compose le catalogue 
proprement dit, e!5t accompagnée de notices histo- 
riques et littéraires sur les articles les plus intéres- 
sants. 

Cette publication avait paru d'abord en articles 
séparés dans le Journal de Dijon, des années 1829 
et i830, qu'il réunit en un volume intitulé : De l'an- 
cienne Bibliothèque des ducs de Bourgogne, Elle eut 
assez de succès pour que Tun do ses correspondants 
de Gand lui offrît, en 1840, d'en donner lui-même 
une deuxième édition que l'on désirait en Belgique, 
pour le cas où M. Peignot serait hors d'état de s'en 
occuper. Notre auteur la pubha à Dijon, en 1841, 
sous le titre que nous avons indiqué d'abord, et y 
ajouta le catalogue de la bibliothèque des Domini- 
cains de Dijon, rédigé en 1307. Il aurait désiré la 
compléter par l'inventaire de l'abbaye de Cîteaux, 
dressé en 1480 et en 1482; mais l'étendue de ce 
document, qui n'a pas moins de 93 pages in-4*', 
l'arrêta. 

H se donna carrière dans deux autres publications, 
oii il put décrire à loisir un fort beau manuscrit du 
XV® siècle, appartenant à l'hôpital de Dijon. Il lut à 
l'Académie une Notice de XXII grandes Miniatures 
de ce manuscrit, et ce travail, accompagné de quel- 



— 174 — 

ques recherches sur l'usage d'enrichir les livres de 
ces sortes d'ornements, fut publié d3Lns]es Mémoires 
de cette société savante pour rannéel832. Lanotice 
se termine par la description de cinq manuscrits de 
l'histoire inédite de l'hôpital de Dijon, de 1204 à 
1772, par frère François Calmelet, trente-huitième 
et dernier maître-commandeur de la maison de l'or- 
dre hospitalier du Saint-Esprit de Dijon. 

\j' Histoire de la fondation des hôpitaux du Saint- 
Esprit de Rome et de Dijon, imprimée (en 1838) dans 
le t. I" des Mémoires de la commission des Antiquités 
du département de la Côte-d'Or, renferme une des- 
cription plus complète des miniatures du même ma- 
nuscrit. Elle est accompagnée de gravures au trait 
et de notes, mais on n'y trouve pas les recherches 
sur les ornements des manuscrits. Un discours pré- 
liminaire renferme une analyse succincte des bulles 
des Souverains-Pontifes relatives aux privilèges de 
l'établissement; la brochure se termine par des no- 
tices sommaires sur les accroissements des deux hô- 
pitaux du Saint-Esprit de Rome et de Dijon depuis 
leur origine, et sur chacun des maîtres, recteurs et 
commandeurs de l'ordre. 

L'ouvrage de Calmelet, auquel G. Peignot avait 
emprunté ces documents, renfermait trente-cinq 
dessins au lavis, dont notre auteur avait l'intention 
de donner une description. Il devait y joindre des 
détails sur les mœurs du temps, les portraits et 
les épitaphes ; sur le tournoi de Marsannay-la-Côte 
(i443); sur les costumes des religieux, etc.; mais 



— 172 — 

l'étendue de cette nouvelle notice ne lui permit pas 
de la réunir à la précédente... (Voyez les Mémoires 
de l'Académie de Dijon, année 1832, p. 70-77.) 

Dans SCS Danses des Morts, p. 173, il avait dit quel- 
ques mots des livres d'Heures chargés de notes de 
famille, à propos des Heures de la Vierge ayant ap- 
partenu à la famille du président Bouhier. 11 est 
encore revenu sur la bibliothèque de cet illustre 
magistrat dans un article intitulé : Souvenirs relatifs 
à quelques Bibliothèques particulières des temps passés. 
Cette notice a été publiée dans la Revue de la Côte- 
dOr, t. I (1836), p. 165-184; elle se compose, en 
outre, de deux articles concernant les livres du Tasse 
et la bibliothèque de Voltaire à Ferney, 

Son goût pour les manuscrits et les livres devait 
le conduire à traiter des collections d'autographes 
et d'objets ayant appartenu à des hommes célèbres. 
Il publia, en 1836, des Recherches historiques et bi- 
bliographiques sur les autographes et V autographie, 
dont il avait tracé le plan dès Tannée 1822 dans 
les Variétés, Notices et Raretés bibliographiques, 
p. 32. Dans ces Recherches, il insiste, comme Ta fait 
depuis M. Feuillet de Couches, sur l'importance des 
documents originaux émanant des hommes qui 
appartiennent à l'histoire. 11 cite quelquesamateurs 
d'autographes du dernier siècle ; il donne la liste 
des publications où Ton trouve des facsimile d'au- 
tographes, celle des catalogues de pièces, celle des 
amateurs; enfin [il indique quelques objets ayant 



— 173 — 

appartenu à des souverains, depuis la lampe d'Epic- 
tète jusqu'au chapeau de Napoléon. 

Son attention ne négligeait pas les infiniments 
petits : il publia dans le Bulletin du Bibliophile 
(année 1834-1835, p. 14), une notice intitulée : De 
quelques dates bizarres , singulières et énigmatiques, 
qui se rencontrent dans les souscriptions d'anciens 
ouvrages et ailleurs, W y examine a ce point de vue les 
livres suivants : Grammaticœ methodus rhytunicd^ le 
Doctrinal du temps présent, le Livre de Matheolus, 
etc. On peut rapprocher de cet article une note de 
M. Delmotte : De quelques dates fausses qui se ren- 
continent dans les souscriptions d'ouvrages, (Même 
vol., n° 19.) 

La lettre de G. Peignot, Sur le livre des Prêtres, 
publiée dans le même recueil (année 1838, p. 448- 
450), traite de plusieurs dates indiquées en vers 
dans quelques livres singuliers, tels que la Biblia 
sacra latina de 1476. 11 publia dans le même recueil 
(année 1835, p. 13-15), sous le titre Anecdotes bi- 
bliographiques, chapitre des regrets causés par l'igno- 
rance, une note sur l'ineptie des récollets d'An- 
vers, qui, en 1735 , laissèrent leurs vieux livres et 
leurs manuscrits à leur jardinier, qui les revendit 
un ducat le quintal. 

Non content de décrire lui-même les livres rares, 
il revenait, la plume à la main, sur les ouvrages des 
plus fameux bibliophiles consacrés à la description 
des belles collections. La moitié de son volume de 
Variétés est rempli par la Lettre sur un ouvrage an- 



— 174 — 

glais relatif à la Bibliographie, aux Antiquités, ré- 
cemment publié à Londres, et sur la traduction 
partielle qu'on vient d'en faire à Paris. 11 s'agit du 
voyage bibliographique, archéologique et pitto- 
resque, en France et en Allemagne, par Fr. Dibdin 
(Londres, 1821). Cette lettre, publiée d'abord dans 
le Journal de la Côte-d'Or^ année 1821 , est suivie 
d'un post-scriptum dont nous avons déjà parlé, et 
où se trouve la notice des livres dont le prix à at- 
teint oii dépassé cent louis. Le même volume des 
Variétés renferme une seconde lettre à Amanton, 
sur la neuvième lettre du voyage de Dibdin. Ces 
fragments sont remplis d'anecdotes sur les libraires, 
les imprimeurs, les bibliothèques et les bibliothé- 
caires, et de descriptions de livres rares, imprimés 
ou manuscrits. Dans la deuxième lettre, G. Peignot 
a donné une note sur le Roxburgh-club et sur la 
société des bibliophiles^ français ; elle se termine 
par une bibHographie des ouvrages de M. Dibdin (1). 
Nous avons analysé, dans notre chapitre P% à peu 
près toutes les matières qui composent les Mélanges 
littéraires, philologiques et bibliographiques , publiés 
en 1818, où l'on trouve plusieurs essais sur les 



(1) 11 avait publié, dans le Journal de la Côte-d'or du 6 juillet 
1816, une Lettre sur la Bibliothèque du duc de Roxburgh. On peut 
rapprocher ces notes de Tarticle inséré dans le Bulletin du Biblio- 
phile de Tannée 1841, sur le Roxburgh-club, sous le titre de Mélan- 
ges bibliographiques. Un autre voyage de Dibdin, dans le midi de 
l'Angleterre et en Ecosse, a été analysé dans le même recueil, années 
1838, p. 463, et 1839, p. 554. 



— 175 — 

noms propres, les étymologies, les langues en gé- 
néral et récriture. 

Nous ne reviendrons pas non plus sur le Diction- 
naire raisonné de Bibliologie ^ m sur le Manuel du 
Bibliophile, qui parut en 1823, et où il donna de 
nouveaux développements au Traité du choix des 
livres, publié en 1817. Nous avons déjà indiqué les 
principaux articles dont se compose le Manuel : 
bien que l'histoire littéraire, la bibliographie, et 
le goût des lecteurs aient fait, depuis le commence- 
ment du siècle, de sensibles progrès, on peut encore 
consulter avec fruit ce livre consciencieux, qui, dans 
un cadre restreint , initie le lecteur aux connais- 
sances littéraires et bibliographiques les plus néces- 
saires. 

On devait s'attendre à voir figurer dans la Notice 
des Manuscrits de G. Peignot , publiée par lui en 
1830, un certain nombre d'ouvrages de bibliogra- 
phie. Voici l'indication sommaire de ceux dont nous 
n'avons pas encore parlé : 

XXII. Bibliographie spéciale relative à l'Inquisi- 
tion. 

XXIII. Notice spéciale, historique, littéraire et 
bibliographique des hommes célèbres, anciens et 
modernes, soit dans les lettres, soit hors des lettres, 
qui ont laissé des mémoires autographes sur leur 
propre vie. 

XXVI. Bibliographie analytique et raisonnée des 
principaux ouvrages singuliers , facétieux , qui de- 



— 176 — 

puis le XVP siècle ont paru pour ou contre les 
femmes (1). 

XXVII. Petit manuel elzévirien à l'usage des 
amateurs. Cette publication est désignée sous un 
autre titre dans le^ Recherches sur le tombeau de 
Virgile, p. 17, où l'auteur annonce une ce Bibliogra- 
phie spéciale des Elzévirs de choix, les plus précieux 
et les seuls dignes de figurer dans le cabinet d'un 
véritable amateur, » Il en a extrait quelques-uns 
des prix auxquels a été poussée l'édition de Virgile 
de 1676. 

XXX. Notices extraites de quelques ouvrages re- 
marquables par leur singularité, leur rareté ou leur 
bizarrerie ; suivies d'une bibliographie analytique de 
tout ce qui a été publié sur la magie , la sorcellerie 
et les procédures auxquelles elles ont donné lieu. 

XXXIV. Histoire littéraire de tous les ouvrages 
à clef. Ce recueil était au moins commencé lorsque, 
en 1827, G. Peignot donnait un extrait de l'article 
Somaise, auteur du Dictionnaire des Précieuses, ou 
Clef de la langue des Ruelles, On le trouve dans les 
Documents authentiques et détails curieux sur les dé- 
penses de Louis XIV, p. 46, note I. Il avait lui-même 
composé la clef qui se trouve à la suite de la Rela- 
tion de risle Roméo. 



(1) Voir notamment sur ce sujet le catalogue de la Bibliothèque 
du comte de Ch..., n©» 685-703 (Potier, 1863). 



— 177 — 

XL. Bil)liographie pogonologique , ou Histoire, 
description et analyse de tous les livres qui ont été 
publiés sur la barbe. 

XLV. Bibliographie encomiastique ou notice rai- 
sonnée de tous les ouvrages singuliers, facétieux, 
etc. (1). 

XLIX. Recherches bibliographiques sur les au- 
teurs anciens et modernes qui ont consacré leurs 
veilles à l'apologue. 

L. Dissertation sur les théâtres d'éducation, sui- 
vie d'une notice bibliographique de tout ce qui a 
paru dans ce genre depuis le XVP siècle jusqu'au 
XIX*, tant en latin qu'en français. 

La plupart des ouvrages de G. Peignot sont rem- 
plis de citations littéraires et bibliographiques , d'a- 
nalyses, d'extraits que ses immenses lectures lui 
permettaient d'accumuler sur une matière quel- 
conque. Il conçut un instant le projet de réunir ces 
notes sous le titre de Myriobiblon français, où l'on 
eût trouvé, par ordre alphabétique, une bibliogra- 
phie raisonnée sur toutes sortes de sujets. Cet im- 
mense répertoire aurait porté pour épigraphe : Alius 
aliopliis invenire potest, nemo omnia. 



(1) Voir Répertoire bibliographique, p. 274. Tels sont : V Eloge de 
la Folie, les Louanges de la Folie, VEloge de VEnfer, YEloge de 
quelque chose,,. Laus Asini ; Laus Ululœ, Solatium podagricorum^ 
VEloge philosophique de V Impertinence; VEloge des Perruques; 
VEloge de la Fièvre- Quarte^ VEloge de l'Ivresse, etc., etc. 

12 



— 178 — 

Le titre de Myriobiblon est celui que Photius a 
donné à sa Bibliothèque analectique, où il a cité 
280 ouvrages de 163 auteurs différents. G. Peignot 
avait manifesté l'intention d'en donner une traduc- 
tion dont l'importance avait été signalée, peut-être 
sous son inspiration, dans la préface du tome l*' du 
Bulletin du Biblophile. Il l'avait d'ailleurs annoncée 
dans la notice de ses manuscrits, sous le n*^ XIY . 

Cependant, il avait compris de bonne heure la 
nécessité de faire un choix dans ses analecta, car il 
en avait donné les extraits les plus piquants dans 
ses Amusements philologiques, qu'il nous reste à 
faire connaître. 

n a fait subir plusieurs remaniements à cet ou- 
vrage, la plus populaire de ses nombreuses produc- 
tions ; il est précédé d'un apologue en vers de sa 
composition, lequel ne manque ni de grâce ni de 
piquant; il se termine par ces deux vers qui pour- 
raient servir d'épigraphe aux œuvres complètes de 
l'auteur : 

« 

J*aî, par les cent fragments qu'on y trouve assortis. 
Tâché de contenter les divers appétits. 

La première partie , intitulée petite poétique 
curieuse et amusante, renferme, dans un cadre de 
200 pages , un recueil heureusement composé de 
tous les tours de forces poétiques que l'industrie des 
poètes latins et français a imaginés. Ces nugœ dif- 
ficiles ne sont pas dès modèles de bon goût ; mais 
elles sollicitent la curiosité du lecteur, et plus d'un 



— 179 — 

écolier rebelle aux vers latins, ou peu sensible aux 
charmes de la saine littérature, à senti s'éveiller 
son intelligence en lisant ces facéties. L'esprit le 
moins studieux fait volontiers un eilFort pour les 
comprendre ; il se rend familier le tour d'un épi- 
gramme, et finit par goûter les beautés littéraires 
moins équivoques. 

La seconde partie, intitulée : Vaiiétés en tous 
genres, renferme plusieurs rapprochements ingé- 
nieux sur les emblèmes, sur les nombres, et des 
notices historiques et statistiques. 

La troisième partie, intitulée : Notice de quelques 
découvertes anciennes et, modernes, est un petit ré- 
pertoire alphabétique rempli de faits et de dates, 
utile à consulter. L'ouvrage se termine par un 
essai de classification méthodique et chronologique 
des écrivains les plus remarquables dans tous les 
genres. 

Les trois éditons des Amusements philologiques, 
qui ont paru en 1808, en 1824 et en 1842, présen- 
tent quelques différences : la première est précé- 
dée d'une introduction qui ne se trouve pas dans 
les deux suivantes, et où l'auteur avait donné une 
notice bibliographique de tous les livres en ana, 
mélanges littéraires et philologiques. Elle a été 
reproduite en partie dans le Répertoire de Bibliogra- 
phies spéciales. 

11 a, en outre, éliminé de la première partie tout 
ce qui pouvait renfermer des allusions politiques, ou 
les passages qui, sans être licencieux, n'auraient 



— 180 — 

pu passer sans inconvénient sous les yeux des 
jeunes gens. 

Dans les deux dernières éditions, il a supprimé 
les chronogrammes sur le traité de Tilsitt et la 
bataille d'Austerlitz, ainsi que Tacrostiche sur cette 
victoire. On ne trouve plus, dans les vers en con- 
trepetterie, la pièce sur Merlin, Bazire et Chabot; 
des triolets et un virelai galants ont été supprimés, 
de même que la pièce latine, intitulée : Virgihum 
m Italia varia virtutum et vitiorum gênera, et le 
commencement d'une agréable pièce de vers de 
Panard, en écho. 

Ces deux éditions ne donnent pas non plus la 
pièce farcie en vers léonins qui se trouvait au ré- 
fectoire des Jacobins de Beaune, ni l'article Rébus, 
ni la description du cheval en vers macaroniques. 

Un excès de modestie aura déterminé l'auteur à 
supprimer une pièce qui me parait être de sa com- 
position; elle est intitulée : Alphabet moral à l'usage 
des grands enfants, par M.... Je ne vois, en effet, 
aucun autre motif de faire disparaître du recueil des 
maximes morales dont le tour est assez heureux; 

Garde ta haine au mal et pardonne aux méchants... 
L'ami de la vertu ne craint point d'ennemis... 
Rends à la vérité son culte légitime, 
Sois-en, s'il le fallait, le prêtre et la victime... 

On peut signaler quelques autres différences entre 
les trois éditions : le Calvorum encomium est plus 
complet dans la première, mais elle ne contient pas 



— 181 — 

la citation du Virgile; virai, non plus que la Mort 
de Michel Morin, ni le fragment du poème De cho- 
reando bene, qui se trouvent dans les deux autres. 

11 est regrettable que Tauteur ait supprimé, dans 
la troisième édition, l'extrait du Journal de l'Em- 
pire^ de 1806, contenant une bonne dissertation sur 
les vers rhopaliques dans l'antiquité, qu'il avait 
donnée dans les éditions de i808 et de 1824. En re- 
vanche, celle de 1842 renferme des additions aux 
chapitres des vers léonins et monorimes, ainsi que des 
vers amphibologiques, corrélatifs, enchaînés et au- 
tres qui manquent dans les précédentes. Le chapitre 
de la Longévité y est beaucoup plus développé, et le 
chapitre Emblèmes tir.és des couleurs , y est précé- 
dé d'une notice. 

G. Peignot a donné les raisons qui l'ont engagé 
à éliminer des deux dernières éditions les em- 
blèmes tirés des cartes à jouer : il considérait ce 
chapitre comme trop futile. « On a également fait 
disparaître, dit-il, le vocabulaire étymologique des 
différents genres de divination, objet qui n'est pas 
moins futile que le précédent, quoique certains dé- 
tails tiennent à l'érudition. Il en a été de même de 
la nomenclature du chant, ou cri des principaux 
oiseaux, qu'il n'était guère possible de rendre d'une 
manière satisfaisante; car il est certains sons etcer. 
tains modes d'articulation dont l'image ne peut 
être rendue par les caractères qui peignent la pa- 
role. Le de Philomela^ pièce de vers qu'on attribue 
à Ovide, mais qui lui est postérieure, était jointe à 



— 182 — 

Tarticle précédent ; il a été aussi supprimé. Noos 
n'avons pas non plus conservé le chapitre de la 
Prédilection de quelques grands hommes pour cer- 
tains ouvrages, parce qu'il était très incomplet, et 
quon le trouve, avec de plus grands détails, dans 
le Manuel du Bibliophile (1). » 

Il faut cependant convenir que les deux dernières 
parties ont reçu, dans la troisième édition, des addi- 
tions plus ou moins importantes , qu'il serait trop 
long de récapituler, et qui sont marquées, à la 
table, par des astérisques. 

Peignot annonçait , sous le n"" XXXI de la notice 
de ses manuscrits, des Nouveaux amusements philo- 
logiques^ en trois volumes ; mais il fit entrer les ma- 
tériaux qu'il avait réunis dans le recueil intitulé : 
le lÂvre des singularités^ qui porte cettte épigraphe : 

Non j'uvat assidue libros tractare severos, 
Sed libet ad dulces etiam descendere lusus. 

Cet ouvrage, qui se compose de douze chapitres 
et de quelques additions, renferme divers docu- 
ments qui auraient pu être utilement employés dans 
les précédents ouvrages de l'auteur. C'est ainsi 
qu'il y publia diverses curiosités de linguistique, 
sous le titre de Onomatographie amusante. Les sin- 
gularités numériques complètent ce qu'il avait dit 
dans ses AmtÂsem^nts de quelques nombre^ et cal- 



(t) Amusements philologiques, préface de laî» édition^ p. xiu. 



— 183 — 

culs bizarres. Quelques lettres et documents singu- 
liers empruntés aux anglais, composent un des cha- 
pitres les plus curieux dans la XIP partie. Il réunit 
les textes et citations bizarres qui n'avaient pu trou- 
ver place dans les Recherches sur la personne de 
J,'C. ou dans le Predicatoriana, Les autres chapitres 
traitent : Des occupations de Dieu avant la création; 
de la Création de Thomme et de la femme, des Rê- 
veries renouvelées des Grecs, de la Gastronomie, etc. 

Le plaisir de décrire des livres n'a pas été le seul 
mobile qui Tait poussé à publier, à deux reprises, 
le catalogue de sa bibliothèque. Vers 1808, parut la 
Notice des livres composant la bibliothèque de M, G. 
Peignot, directeur de l'école secondaire communale de 
Vesoul, bibliothécaire du département et de la ville, 
avec cette épigraphe : Otium sine litteris mors est. 
Elle est composée de 948 articles. Nous avons parlé, 
dans la partie biographique, de la médiocrité de sa 
position, qui l'avait décidé à publier ce catalogue, 
avec les pri?: auxquels il offrait de vendre ses livres 
aux amateurs. Dans une introduction , il indiquait 
Torigine des ouvrages qu'il possédait et justifiait les 
prix élevés auxquels quelques-uns devaient être 
estimés. Il fit, en 1826, une vente de livres, et le 
catalogue qu'il publia renferme 1471 numéros. 

Deux ventes eurent lieu après son décès, l'une à 
Paris, sous la direction du libraire Techener, en 
18S2 ; Tautre à Dijon, dans le courant du mois d'a- 
vril 18S6. Le catalogue de la première forme un vo- 
lume in- 8° qui contient 4,406 numéros : quelques 



— 184 — 

notes de G. Peignot y ont été conservées. On y 
trouve les Lettres facétieuses de Fontenelle, la Bêla- 
tion de l'isle de Bornéo et le Pot-Pourri de la Créa- 
tien; mais les Opuscules poétiques de notre auteur 
n'y ont pas été mentionnés. Ce catalogue est précé- 
dé d'une courte notice sur G. Peignot, signée J. T. 

Le catalogue de la seconde vente parut à Dijon, 
et renferme 920 numéros. 

Il nous reste à mentionner la Notice des ouvrages 
de bibliologie, d'histoire^ de philologie, d* antiquités 
et de littérature, tant imprimés que manuscrits, de G. 
******. — Opusculum amicorum gratia tantum 
amici prelo subjectum. Paris , Crapelet, 1830, — 
publié par G. Peignot lui-même, et auquel nous 
avons eu souvent recours. 

On a dû remarquer plus d'une fois le tour ingé- 
nieux qu'il savait donner aux titres de ses ouvrages: 
le travail auquel il se livrait avant d'en arrêter la 
réfaction définitive, dépasse toute idée : il a rema- 
nié plus de vingt fois le titre .de la Notice qu'il pu- 
blia en 1830; les notices et les titres qui accompa- 
gnent chaque article sont de véritables chefs-d'oéuvre 
du genre (1). 

Indépendamment des manuscrits annoncés dans 



(1) Tel est^ par exemple^ le titre de la Bibliothèque xéniographi- 
quôj ou Notice raisonnée des ouvrages qui ont paru sur les Etrennes 
depuis le XVI» siècle jusqu'en 1828. Elle a été publiée dans les Ar- 
chives historiques, statistiques et littéraires du département du Rhône 
(Lyon, 1828), t. IX, p. 114-187. 



— 185 — 

cette notice, G. Peignot en a laissé un certain 
nombre auxquels il travaillait, pendant les dernières 
années de sa vie : voici les titres que nous avons 
relevés : Dissertation sur l'origine et l'usage de la 
chemise chez les anciens et les modernes [Singula- 
rités, p. 202, n° 1) ; Des allumettes, leur origine, an- 
tiquité et histoire, etc.; Des Baisers d'étiquette. 
Recherches civiles , politiques et littéraires sur les 
coups de bâton. Histoire curieuse de tous les nez 
coupés. Du Diable, etc. {Singularités, p. 447, 448). 

Il parle dans ses Acta (Huma des recherches suç 
les Calendriers, sur le Procès de Ravaillac, la Chro- 
nique des machines à vapeur, les Animaux domes- 
tiques , THistoire des saintes Hosties, la Chronique 
de Dijon, le Procès du président Giroux, la Sainte- 
Chapelle, la liste des Bourguignons condamnés par 
le tribunal révolutionnaire, les Couleurs nationales ; 
sur les Souverains qui ont péri de mort violente, sur 
la Bastille, sur la valeur comparée des biens-fonds 
depuis 1291 jusqu'en 1838, sur les Soufflets mémo- 
rables, etc. 

Nous savons que ces manuscrits ont été recueil- 
lis, et qu'un bibliophile, avantageusement connu 
du public, en prépare une édition. 



LISTE 



DES 



OUVRAGES DE GABRIEL PEIGNOT 



daat l'ordM de leor pablioatloa, avee lindioatlon dtt prix avxqiMU Ut oat 
été portés daat qnelqoei oàtalofaM «t dias !•■ ventes (1). 



1796 (an IV). — Opuscules philosophiques et poétiques du frère 
Jérôme. Meugnot^ 15fr<; Qaudin^ SO fr.; de Soleinne^ SO fr. 

1800 (an Vin). ^ Petite bibliothèque choisie... 

1801 (an IX). — Manuel bibliographique^ 800 ex. (4 et 6 fr.); 

Solar^ 4 fr. 50. 

— Epitre au Grand Turc (dans la Décade philosophique), 

— Opuscules en vers... 

— Bagatelles poétiques et dramatiques...^ de Soleinne (t. f., tr. 

dor.), 30 fr.; Solar^ 15 et 80 fr.; Meugnot^ 6 fr.; Aubry^ 
' 1862, 8 fr. 50. 

1802-1804. —Dictionnaire raisonné de bibliologie, 8 vol.^ 750 ex. 
(18 fr.); Aubry, Dumoulin, Tross, SO fr.; Potier^ SI fr.; Huet^ 
Î5 fr.; Solar^ 19 fr.; Aubry (bel ex.), 30 fr. 

1804. — Essai de curiosités bibliographiques, 300 ex. (5 et 9 fr.); 
Tross, Potier, Aubry, 12 fr.; Solar, 11 fr. 

1806. — Dictionnaire des livres condanmés, 1000 ex., 8 vol. (10 fr.); 
Aubry, 20 fr.; Potier, Gouin, 25 fr.; Caen (ex. Monmerqué), 
85 fr.; Solar (pap. rose), 80 fr. 

n faut en rapprocher une pièce d*envoi, en patois bour- 
guignon, du 5 décembre 1807. 



(1) Dans cette table, de même que dani la sairante, nous n*aTons pas donné 
le titre complet de chacune des publications de notre aateor : nous nous sommes 
borné aux indications les plus essentielles; autrement chacune de ces tables.eût 
formé un véritable ouyra^. 



— 488 — 

1807. — Petit Dictionnaire des locations vicieuses, 750 ex. 

~ Remarques... sur le Dictionnaire de rAcadémie française. 

— La Création et le Paradis perdu, 60 exemp., Aubry, ÎO fr.; 

Solar, 24 fr. 

— Lettre de Fontenelle au marquis de La Fare^ 60 ex., réimpr. 

en 1819, et vendu 7 fr. 50; Nodier. 

^ Relation de Tisle de Bornéo, 90 ex. 

Ces trois opuscules réunis, vendus 41 fr.; Nodier. 

1808. — Amusements philologiques, 750 ex.; Dumoulin, 6 fr. — 

2e édition, 1824, 2000 ex. (6 et 7 fr.); Aubry, 5 fr. 50; Tross, 
8 fr. — 3« édition, 1842, 800 ex. (6 et 7 fr.); Aubry, 8 fr.; 
gr. papier, 14 fr. 

— Bibliographie curieuse, 100 ex.; Gouin, 10 fr.; Solar (ex. d'au- 

teur), 10 fr. 50. 

— Notice des livres composant le cabinet de M. G. P.. . 

— Principes élémentaires de Morale, 750 ex. — 2« édition, 1833. 

•^ 3« édition , 1 838, sous ce titre : Eléments de Morale; 
Techener, 75 c; Dumoulin, 1 fr. 50; Solar, 3 fr. 75; Aubry ' 
(belle demi-reliure), 4 fr. 50. 

— Le Portrait du Sage, 75 ex.; Guillemot, 9 fr. 

— La Muse de l'Histoire, 10 ex.; Solar, 15 fr.^ 

1810. Ambassades des Bartavelles, 50 ex. 

— Répertoire de Bibliographies spéciales, 750 ex. (demi-rcl., 

tr. dorée); Solar, 8 fr.; Gouin, 10 fr.; Aubry, 13 fr.; Teche- 
ner, Glaudin, 15 fr. 

1812. — Répertoire bibliographique universel, 1000 ex.; Aubry, 

8 et 15 fr.; Tross, Dumoulin, Gouin, Solar, 8 fr. 

— Essai sur l'Histoire du Parchemin et du Vélin, 250 ex. (2 fr. 50); 

Aubry, 12 et 18 fr.; Solar, 10 fr.; Glaudin, 18 fr. 

1813. — Bibliothèque choisie des Classiques latins, 750 ex. (i fr.25); 

Solar, 5 fr. 50; Aubry, Gouin, 3 fr. 

— Dictionnaire historique et bibliographique, édition de 182S; 

Aubry, 10 fr.; Gouin, Meugn^ot, 12 fr.; Tross, 18 fr. 

1814. — Impromptu sur le rétablissement des Bourbons, 1000 ex. 

1815. ~ De la Maison royale de France (ou Précis chronologique 

de THistoire de France), 1600 ex.; Aubry, 7 fr.; Gouin, 
10 fr. — Augmenté du Précis chronologique du règne de 
Louis XVni, sous ce titre général : Abrégé de l'Histoire de 
France, 1819. 



— 189 — 

1815. — Résumé de la Carrière de Napoléon Buonaparte {Journal 

de la Côte Hf Or), ^ 

1816. — Précis chronologique du règne de Louis XYIII; Dumou- 

lin, 4 fr. 

— Testament de Louis XVI, à 75 ex.; Aubry, 8 fr.; Gouin, 10 fr. 

Une deuxième édition a été tirée à 500 exemplaires. 
~ Testament de Marie-Antoinette, 500 ex. 

— Le Nouvelliste des campagnes , Dijon, 2000 ex.; Beauvais, 

4000 ex.; 3 à 4 fr. 

— Lettre sur la Bibliothèque Roxburgh (Journal de Dijon). 

1817. ,— Traité du Choix des Livres, 750 ex. (4 fr.); Aubry, 5 fr., 
8 fr. 50; Tross, 9 fr. 

-— Précis historique et analytique des Pragmatiques, 800 ex. 
(3 fr. 50); Claudin, 5 fr.; Gouin, 8 fr.; Aubry, 10 fr. 

— Compte rendu du Catéchisme de M. Aymé {Journal de Dijon), 

— Recherches sur les Ouvrages de Voltaire, 1000 ex.; Aubry, 

5fr. 

— Des Noms et Surnoms {Journal de Dijon). 

— Sur Pâques de 1818 {Ibid.), 

— Lettre à Amanton sur TArt de vérifier les Dates {Ibid.), 

— Lettre à Amanton sur TEtymologie... {Ibid,), 

1818. ~ Mélanges littéraires, philologiques et bibliographiques, 

154 ex. (6 fr.); Aubry, 9 fr.; Gouin, 10 fr. 

— Fragments sur la Somptuosité des Romains (Académie de 

Dijon, Compte rendu). 

1819. — Essai historique sur la Lithographie, 250 ex. (1 fr. 50); 

Meugnot, 12 et 13 fr.; Solar, 9 fr.; Claudin, 10 fr.; Aubry, 
15 fr. 

1820. — Recherches sur le Virgile virai (Académie de Dijon, Compte 

rendu). 

— Recherches historiques sur la Vie et les Ouvrages de La 

Harpe, tiré à part à 100 ex.; Solar, 9 fr. 

1821. — Essai chronologique sur les EQvers les plus rigoureux, 

800 ex.; Claudin et Delaroque, 8 fr.; Bailleu, 7 fr.; Aubry et 
Gouin, 10 fr. 

— Lettre à Amanton sur le Voyage de Dibdin (Journal de Dijon), 

18122. — Lettre du 21 février... sur une Secousse de tremblement 
de terre... (Journal de Dijon), 



— 190 — 

1822. — Lettre au rédacteur du Journal cU la Librairie, au sujet 
du Dictionnaire historique... {Ibid.). 

— Des Comestibles et des Vins de la Grèce .. 50 ex.; Dumou- 

lin, 4 fr.; Aubry, 8 fr. 

— Variétés^ Notices et Raretés bibliographiques^ 300 ex. (4 fr.); 

Gouin^ 8 fr.; Aubry, 10 fr. 

— Notice nécrologique sur M"** d'Andelarre. 

— Entrées des Rois de France à Dijon ( dans le Guide du Voya- 

geur à Dijon), Noellat, 1822, p. 360. 

— Indication des maisons de Dijon jadis habitées par quelques 

personnages de renom {Ibid., p. 848). 

— Chronologie des anciens Rois et Ducs de Bourgogne {Ibid., 

p. 864). 

— Manuel du Bibliophile, 1000, ex., S vol. (12 fr.); Gouin, La- 

roque, Meugnot, 12 fr.;Tross, Lamarche, i 5 fr.; Solar,18 fr.; 
papier rose, 22 fr.; id., 25 fr., Potier. 

— Supplément à la première édition du Catéchisme de M. Cou- 

turier; tiré à petit nombre. 

1824. ~ Relation des deux Missions de Dijon, 1'» et 2«édlt., 500 ex. 

(1 fr. 50); .Gouin, 2 fr. 50; Solar, 9 fr.; Aubry, 1 fr. 75 et 4 
fr.; gr. papier, 6 fr. 50. 

^ Mémorial religieux et biblique, 2 fr. 50; Aubry, 3 fr. 50; 
Techener, 2 fr. 50 ; Solar, 4 fr. 50; Meugnot ( avec notes 
manuscrites), 8 fr. 

— Lettre à M. C. N. A*** sur les Poètes français... {Journal de 

Dijon), et tiré à 50 ex. 

— Notice nécrologique sur D. X. Girault {Académie de Jiijonj 

Compte rendu). 

— Lettre sur un arrêt du Parlement de Paris... (Journal de 

Dijon). 

1825. — Notice sur la Vie et les Ouvrages de Dom Jamin. 

— Lettre sur le Centenabre anglais Thomas Parr {Journal de 

Dijon), 

— Recherches sur les Danses des Morts {Académie de Dijon, 
, Compte rendu). 

1826. — Recherches historiques sur les Danses des Morts, 300 ex. 

(9 et 12 fr.); Techener, Aubry, Gouin, 22 fr.; Solar, tr. dor.; 
25 fr. 

— Uste des Bourguignons à l'Académie française {Joutmal de 

Dijon). 



— 191 — 

1826. — Lettre à Amanton sur les Lettres de Henri Vin (Journal 

de Dijon), tiré à 15 ex., puis réimprimé à Paris à 50 ex. 

— Notice de quelques livres proyeoant de la bibliothèque de 

M. (G. Peignot). 

— Notice sur Tlmprimeur Robert Ballard {Journal de Dijon). 

1827. — Documents authentiques sur les dépenses de Louis XIV, 

275 ex. (4 £r. 50 et 8 fr.) ; Solar^ 7 fr. 50 ; Qaudin^ 10 fr.; 
Gouin^ 8 £r. 

— Essai chronologique... sur les Mœurs dans la Bourgogne ; 100 

ex.; Aubry, 6 fr. 50. 

— Rapport sur le Concours académique de 1827 {Académie de 

Dijon, Compte rendu). 

— Du luxe de Gléopàtre dans les Festins {ibid,), 75 ex.; Solar, 

17 fr.; Aubry, 3 fr. 50 et 10 fr. 

— Mémoire sur différents objets... dont les Romains faisaient 

usage pendant le repas {ibid.). 

— Notice sur deux écrits de M. Patris de Breuil (ibid,), 

— Notice sur... les Annales du moyen âge (ibid.), 

— Lettre plaisante sur la Longévité de certains animaux (Jour- 

nal de Dijon), 

— Lettre sur les Rois de France qui ont porté le nom de Char- 

les... (ibid,). 

1828. ^ Histoire de la Passion de J.-C, 200 ex. (10 fr. 50); 

Gouin, 10 fr. — 2« édition, 1835; Solar, 8 fr.; Aubry, 8 fr. 
50; Claudin, 10 fr. 50. 

— Lettre à Crapelet au sujet de cette publication ; Gouin, 

1 fr. 50. 

— Notice sur Buffon (dans le Voyage à Montbard ]. 

— Petite Bibliothèque xéniographique (Archives historiques, sta- 

tistiques et littéraires du département du Rhône, t. IX). 

1829. — Recherches historiques sur la personne de Jésus-Christ, 

1,000 ex. (4 fr. 50) ; Lamarche, Laroque, Gouin, 6 fr.; Du- 
moulin, Aubry, 8, 15 fr. ; Solar, H fr. — Une î» édition a 
paru en 1835. 

— Choix de Testaments anciens et modernes, % vol., 1,000 ex. 

(9 et 12 fr. ) ; Aubry, Gouin, 12 fr.; Lamarche, 15 fr.; Tross, 

18 fr.; Solar (tr. dor.), 12 fr. 50. 

— Histoire d'Hélène Gillet, 500 ex.; Aubry, 5 et 6 fr.; Gouin, 

Bailleu, Lamarche, 4 fr. ;Solar^ 4 fr. 25; Techener (papier 
bleu), 8 fr. 



— 192 — 

1829. — Lettre sur une nouYelle édition des œuvres de Ducer- 

ceau, 75 ex.; extrait du Journal de Dijon, 

— Lettre à Amanton sur un nouvel ouvrage relatif aux costu- 

mes des femmes... 75 ex. (Journal de Dijon); Solar^ 9 tr. 

— Lettres (deux) à M. Amanton sur deux Manuscrits précieux 

du temps de Charlemagne^ 100 ex. {Journal de Dijon); So- 
lar, 10 fr. 50; Aubry, 8 fr. 

— Notice sur quelques pierres' tumulaires antiques (Académie 

de Dijon, Compte rendu). 

•^ Analyse du roman intitulé : Le Ck>mte de Chamy [Journal de 
Dijon). 

1830. — Précis historique de la maison d^Orléans (5 fr.) ; Aubry, 

6 fr. 50 et 9 fr.; Solar, 12 fr. 

— De Fancienne Bibliothèque des Ducs de Bourgogne ( 1'» édi- 

tion), 93 ex. (A fr.). — 2« édition, 1841 ; Aubry^ 6 et 7 fr. 
50 ; Solar, 5 fr., Glaudin, 3 et 6 fr.; Tross, 4 et 6 fr.; Gouin, 
8fr. 

— Recherches sur la Semaine {Académie de Dijon de 1829), 100 

ex.; Dumoulin, 3 fr. 50; Aubry, 5 fr. 

— Notice des ouvrages tant imprimés que manuscrits de Ga- 

briel P (2 fr. 25); Solar, 4 fr. 50; Claudin, 10 fr.; Au- 
bry, 6 fr. 

1831. — Voyage de Piron à Beaune ; Aubry, 6 fr.; Gouin, 10 fr. — 

2* édition, 1841 (là 2 fr.). 

— Virgile virai en Bourguignon, 244 ex. ( 5 fr. ) ; Lamarche, 8 

à 10 fr. 

1832. — Essai historique sur la Liberté d*écrire (4 fr. 50); Du- 

moulin, 4 et 5 fr. ; Aubry, 6 fr. 50 et 8 fr. 50 ; Gouin, 7 fir. 

— Tableau de Mœurs au X« siècle (collection Grapelel), (12 fr.); 

Dumoulin, 15 fr.; Potier (demi-rel. niédrée), 20 fr. 

— Notice sur xxii grandes Miniatures... {Mémoires de l'Acadé- 

mie de Dijon), 100 ex.; Glaudin, 6 fp.; Aubry, 8 fr. 

— Nouvelles Recherches sur Bernard de La Monnoye, 100 ex. 

(2 fr.) ; Aubry, Gouin, 8 fr., 

~ L*illustre Jacquemart de Dijon, 200 ex. (2 fr. 50); Tross, So- 
lar, 7 fr. 50 ; Aubry, 8 fr. 50 ; Lamarche, 7 fr. 

— Détails historiques sur le Château de Dijon, 100 ex. (t fr. 50) ; 

Solar, Meugnot, 8 fr. 50; Lamarche, 7 fr. 

— Histoire... du Charivari (5 fr.) ; Meugnot, 15 fr.; Glaudin, 18 

fr.; Gouin, 20 fr.; Aubry, demi-rel., 12 fr. 

—- Géographie statistique et spéciale de la France. 



— 193 — 

1834. — Essai... sur la Reliure [Mémoires de V Académie de Dijon); 

200 ex. (2 fr. 50); Meugniot, Aubry, 7 et 14 fr.; Tross, 
9 fr.; Gouin, 10 fr.; Solar, 14 fr. 50 (papier vélin). 

— De quelques Dates bizarres... {Bulletin du Bibliophile). 

1835. — Essai sur Torigine de la Langue française {Mémoires de 

r Académie de Dijon), 150 ex. (3 fr. 50); Claudin, 5 fr. 50 ; 
Tross, Gouin, 8 fr.; Aubry, 6 et 8 fr. 60; Techener, 10 fr.; 
Solar, 11 fr. 

— Les Bourguignons salés, 150 ex. (1 fr. 50); Solar, 4 fr. 50; Au- 

bry, 5 fr.; Meugnot, Gouin, 6 fr. 

— Anecdotes bibliographiques {Bulletin du Bibliophile). 

1836. — Recherches sur les Autographes et TAutographie, 180 ex.; 

Solar, 6 fr. ; Gouin^ 10 fr.; Claudin, 12 fr .; Meugnot, 
12 fr. 50. 

— D'une Pugnitior^ dhdnement envoyée aux hommes... 300 ex.; 

Solar, 5 fr. ; Aubry et Claudin, 6 fr.; Gouin, 8 fr. 

— La Selle chevalière {Revue de la Côte-dOr), 179 ex.; Teche- 

ner, 2 ip.; Lamarche, 3 fr. 50 ; Aubry, Gouin, 5 fr.; Solar, 
8 fr. .>0. 

— Recherches... sur la Philotésie (Mémoires de l'Académie de 

Dijon, 1835) , 150 ex. (2 fr. ); Aubry, 7 fr.; Claudin, 6 fr.; 
Ç>olar, 8 fr. 50. 
•— N juvelles Recherches sur le dicton populaire : Faire ripaille, 
200 ex. (75 c. ); Claudin et Lamarche, 4 fr.; Aubry, 5 et 
7fr.; Solar, 6 fr. 50. 

— De la liberté de la Presse à Dijon {Revue de la Côte-d'or), 150 

ex. (75 c.) ; Lamarche, 3 fr. 50 ; Aubry, 5 fr.; Solar (pap. 
rose), 8 fr. 50. 
~ Souvenirs relatifs à quelques Bibliothèques {Revue de la 
Côte-d'or), 170 ex. (75 c); Gouin, 4 fr.; Solar, Meugnot, 
4 fr. 50; Aubry, 5 fr. 

— Souvenirs relatifs à Saint-Paul de Londres (même Revue), 

100 ex. (75 c); Gouin, 4 fr.; Lamarche, 5 fr.; Aubry, 6 fr.; 
Solar, 9 fr. 

— De Pierre Arétin (même Revue), 100 ex. (75 c); Aubry, 6 fr.; 

Solar, 7 fr. 

— Synode tenu à Auxerre (môme Revue). 

— Du célèbre concile de Mâcon (Revue des deux Bourgognes). 

— Articles insérés dans le Bulletin du Bibliophile. 

— Histoire des Dédicaces d'Erasme; — Sur les Incunables; — 

Sur un Missel curieux ; — Quelques Anecdotes sur un ori- 

13 



— 194 — 

ginal ; - Nouveau renseignement sur la date de rinlro- 
ducUon de rimprimerie en Amérique. 

brv 6 fr.; Gouin, 7 fr. 

— Nouv^mx détails historiques sur le Sjége de D«on m ex^ 

Lamarche, 8 fr. 50; Techener, 5 fr.; Aubry, 7 fr.. Po- 

— Noïe' Z% vie et les ouvrages de M. C-N. Wton (Mé- 

moires de f Académie de Dijon, 1836), 80 ex.; Aubry, 8 fr. 

50 ; Gouin. 6 fir>t . ^^ ,. _ 

— Dissertation histori<î«É^et philologique sur un poisson dar- 

gent {Revue de la 

— Du gouYemement féodal (B««!*IÈ!''*^*""''''''^^" „ „ 

^^Lfcde S Th. Johnes (BuUe- 

— Notice sur Timprimerie particulière^ 

tin du Bibliophile), 

^^du Saint-Esprit.. 
1838. — Histoire de la fondation des Hôpitaux H^ ^^ Côte-d'or) 
{Mémoires de la Commission des Antiquités ^'muQvilin IS fr.' 
100 ex.; Lamarche, 5 fr.; Aubry, 10 fr.; Duilà ' 
Gouin, 16 fr.; Solar (gr. pap.), 17 fr. ^Académie de 

— Recherches... sur le mot Pontife {Mémoires de I'^I^k f^ . go- 

Dijon), 130 ex. (1 fr.); Aubry, 4 et 5 fr.; Gouin,^ 

^^' ^ fr- \rulieTe 

— Articles insérés dans le Bulletin du Bibliophile : Sin^fc^^ ^^ 

Relique; — Sottises incroyables des Errants; ^ OrigiSL ^^ 
petit cochon de saint Antoine ; — Notice sur Gilles^ ^t 
Rome ; — Sur le livre des Prêtres ; — D*un Livre rare^ 
singulier. 

1830. — Quelques recherches sur d'anciennes traductions d< 
V Oraison Dominicale {Mémoires de l* Académie de Dijon, 
1837-1838), 176 ex. (îfr.); Aubry, Lamarche, 4 fr. 50 ; 
Gouin, 5 fr.; Solar, Guillemot, 6 fr. 

— Notice sur un bas-relief... {Mémoires de la Commission des 

Antiquités de la Côte-d'Or), 60 ex. 

— Sur un passage de la Vie de Pétrarque {Bulletin du Biblio- 

phile), 

— Notice et extraits d'un livre intitulé : Exhortations aux dames 

vertueuses {ibid), 

— Notice sur quelques prières manuscrites {ibid,), 

— Du mois de Juillet... {Spectateur de Dijon, n« 10!). 



— 196 — 

1840. — Quelques recherches sur le Tombeau de Virgile (Mémoi- 

res de r Académie de Dijon, 1839-1840), 175 ex. (1 fr. 50); 
Dumoulin, 4 fr.; Gouin, 5 fr.; Aubry (pap. véL), 6 fr. 50; 
Solar, 8 fr. 

— Notice sur quelques poésies bourguignonnes (fit/Z/e^mc/u Bi- 

bliophile). 

— Notice sur Perreney de Grosbois {Journal de la Côte-cTOr du 

22 mai 1840. 

1841. — Le Livre des Singularités (6 et 7 fr. ); Gouin, 8 fr.; Solar, 

8 fr. 50; Aubry (belle demi-rel.), 11 fr. 

— Predicatoriana, 1500 ex. (6 et 7 fr. 50) ; Aubry, 8, 10 et 11 fr.; 

Solar (demi-rel. tr. dor.), 10 fr. 

— Recherches sur la Discipline, 3,000 ex. (1 fr. 50); Lamarche> 

Aubry, 3 fr. 50 et 5 fr.; Gouin, 4 fr.; Solar, 7 fr. 

— Recherches... sur les Imprimeries particulières (prospectus), 

Meugnot, 5 fr. 

1843. — Liste chronologique des Maires de Dijon... (dans V Annuaire 
de Douiller), Dumoulin, 2 fr. 50. 

1851. — Parchemin, Papier, dans le Moyen Age et la Renaissance, 
tome II. 

1857. ^ Lettres de G. Peignot à son ami Baulmont (5 fr.). 

1858. — Lettre à M. Chassant, du 9 mars 1838, au sujet des Oray- 

sons très dévotes... {Bulletin du Bouquiniste, p. 540). 

— Imprimerie particuUère de Gotzius vers 1561 {Archives du Bi- 

bliophile, p. 119). 

1850. — Lettre à M. Chassant, du 10 juin 1841, au sujet des Im- 
primeries clandestines {Bulletin du Bouquiniste, p. 88). 

— Lettre à M. Marcel, du 16 pluviôse an XIII, au sujet de V Orai- 

son Dominicale polyglotte {Archives du Bibliophile f p. 83). 

1862. — Lettre à Crapelet, du 6 avril 1840, au sujet de la Vie de 

Jeanne d'Arc. 

— Lettre à Crapelet, du 1«' décembre 1840, sur les imprimeries 

de Dijon. 

(iDsérées dans le Bulletin du Bouquiniste, p. 11). 

1863. — Correspondance de G. Peignot avec Amanton {Bulletin 

du Bibliophile, l»"® livraison). 

— Relation d*un Congrès tenu par les Oiseaux de la Haute-Saône 

(extrait du Bulletin du Bouquiniste, no 151 ), Paris, Aubry> 
25 exempt. 



— 196 — 

1803. — Lettres sur Dijon. Notes de G. Peignot. 

— Opuscules de G. Peignot, extraits de divers journaux, revues, 
recueils littéraires, etc.. avec une introduction parPh. Mil- 
sand, 200 ex. 

A ces publications, il convient d'igouter : 

10 Les articles rédigés pour la Biographie universelle de 
Michaud : Augereau, Aussurd, Baglioni, Barbou, etc. Voir le' 
t. II, m, IV, XXUI, XXXV, LXIX (ISll, ISIO, 1823, 1841). 

20 Plusieurs notices insérées dans le Voyage pittoresque en 
Bourgogne, Dijon, 1833, savoir : Notices sur la Chartreuse de 
Dijon ; sur FEglise Notre-Dame ; sur le Château de Dijon; sur 
le Palais de Justice, sur le Palais des Etats, sur THÔtel des 
Ambassadeurs, et sur les vestiges de l'ancien Palais des Ducs 
de Bourgogne. 



TABLE ALPHABETIQUE 

DES 

OUVRAGES IMPRIMES ET MANUSCRITS DE G. PEIGNOT 

ET DES 

SUJETS QU'IL A TRAITÉS DANS SES LIVRES (1). 



Abrégé de l'htstoire de frange 115, 116 

* Abrégé de rhistoire des Jésuites 144 

Abrégé des principes de Vart épistolaire H3 

Alphabet moral 180 

amânton (Notice sur sa yie et ses ouvrages) 129 

Ambassades des Bartavelles 35 

Amusements philologiques 51, 54, 178 

* Ana (Livres en) 139 , 163 

Andelarre (Notice sur M«« d*) 129 

Anecdoctes bibliographiques 178 

Anecdotes (Quelques) sur un original 129 

Annales du moyen âge (Compte rendu) 134 

* Apologue ; Recherches bibliographiques 177 

Art de vérifier les dates (Lettres sur V) 120 

Art typographique 91 

Autographes (Recherches sur les) 172 

Aventures de Pomponius. 118 

Bagatelles poétiques 25-88 

Bailli cabaleur (Le) 82 

Balance des peintres 111 

Ballard (Notice sur les) 114 

Bibles polyglottes 98 



(1) Les titres imprimés en lettres capitales sont ceux des ouvrages publiés; les 
titres en caractères ordinaires se réfèrent aux divisions de ces ouvrages ou aux 
matières qui y sont traitées ; les titres précédés d*un astérisque sont ceux des 
ouvrages en préparation ou manuscrits. 



— 198 — 

* Bibliographie amusante 168 

Bibliographie curieuse 162 

"Bibliographie encomiastique 177 

* Bibliographie glossographique 98 

•Bibliographie pogonologique 177 

Bibliothèque choisie (Petite) 89 

* Bibliothèque curieuse 162 

Bibliothèque des ducs de Bourgogne 169 

Bibliothèque des classiques latins 104, 105 

* Bibliothèque idio-bourguignonne 114 

Bibliothèque portative de droit, de médecme, de botanique, 

musicale 89 

Bibliothèque xéniographique (Petite) 184 

BibUothèques (Traité des) 88 

Biographie universelle (Articles divers) 131,196 

Bouquet (Extrait des Bagatelles poétiques) 5 

Bourguignons salés (Les) 164 

* Bourreau (Sur le) 133 

BuFFON (Notice sur) 129 

Carrière de Napoléon Buonaparte (Résumé) 117 

Cartes à jouer (Histoire des) 149 

Cassette (La) 28 

Catéchisme raisonné (Compte rendu) 143 

* Cens et le Lustre (Recherches sur le) 136 

Chanson sur la prise de Vienne 30 

Charivari (Histoire morale du) 63, 158 

Château de Dijon (Détails historiques sur le) 128 

Chronique de Philippe d'Aurélie 118 

Chronologie des anciens rois et ducs de Bourgogne 128 

Chronologie des conciles 137 

*Chrysopée littéraire 132, 162 

Classiûcation des écrivains 113 

Comestibles (des) et des vins 102 

Comte de Charny (Analyse) 115 

Concile de Maçon, en 585 143 

Concours académique de 1826 (Rapport) 134 

Correspondance avec Amanton , 34, 80 

* Correspondance entre saint Paul et Sénèque 137 

Cousin (Le) du compère Mathieu 89 

Création (La) et le Paradis perdu 82 

Curiosités bibliographiques (Essai de) 161 

Danse des morts (Recherches sur les) 59, 147 

Dates bizarres (De quelques) 173 

* Dates de l'histoire de France 119 

Découvertes anciennes et modernes 179 



— 199 — 

* Dédicaces ( Histoire littéraire des) 132^ 168 

Dédicaces d'Erasme (Histoire des) 168 

Dépenses de Louis XIV (Documents authentiques sur les). . 124 

♦Diamant (Traité du) 103 

Dictionnaire des locutions vicieuses 113 

Dictionnaire historique; Lettre (sur cet ouvrage) 131 

Dictionnaire raisonné de Bibuologie 64 

Discours préliminaire 31 

Dictionnaire universel 181 

Dicton : faire ripaille (Recherches sur le) 155 

Discipline (Recherches sur la) 140 

Discours à Tacadémie de Dijon 57 

Discours de rentrée à TEcole centrale Î2, 89 

Discours en vers sur la Révolution 81 

Dissertation sur un poisson d'argent 151 

Documents singuliers empruntés à l'histoire d'Angleterre. . . 123 

DOM JAMIN (Notice sur) 129 

Ecriture chez les différents peuples (de 1') 100 

Edition princeps (Des) 108 

Eléments de morale 138 

Emeute du Lanturlu 124 

Entrées des rois de France a Dijon 124 

Envoi à sa cousine D 9 

Epigranmae 20 

Epître à Baulmont 33 

Epître à Bobilier 25 

Epttre à Bouchu 8 

Epître à G. Peignot 6 

Epître au général Vergue 26, 66 

Epître au Grand Turc 26 

Epître à un jeune poète 67 

Etymologie (Lettre sur 1') 99 

* Exécution des jugements criminels (Recherches sur 1'). . . . 132 

Exhortation aux dames vertueuses (Notice) 142 

♦Femmes (Ouvrages contre les) 175 

Fortunes particulières des Romains 101 

Franciade (Petite) 29, 61 

Généalogie de Jésus-Christ 136 

Géographie de la France 115 

Gilles de Rome (Notice sur) 129 

GiRAULT (Notice sur) 129 

Gouvernement féodal (Du) 121 

Grandeur des Romains dans leurs triomphes 101 

Hélène Gillet (Histoire d') 132 

Histoire de Papirius 118 

4 



— 200 — 

Histoire de r&me d'Iyriel 81 

Histoire de la feue dame Alix 82 

Histoire de la Passion et Lettre a Crapelet 109, 140 

Histoire d'Enée 1Î4 

Histoire de Venise (Compte rendu) 134 

* Histoire évangélique (Tableau de F) 186 

* Histoire littéraire des ouvrages à clef 176 

Hivers rigoureux (Essai chronologique sur les) 149 

Hôpitaux du Saint-Esprit (Histoire des) 171 

Illustre Jacquemart de Dijon (1*) 149 

Imprimeries particulières (Recherches sur les); Lettre a 

M. Chassant sur le même sujet (Imprimerie de Goltzius). 92, 157 

Imprimerie en Amérique (Introduction de T) 98 

Imprimerie de Th. Johnes (Notice sur T) 92 

Impromptu sur le rétablis:»ement des Bourbons 39, 118 

* Inquisition (Bibliographie spéciale 175 

Incunables exécutés au XV« siècle (Sur les) 94 

* Invitation à M. Piot 32 

•Jeanne d'Arc (Recherches sur). Lettre a Crapelet. . . 120, 156 

* Jésus-Christ (Recherches sur la personne de) 186 

La Harpe (Recherches sur la vie et les ouvrages de) 130 

La Monnoye (Nouvelles recherches sur la vie et les ouvrages 

de) 128 

Langue celtique (De la) 105 

Lettre a Amanton sur la Galerie française des Femmes cé- 
lèbres 155 

Lettre a Amanton sur le voyage de Dibdin 174 

Lettre a Amanton sur les poètes français 109 

Lettre a Crapelet sur les imprimeries de Dijon 157 

Lettre de Fontenelle sur la résurrection 83, 144 

Lettre DE G. Peignot a Amanton sur les lettres de Henri VUI. i 09, 122 
Lettres a Amanton sur deux manuscrits du temps de Char- 

lemagne ' .... 169 

Lettre a M. Chassant sur les Oraysons très dévotes 

Lettres de grâce 139 

Lettres facétieuses de Fontenelle 83, 144 

Lettres de G. Peignot a son ami Baulmont 71 

Lettre plaisante sur la longévité de certains animaux . . 156 

Lettre sur le centenaire anglais Th. Parr 129 

Lettre sur la vente des ducs de Roxburg 174 

Lettre sur les rois de France du nom de Charles 156 

Lettre sur un arrêt du parlement de Paris 165 

Lettre sur une nouvelle édition des œuvres de Ducerceau. 118 

Lettre sur une secousse de tremblement de terre 156 

Lettres sur Duon 124 



— ÎOi — 

* Lexicographie universelle 167 

Liberté d'écrire (Essai sur la] 157 

Liberté de la presse ▲ Dijon pe la) , 114 

Libertés de Téglise gallicane 187 

Linguistique 96 

Liste des bourguignons académiciens 128 

Liste des maires de Dijon 1S4 

Lithographie (Essai sur la) 94 

Livre rare et singulier (D'un) 143 

Livre des prêtres (Sur le) 178 

Livre des singularités 182 

IJVRES condamnés (DICTIONNAIRE DES) 61^163 

Luxe de Cléopatrb (Du) 156 

Luxe et de la somptuosité des romains (Du) 101 

Luxe des Romains (Recherches sur le) 102 

"^ Magie, sorcellerie, notices et extraits 176 

Magnificence des Romains dans leurs théâtres (De la). ... • 101 

Maison d'Orléans (Précis historique de la) 128 

Maison royale DE Franck (De la) 115 

Maisons de Duon habitées par des personnages célèbres. . . 128 

Manuel bibuographique 86 

Manuel du bibliophile 112,159 

* Manuel du Bibliothécaire 87 

* Manuel Elzévirien (Petit) 176 

Manuscrits d'Herculanum 102, 108, 165 

* Masque de fer (Notice sur le) 119 

Mélanges littéraires, phii.ologiques et bibliographiques. 111, 173 

* Mémoires autographes des hommes célèbres (Bibliographie). 175 

Mémorial reugieux et biblique 112, 138 

Missel curieux (Sur un) 143 

Mœurs et coutumes de la Bourgogne (Essai sur les) 120 

Mois de juillet (Du) 127 

* Monnaies, poids et mesures, etc * 102 

Monuments de la langue française 109 

MlTSE DE l'histoire 84 

Myriobiblon 177 

Noms et surnoms (Des) 99 

Notice de xxii grandes miniatures 170 

Notice de quelques livres exorbitamment chers 89 

Notice des livres composant le cabinet de M. G. Peignot . . 86,182 
Notice des ouvrages... tant imprimés que manuscrits de 

G. Peignot 184 

Notice des ouvrages destinés aux grandes bibliothèques ... 89 

Notice d'ouvrages dont les titres sont originaux 89 

* Notice historique sur les mœurs des Français 126 



— 202 — 

* Notice sur la ville d'Arc 127 

Notice sur Perreney de Grosbois 156 

Notices sur les auteurs latius 106 

Notice sur quelques pierres tumulaires 146 

Notice sur quelques poésies bourguignonnes 115 

Notice sur quelques prières manuscrites 111 

Notice sur un bas-relief 147 

Nouveluste des campagnes 119 

Ode sur le départ de Beauchamp 82 

Oies et le chevreuil (Les) • 35 

Onomatographie amusante 100, 181 

Opuscules dramatiques 27 

Opuscules philosophiques et poétiques du frère Jérôme. ... 81 
Oraison Dominicale (Auciennes traductions françaises de T). 99, 111 

Oraysons très dévotes 143 

Origine de la langue française (Essai sur l*). llO 

Origine de quelques mots de la langue française 113 

Origine DU petit cochon de saint Antoine 142 

Panégyrique de sainte Magdeleine 140 

Pâques de 1818 (Sur) 143 

* Paradis (Du) 142 

Parchemin, papier 195 

Parchemin et vélin (Histoire du) 90 

Pétrarque (Sur un passage de la vie de) 129 

Philotésie (Recherches sur la) 155 

Pierre Arétin 131 

Poëme de Sanlecque 131 

Poétique curieuse 178 

* Polyglotte universelle 99 

Pontife (Recherches sur le mot) 1 09 

Portrait du sage 138 

Pragmatiques (Précis historique des) 137 

Précis CHRONOLOGIQUE du règne de Louis XVni 116 

Prédicatorlana 1S9 

Principes élémentaires de morale . . . . > 138 

PuGNiTiON (D'une) divinement envoyée aux hommes 152 

^ Recherches généalogiques sur les Césars 102 

Relation de l'isle de Bornéo 83, 145 

Reîjition DES MISSIONS de Dijon 137 

Relation du congrès des oiseaux de la Haute-Saône 84 

Reliure des livres (Essai sur la) 52 

Remarques sur le Dictionnaire de l'Académie 111 

Répertoire bibliographique universel 166 

Répertoire de bibliographies spéciales 92, 162 

Riambourg (sa philosophie) 184 



— 203 — 

Robin et Cydalise Î7 

Science du bonhomme Richard 138 

Selle chevalière (La) lîO 

Semaine (Recherches sur la) 104, 143 

Siège DE Dijon ^Nouveaux détails sur le) 123 

Sifflet (Le) 138 

Singulière relique 141 

Somptuosité des Romains (Fragments sur la) 156 

Songe du P. André • 140 

Songe sytéma-physi-comico-moral 81 

Sottises incroyables des errants 142 

Souvenirs relatifs a quelques bibliothèques 172 

Souvenirs relatifs a Sau^t-Paul de Londres 152 

Stances dernières 77 

Supplément au catéchisme de Couturier 146 

Synode d'Auxerreen 578 14H 

Systèmes bibliographiques 160 

Tableau DE mœurs AU !• siècle 109, 123 

Testament de Louis XVI 119 

Testament DE Marie- Antoinette 119 

Testaments (Choix de) 150 

* Théâtres d'éducation (Bibliographie) 177 

Tombeau de Virgile (Quelques recherches sur le) 107 

*Tonitruana 150 

Traité du choix des livres 175 

Variétés, NOTICES et RARETÉS bibliographiques 161,172 

Vers écrits sur un album 56 

Vers sur les deux Samson 57 

Vie de Nostre-Dame 1 39 

Virgile virai 114 

Voltaire (Recherches sur les ouvrages de) 165 

Voyage àMontbard 129 

Voyage de Piron a Beaune 127 

Voyage pittoresque en Bourgogne 147, 196 

Voyages et découvertes (notices) 119, 166, 178